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Cette exposition retrace lhistoire et la singularité de lagence Viva (1972-1982). Elle regroupe une sélection de 150 images environ ayant marqué les moments fondamentaux de cette agence et le parcours de certains de ses membres. Agence fondée dans un état desprit communautaire, par huit photographes appartenant presque tous à la génération de Mai 1968 (Alain Dagbert, Claude Dityvon, Martine Franck, Hervé Gloaguen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattes, Guy Le Querrec), Viva, comme Magnum son aînée, sinspire de la formule de la coopérative. Groupement dauteurs-artistes plus quagence de presse, Viva se distingue par une production dimages qui, entre actualité immédiate, reportage de fond et attitude purement créative, témoigne dun certain recul par rapport aux événements. Viva fournit des sujets autonomes et construits revendiquant un engagement social, moral ou politique à travers une démarche esthétique individuelle. Cette exposition qui retrace lhistoire de ce collectif se penche plus particulièrement sur un style et une pratique photographique propre à chacun des auteurs présentés, et sur une époque, celle de la France des années 1970.
Le parcours de lexposition
1. Les fondateurs Alain Dagbert, Claude Dityvon, Martine Franck, Hervé Gloaguen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattes, Guy Le Querrec Cest à lagence Vu (1970-1971) alors dirigée par Pierre de Fenoÿl que la plupart des fondateurs de Viva se rencontrent. De nationalités et dorigines sociales différentes, les huit membres qui créent Viva en 1972, ont tous une expérience du métier de photographe. Si lagence Viva est constituée sous la forme dune société anonyme, elle reflète davantage un esprit communautaire propre à son époque quun véritable projet commercial. Viva se veut une alternative aux grandes agences comme Sipa ou Gamma. Lieu dexpressions personnelles, de débats sur la forme et le rôle de la photographie, lagence adopte une position militante, contestant la diffusion de limage comme simple objet dillustration ou véhicule dactualité. Viva est davantage un groupement dauteurs et de personnalités distinctes, parfois opposées, quun collectif au style homogène et aux principes communs. Le parti pris de lexposition est de mettre en évidence le regard porté par ses photographes sur leur époque : de lécriture chorégraphique de Claude Dityvon, des propositions plastiques de François Hers à la recherche dun témoignage efficace pour Hervé Gloaguen et à lhumour de Richard Kalvar…
2. Familles en France Alain Dagbert, Claude Dityvon, Martine Franck, Hervé Gloaguen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattes, Guy Le Querrec "Familles en France" fait lobjet dune section particulière dans le parcours puisquil est le seul véritable projet commun réalisé au sein de lagence. Proposé par François Hers qui tente alors de déterminer un sens commun au groupe, "Familles en France" est une opposition à limage stéréotypée de la famille diffusée par la presse. En se concentrant sur le quotidien, les reportages ainsi réalisés proposent une réflexion sur la structure familiale ; une structure alors en pleine mutation après mai 68. Ce travail de groupe, qui ne répond ni à une commande ni à une actualité est mal accueilli par la presse. Jugé dérangeant parce que ne répondant justement pas à limage consensuelle sur la famille, "Familles en France" est un échec commercial. Mais il attire lattention des bureaux étrangers et fait lobjet de plusieurs expositions.
3. LEsprit Viva Esaias Baitel, Serge Bois-Prévost, Michel Delluc, Yves Jeanmougin, François Le Diascorn, Xavier Lambours Lhistoire de lagence est marquée par des départs (celui de Jean Lattès en 1973, de Richard Kalvar, de Guy Le Querrec en 1975 par exemple) et par larrivée de nouvelles personnalités, distribuées ou membres actionnaires. Ces photographes (Michel Delluc et Yves Jeanmougin sont distribués dès 1973), nourrissent bientôt les débats sur la nature de lagence. Lesprit Viva reste avant tout une démarche empirique, une confrontation dinitiatives. Lagence va bâtir son image et sa réputation par la publication de portfolios et de tribunes dans les magazines et par la recherche de nouveaux modes de diffusion de limage (certains membres participent aux projections des Rencontres Internationales dArles. Des diaporamas sont proposés dans la présente exposition). Les ateliers photographiques (animés entre autres par Claude Dityvon et Guy Le Querrec) jouent également un rôle stimulant de rencontres et de discussions. Les diverses actions du groupe sont même saluées par quelques rédactions (Zoom, Objectif Reporter...) qui parlent alors de cette agence comme dune nouvelle école photographique.
4. Des correspondants étrangers Hervé Gloaguen, Anders Petersen, Homer Sykes, Koen Wessing Cest sous limpulsion de Martine Franck, dAlain Garnier (rédacteur puis PDG de Viva) mais surtout dHervé Gloaguen que lagence ouvre les portes de la presse anglo-saxonne (un reportage dAlain Garnier et dHervé Gloaguen sur la chute de Saigon en 1975 sera dailleurs largement diffusé). Conscient de la nécessité économique délargir le champ daction de lagence, Hervé Gloaguen cherche des correspondants étrangers, partageant un même esprit face à lévénement, afin de constituer un réseau international. Le britannique Homer Sykes, le néerlandais Koen Wessing et le suédois Anders Petersen (ce dernier alors membre du groupe Saftra, collectif comparable à Viva) parmi dautres rejoignent alors lagence.
5.1980-1982 : la fin de lagence, un laboratoire de formes Claude Dityvon, Frédéric Gallier, Jean-Pierre Favreau, Daniel Nouraud, Patrick Toth Pendant toute son histoire, Viva savère être une structure commerciale fragile qui ne résiste pas aux moyens plus considérables de la concurrence. Par ailleurs, le groupe souffre de son manque de cohésion et ne trouve ni lélan ni les débouchés suffisants pour être rentable. En 1980, après le départ dHervé Gloaguen et la reprise en main de lagence par Claude Dityvon et Daniel Nouraud, Viva sengage délibérément dans une voix peu commerciale qui précipite sa faillite. Lagence devient un outil de recherche formel et de promotion dune nouvelle photographie (naissent des projets éditoriaux, des projets dexpositions) qui attire de nombreux jeunes talents préfigurant des agences comme Vu (1986) ou Métis (1989). Lapproche photographique de ces nouveaux auteurs ne correspond pas à la demande de la presse de lépoque. Viva est rachetée en 1982 par la Compagnie des Reporters. Cette exposition est essentiellement composée dépreuves modernes réalisées à cette occasion. Elle présente également des documents dépoque (publications, épreuves de lectures, portfolio) ainsi que des diaporamas sonores réalisés entre 1977 et 1982
Les années Viva, 1972-1982 Catalogue Publié aux éditions Marval / Jeu de Paume, Paris, à paraître en janvier 2007
LAgence Viva, une utopie "En soulevant des questions dordre éthique sur le photojournalisme, les photographes de Viva font figure dutopistes, mais, lagence apparaît aujourdhui à plus dun titre comme pionnière dans son domaine. Face à la concurrence de linformation écrite et télévisée, elle propose une photographie dauteur offrant un nouvel éclairage sur lactualité. Une même politique sera appliquée par Christian Caujolle, dès 1981, au service photographique de Libération, puis à lagence Vu à partir de 1985. Rétrospectivement, Viva participe et sinscrit dans un courant culturel qui, dans les années 1970 et 1980, va peu à peu conférer à la photographie la place quelle occupe aujourdhui au sein des institutions et du marché. Les “années Viva” sont celles de la création des Rencontres Internationales de la Photographie dArles, de lapparition de critiques régulières sur la photographie dans la presse — comme celles dHervé Guibert dans Le Monde —, dinitiatives éditoriales diverses, de louverture de la galerie Agathe Gaillard à Paris, en 1975, de la Fondation nationale de la Photographie à Lyon, en 1978, et du Centre National de la Photographie en 1982… Enfin, même si les collectifs de photographes apparus dans les décennies suivantes ne se réclament pas de lagence Viva, ou ignorent même son existence, beaucoup sen rapprochent par leur mode de fonctionnement démocratique et par le choix des sujets traités. En marge de la production quasi industrielle de Gamma, Sipa et Sygma, dotées déquipes, de moyens et de réseaux de diffusion plus importants, Viva sapparente davantage à un laboratoire de recherche quà une agence de presse structurée. Elle nen laisse pas moins un inestimable témoignage sur les années 1970."
Aurore Deligny, extrait du texte du catalogue
Chroniques de vingt années si proches et déjà si lointaines
"… Particulièrement depuis la guerre du Viêtnam, le milieu du photojournalisme sinterroge davantage sur ses responsabilités vis-à-vis de ce quil transmet au public. Cet aspect est essentiel pour comprendre la particularité de Viva car elle est la seule agence à poser cette question comme lun des principes fondamentaux de son activité. Dans un texte dintroduction à Familles en France, on peut lire : "La photographie est un de ces moyens important par lequel notre société perçoit les autres et se conçoit elle-même, dès lors notre responsabilité et notre vigilance sont engagés. Reporters photographes, nous souhaitons que notre travail soit un point de départ précis à une réflexion quil appartient à chacun de faire.(1)" Cette posture traduit une vraie maturité dappréciation sur ce genre photographique et anticipe sur une réflexion qui ne sera réellement débattue par la profession que bien plus tard, trop tard peut-être. Le support gouverne effectivement les images, il leur assigne des fonctions précises, dillustration, dinformation, de message commercial ou autre. Et cest à la fois à la maîtrise et au renouvellement de ces fonctions que veulent parvenir les photographes de Viva."
(1) Extrait de "Reporter Objectif Spécial Viva", texte collectif de présentation de Familles en France, septembre 1973
Annie-Laure Wanaverbecq, extrait du texte du catalogue
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