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Ruili, capitale chinoise de la drogue

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Lu Gang

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Visa pour l'Image 2004 / Ruili, capitale chinoise de la drogue / Lu Gu Lu Guang
Lu Guang, 45 ans, est le photographe des laissés pour compte. Cet ancien ouvrier est connu pour avoir donné la parole aux prostituées, aux victimes du SARS ou aux sidéens d’un village de la province de Henan. Le matin de ce mardi 31 août, il a rencontré le public de Visa pour l’Image et a présenté son reportage sur les toxicomanes de la ville de Ruili, exposé à l’Ancienne Université. Des images sans concession, si brutales et si proches de leurs sujets, qu’une pancarte a jugé bon d’en avertir les mes sensibles à l’entrée de l’exposition. Par Natalia Grigorieva 
© Lu Guang / Gamma 

A Ruili, tout le monde vend de la drogue, car tout le monde veut se faire de l’argent. Située à la frontière de la Chine et de la Birmanie, cette ville est considérée comme la capitale chinoise de la drogue. Elle est au coeur du Triangle d’Or, espace d’Asie du Sud-Est continentale où sont concentrées les plus importantes productions mondiales d’opium et de méthamphétamine. Le pavot à opium qui permet également d’obtenir l’héroïne y est massivement cultivé. A Ruili la consommation de produits illicites est phénoménale. Ces derniers sont pratiquement en vente libre, tout le monde se drogue. "Il y a plusieurs catégories de drogués à Ruili. Les riches et les fonctionnaires qui privilégient des drogues "légères" comme l’opium et le haschich pour se détendre et s’amuser. Puis, il y a les ouvriers, les très pauvres, les sans abri qui sont les plus nombreux. Maintenant, il y a aussi beaucoup d’enfants. Ils quittent l’école très tôt, vers 12, 13 ans. Ils n’ont rien à faire et ils traînent donc dans les rues où ils rencontrent les dealers..." explique Lu Guang. 
© Lu Guang / Gamma 

Mais c’est dans les bas-fonds de Ruili que le photographe a préféré se plonger. Pour dénoncer un désastre social et le gouvernement local, trop corrompu pour agir concrètement. "Je voulais photographier le quotidien des toxicomanes. Pour ne pas être arrêter, j’ai d’abord du me familiariser avec eux. Alors au début, je me suis déguisé en drogué, j’ai cherché des dealers, j’ai acheté de la drogue. Petit à petit, je me suis lié d’amitié avec les drogués et j’ai amené mon appareil photo", raconte Lu Guang. Il les a alors photographié comme personne ne l’avais fait avant lui. Dans la crasse et la misère, les toxicomanes se retrouvent dans les rues pour se droguer ensemble. Les seringues qu’ils s’échangent contribuent activement à propager le VIH. Le sol est maculé de sang. Les corps, plus particulièrement les jambes, sont pourris, ils suintent. Une femme éclate en sanglots : "Mais comment faire pour trouver de la drogue? Il n’y a que la prostitution!" Les toxicomanes sont seuls. Certains n’ont plus de famille, plus de maison. Alors ils dorment dans la rue, dans les champs. Avec une seule idée fixe : trouver de l’héroïne ou du crack, encore et encore. 

Puis, il arrive que les toxicomanes se fassent arrêter et expédier dans les hôpitaux locaux. Pour les empêcher de s’enfuir, une pratique courante est de leur entraver les jambes. Mais un jour, le séjour à l’hôpital prend fin et il faut revenir à la réalité. "La cure de désintoxication, ce n’est pas si difficile. C’est l’après, le retour à la vie normale. Dès qu’ils se retrouvent dans la rue, ils sentent l’odeur de la cocaïne ou de l’héroïne et, immédiatement, ils recommencent à se droguer", regrette Lu Guang. Les toxicomanes finissent généralement de la même façon. Leur cadavre est retrouvé dans la rue. Impossible de les identifier. Alors sans cercueil, sans cérémonie, ils sont enterré dans le bois le plus proche. Le reportage de Lu Guang connaît un grand succès et nombreux y voient un engagement politique. "Je veux attirer l’attention du public et des gouvernements locaux. Je veux également prévenir les adolescents des dangers de la drogue", précise le photographe. Si ses images dérangent sérieusement le gouvernement local de Ruili, le gouvernement central les prend très au sérieux. La Chine collabore d’ailleurs souvent avec la Birmanie afin de résoudre le problème de la circulation des produits illicites. "Chaque année, le gouvernement chinois envoie des bénévoles en Birmanie. Pour apprendre aux paysans à cultiver autre chose que le pavot..." 
Lu Guang / Gamma - Toxicomane à Ruili, dans la province du Yunnan en Chine 
Ancienne Université du 31 août au 12 septembre 2004 & Couvent des Minimes (World Press photo) 
photographie.com : 2004-08-31
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