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Maison européenne, Sweet Home sous l’Atelier
Le Paris de Parr / Maison européenne, Sweet Home sous l’Atelier / par Hervé Le Goff
© Chuck Close - “Self Portrait, 1996” 

Il y a fête au dernier étage de Maison européenne de la photographie, et du beau linge : Jim Dine, Chuck Close, Adam Fuss, Jenny Holzer, Robert Longo, Jack Pierson, Robert Rauschenberg, Victor Schrager, Donald Sultan, William Wegman et François-Marie Banier, en vedette française. Pièces anciennes ou récentes, toutes ces oeuvres ont en commun de sortir de l’atelier d’un des tireurs numériques les plus prestigieux du moment, David Adamson. En cette période trouble où on commence à se demander ce que l’histoire de l’art retiendra de la photographie du XXe siècle, où on s’interroge sur l’avenir de supports aux technologies diverses, les deux ailes de l’exposition suspendent la question en coupant le souffle du visiteur. D’abord par la qualité des épreuves, parfaite, égale, telle que peut la rêver un artiste dans son projet de création. Chacun trouvera ensuite son bonheur, dans les nouvelles inspirations canines d’un Wegman en superbe renouvellement, sur les ronds de fumée de Donald Sultan, dans la séquence émouvante et somptueuse de Rober Longo réalisées à partir des photos prises dans l’appartement de Freud en 1938, au lendemain de son départ de Vienne nazifiée.  
© Martin Parr / Magnum Photos From the serie Sign of the times Argos ad on TV, 1991  

Le sous-sol de la MEP n’est pas moins intéressant, où s’exposent les travaux de jeunesse de Martin Parr, prélude à l’imposante rétrospective qui investit la vénérable demeure jusqu’au premier étage, et dont Phaidon avait en juin 2004 donné la version française de la monographie signée Val Williams, commissaire de l’exposition. Comme on peut vénérer la période bleue de Picasso, on peut adorer la période noir et banc de Martin Parr, étudiant marginal et inspiré de la Manchester Polytechnic, auquel ses contemporains de petites gens allaient fournir une matière particulièrement féconde. Avec Daniel Meadows, condisciple aussi fondu de photographie que lui, Parr n’attendra pas longtemps pour virer de l’humaniste au caustique. Profitant d’un job de photo-filmeur dans un camp de vacances, il s’essaie à voler visages et attitudes et entame un portrait acide de l’Angleterre profonde et populaire. Les deux jeunes gens se montreront sans pitié dès lors que leurs modèles leur ouvrent les portes de leurs maisons. Dans June Street, alignement de pavillons ouvriers, ils camouflent leurs desseins sous leur sympathie de grands ados pour faire poser les familles dans leur séjour arrangé. Parr continuera dans cette veine, allant jusqu’à faire avec Home, sweet home un décor de synthèse du kitsch habité, dont la MEP donne la reconstitution, déodorant floral compris. La suite est connue et bien connue, l’élargissement du propos à la planète entière avec le très incisif Small World épinglant le tourisme de masse, la multiplication du regard sur tous les travers contemporains : The Last Resort, The Cost of Living, Signs of Times, les mosaïques de copies lasers de Common Sens, Cherry Blossom, jusqu’au One Day Trip des Anglais raflant à pleins caddies la Kronenbourg aux supermarchés de Calais. Il semble que cette boulimie-là ait atteint l’auteur de Small World et que le coup d’œil espiègle des premières années, magnifiquement aiguisé avec la maturité, commence à s’émousser à défaut de se renouveler. A l’époque des avions lancés sur des villes, de la télé-réalité et de la mise en péril de la planète, s’intéresse-t-on vraiment aux injures des papiers peints, au mauvais goût ou à la mal bouffe ? Parr qui affectionne de donner le change en faisant le singe en divers autoportraits version populo de foire aurait-il intégré son Small World ? Quelle figure un nouveau Parr ferait-il d’un artiste qui refuse les interviews au mépris de ses hôtes ou au motif que leur anglais est limité, qui s’impose autant qu’il s’expose, trouvant dans cette dispersion le remède au tarissement du génie dont la MEP donne la trace avec la magistrale série Bad Weather du début des années 1980 ? En cette année Parr qui éclipse celle du Brésil, notre candidat chroniqueur pourra ajouter la pièce nouvelle d’une commande faite par Alcatel pour ouvrir l’exposition sur le téléphone portable, autre source d’inspiration du Directeur artistique des Rencontres d’Arles 2004 (auquel une deuxième édition n’aurait, dit-on, pas déplu). L’auteur s’y multiplie dans un même espace et en diverses positions, montrant sur photoshop l’invention qui faisait il y a quinze ans les beaux jours de la naissance de la pratique numérique. Hervé Le Goff 
Actualité non exhaustive de Martin Parr •Martin Parr Rétrospective 1971-2001. Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004, du 18 mai au 18 septembre •Martin Parr "Phone Book" , 1998-2002. Atrium Alcatel, 54, rue la Boetie, 75008 Paris. Jusqu’à fin juin. •Martin Parr "Fashion Magazine" Au Bon Marché, 24, rue de Sèvres, Paris 7e. Jusqu’au 2 juillet. •Martin Parr animera le 7 juillet une journée atelier aux Rencontres d’Arles. •Martin Parr fait partie de l’exposition sur les 10 nouveaux pays de la Communauté Européenne qui sera présentée au Centre Pompidou du 15 septembre au 15 octobre 2005. 
Exposition : Œuvres 1971-2001
Martin Parr
Du mercredi 18 mai 2005 au dimanche 18 septembre 2005
5/7 rue de Fourcy, Paris, France

photographie.com : 2005-05-19
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