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Paul Strand, trois chemins parcourus

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Paul Strand

Exposition / Paul Strand, trois chemins parcourus / Musée d'art américain de Giverny

Paul Strand est mort en 1976, non loin de Giverny, à Orgeval. Il était établit en Europe depuis 1950. Le musée d’art américain lui consacre une exposition prêtée par le Getty Museum de Los Angeles, où elle s’est tenue de mai à septembre 2005, offrant au regard du public 75 des 186 tirages vintages de l’artiste conservés par le Getty. Ces tirages par leur densité, leurs nuances dans les contrastes, souvent violents, leurs très petits formats renfermant de vastes horizons orageux, procurent un réel plaisir. L’axe voulu par les conservateurs californiens est ici strictement repris et s’articule autour de trois chemins, tels que Paul Strand les définis en évoquant ses premiers pas dans la photographie. Il s’agissait pour lui alors, au début des années 1910, de répondre par la photographie à la peinture, de rendre les sensations provoquées par une métropole telle que New York, ainsi que de s’intéresser à l’humain. Cette profession de foi de jeunesse donne ainsi le fil d’une exposition dont les derniers tirages datent de 1954. 

La très célèbre photographie de Strand, « Wall Street » (1915) n’est pas présente dans l’exposition (si ce n’est en vitrine entre les pages d’un numéro de Camerawork). Toutefois, on peut y observer deux photographies prises depuis son arrière-cour à New York où un semblable jeu sur la géométrie de la ville, ses droites qui se coupent, ses obliques et son désordre, se joue. Strand devient à ce moment l’incarnation de l’assimilation de l’avant-garde européenne aux Etats-Unis, par la volonté de Stieglitz, qu’il rencontre dès 1912. Ce dernier expose surtout des peintres dans sa galerie, la 291, et introduit Cézanne, Matisse et le cubisme dans son pays. En 1913 a également lieu l’Armory Show, lors duquel le ready-made de Duchamp concourt à avancer outre-atlantique l’idée d’une désacralisation du « faire » dans la représentation. Dès 1916 Stieglitz accroche les photographies de Strand, qu’il comprend comme la sortie du pictorialisme, caduque dans le contexte de cette modernité qu’il recherche et qu’il prône. 

Paul Strand développe dès lors une approche très formelle autour de la lumière, des formes et des personnes, figure humaine qu’il approche en un premier temps « masqué », en se servant d’un objectif dissimulé qu’il pointe sur ses sujets. Représentative de ses préoccupations de construction par la lumière et les contrastes, « Fence » (1916) se compose comme les paysages qu’il fera au Nouveau-Mexique et au Mexique à partir de 1930. A ce moment, il participe d’un développement de la photographie à proprement parler à l’échelle nord-américaine. Cette modernité que les Européens célèbrent dans la glorification du progrès, de la ville, de la machine, sentiment quasi inné aux Etats-Unis, Paul Strand et ses contemporains la cherchent dans l’objectivité, une certaine droiture vis-à-vis du médium et sa technique, qu’ils qualifient de « straight ». Cette période-ci est abordée dans l’exposition avec des photographies prisent à Taos au Nouveau-Mexique, notamment celle figurant l’église du village. L’église de San Francisco est faite en terre, un contrefort massif et doux soutien ses murs trapus, la blancheur de ses murs irréguliers éclatent dans un ciel parcourus de nuages. Plus de cinquante fois Strand revient sur le motif, mais avec lui également au même endroit, et plus tard au Mexique Ansel Adams, Laura Gilpin, van Dyke ou Alvarez Bravo. Cette tendance « formaliste » qui se poursuit, notamment autour de photographes tels que Edward Weston ou Minor White, reste l’ancrage temporel dans lequel Paul Strand est principalement évalué. En définissant à ce moment une échelle et des espaces spécifiquement américains, il fait partie des artistes qui permettent à la modernité de pénétrer les Etats-Unis. 
Photographie, New-York 1917 - The J.Paul Getty Museum Los Angeles  

Parallèlement depuis les années 1920, il s’intéresse au film, devient un opérateur recherché, tourne « Manhatta » en 1921 et fonde Frontier Films. Il se rend en URSS et rencontre Eisenstein en 1935. Il s’intéresse aux hommes, politiquement et photographiquement. La dernière partie de l’exposition du Getty, dévoile ses photographies de communautés de villageois en Europe qu’il conçoit après-guerre comme autant de livres de photographies, dans lesquels les textes, notamment de l’écrivain Claude Roy, sont d’importance. Il se révèle presque documentaire face à la figure, avec laquelle il maintient une distance respectueuse. « La France de profil » (1952) ou « Un Paese » (1955) nous montre des familles au seuil de leurs portes, de grands gaillards et la mama posant dans l’embrasure de leurs décors humbles. C’est pour des raisons politiques que Paul Strand a quitté les Etats-Unis, lorsque le maccarthysme le contraint à s’exiler. Se faisant, il est confronté à l’étranger, à l’Autre, et ses convictions humanistes peuvent continuer de s’exprimer dans sa photographie. L’Europe qu’il rejoint se relève de la guerre, l’osmose entre l’homme et son milieu qu’il voudrait photographier, ce village idéal qu’il cherche et croit trouver en Italie, il semble finalement le croiser en tous lieux sur le vieux continent. Avec ses photographies de Tir a’Mhurain, réalisées en Ecosse en 1934, l’exposition se clôt sur un petit village de pêcheurs, inscrits dans le paysage tourmenté de leurs îles, la mer roulant sous des cieux chargés. Lorsque Paul Strand quitte les Etats-Unis en 1949, la Photo League va être dissoute sous la pression politique en 1951. Créée dans la mouvance culturelle de l’International Arbeiter Hilfe (Fonds de soutien International aux Travailleurs), elle regroupe cinéastes et photographes, notamment Lewis Hine, M. Bourke-White et Berenice Abbot. Nancy Newman, conservateur de la photographie au Moma, et son époux Beaumont Newman cherchent après-guerre des investisseurs privés pour donner à la Photo League une dimension institutionnelle, efforts qu’ils verront contrecarrés et boycottés. C’est dans ce climat que Paul Strand effectue la série « Time in New England » en 1945, avec des textes de Nancy Newhall, série au travers de laquelle il entrevoit une Amérique qui serait l’inverse de celle politiquement suffocante qu’il subit. Sur la côte Est, dans la région où s’établirent les pionniers, il photographie maisons de bois et clochers d’églises battues par les vents, dunes et embruns, y cherchant une liberté et une pureté originellement américaines. Hélène Lagrange 
Paul Strand
Du samedi 01 avril 2006 au dimanche 11 juin 2006
99, rue Claude Monet, Giverny, France

photographie.com : 2006-04-06
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