|
| |

| Do you know what I mean ?
|
|
En savoir plus : |
|
|
|
|
|
| / Do you know what I mean ? / Juergen Teller à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, jusqu’au 28 mai 2006.
|
| Juergen Teller est un cul-terreux de Bubenreuth, village de Franconie situé au nord de la Bavière, doublé d’un branleur à la mode. Apparu sur la scène de la photographie de mode dès la fin des années 80 alors que le style glam-rock s’essouffle, Teller a incarné un renouveau du genre qu’il pratique au 35 mm, usant et abusant d’éclairages au flash venant écrabouiller ses modèles. C’est donc la figure tutélaire, au format monumental, d’YSL (2000) qui accueille le visiteur à la Fondation Cartier lorsqu’il pénètre la salle d’exposition fraîchement repeinte de blanc, blanc éclatant sous la lumière de spots placés à des intervalles dignes d’un partenariat masqué avec l’EDF. Deux séries récentes du photographes y sont exposées ; Nurnberg (2004-2005) et Ed in Japan (2005). |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
La série Nurnberg a été effectuée dans sa région natale, et se concentre sur ce retour aux sources. L’accrochage est néanmoins ponctué de photographies de Kate Moss et autres modèles, agissant comme un leitmotiv destiné à nous rappeler les origines de la pratique photographique de Teller. Ainsi, il est celui ayant participé à désacraliser un univers de perfection, celui de la beauté des mannequins et de la l’inaccessibilité des créations « couture ». Dans les photographies de Teller, à l’instar de « Young Pink Kate » (1998), la dite Kate Moss est en effet celle-là même que l’on retrouve sur les clichés de la presse « people » : au lit, les cheveux teint de fuschia, les traits brouillés, son visage enfantin émerge des draps immaculés et flotte au devant de son statut d’icône de la mode. Cette première salle nous permet donc d’effectuer des allers-retours entre deux univers du photographe, celui dit familial et celui dit professionnel. Parce que Juergen Teller les traite sur le même plan, il devient possible de passer d’une Gisele Bunchen en pleine parodie de « fashion shoot », jambes écartées avec tulipes écarlates, à une nature-morte figurant des feuilles prisonnières du givre et de la glace, à un petit « Bambi » tapis dans les sous-bois ou bien encore aux portraits de ses enfants, Lola et Ed. « Lola mit Blautanne, Nürnberg » (2004), est une photo de famille pour laquelle sa superbe fille a pris la pose arrogante et assurée des enfants qui se savent aimés, et qu’on perçoit comme étant cela même que les mannequins recherchent dans l’objectif des photographes.
|
|
|
|
|
|
 |
| Yves Saint Laurent |
|
Une autre photo exposée, « Nurnberg winter, 2 » figure l’entrée d’une grotte, un boyau de terre dans lequel Teller est allé puiser la force jubilatoire qui le caractérise et magnifie son style savamment ordinaire. Outre par sa bonhomie sincère, Juergen Teller aurait-il en effet échappé et survécu à l’esthétique grunge à l’origine de son succès s’il n’avait fait la rencontre de la mère de ses enfants, la styliste et productrice de publicité, Venetia Scott ? Répondant au cliché de l’Allemand aimant le foot, la bière, et se sentant proche de la nature jusqu’à chier dans les bois (ainsi que l’atteste l’un des autoportraits exposés), Teller a-t-il été sauvé de l’auto-parodie du photographe de mode très « nineties » par sa franche nature germanique ? C’est en tous cas avec sa série Go-Sees (1999), qu’il prend une distance critique avec ce milieu en photographiant systématiquement, alors qu’elles sonnent à sa porte, toutes les jeunes filles aspirantes mannequins, venues à lui. Dans le même ordre d’idée, ses séries d’autoportraits, notamment avec Ich in vierzig (J’ai quarante ans) et dans son livre Marchenstuberl (2003), explorent ses origines et font apparaître toute la distance culturelle qui le sépare du monde factice et illusoire de la publicité et de la mode. Ainsi, Juergen Teller n’en finit-il pas de faire un pied-de-nez au milieu qui l’a révélé. Le branleur qu’il aurait la tentation d’être en s’y identifiant se retrouve avec « Fashion wank » (branlette à la mode). Un sac Vuitton sur la tête et pourvu d’un long membre rose en carton qu’une jolie fille amène à la jouissance, Teller convoque dans cette photo l’attrait quasi-pornographique exercé par cet univers.
|
|
|
Se situant donc à l’opposé du clinquant superficiel, Juergen Teller a des valeurs. Il aime sa femme, sa mère, ses enfants, il est heureux de se payer une grosse cylindrée, mais sans ostentation. Maintenant que Kate Moss aussi fait des bébés, la photographier nue dans un verger en fleurs, cueillant des prunes, devient une façon de célébrer ses valeurs ; travail, famille, nature. La série exposée dans la seconde salle, Ed in Japan, développée autour d’un voyage au Japon avec son fils vient donc comme une redondance saboter une démonstration jusque là pertinente. Ce que Teller est parvenu à accomplir sur une petite décennie, soit, imposer dans sa photographie sa nature saine, décomplexée, sensible et joyeuse, n’est pas pour autant un procédé qui lui évite le simplisme lorsque, réduit à outrance, le champ de ses expérimentations s’appauvrit.
Hélène Lagrange
|
|
|
Juergen Teller Du samedi 04 mars 2006 au dimanche 21 mai 2006 261, boulevard Raspail, Paris, France |
|
|
|
|
|
|
|
|
| photographie.com : 2006-04-14 |
|
|
|