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| Les rencontres d'Arles 2006 / Hyperphoto / Conférence de Jean-François Rauzier
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Hyperphotos
Jai appelé ainsi ces images non pas pour leur gigantisme (elles atteignent maintenant les 2 milliards de pixels et pèsent jusquà 30 Go) mais par référence à lhyperréalisme. Ce mot mest venu naturellement sans que je cherche à en faire lanalyse. Cette conférence ma donné loccasion de me pencher sur ce quest lhyperréalisme, et jai été troublé. Je ne réalisais pas à quel point ce courant de peinture mavait influencé. Toutes les définitions que je lui ai trouvé sappliquent parfaitement à mon travail. Je cite en résumant :
Lhyperréalisme a pu être vu comme une reproduction froide et mécanique du réel par des virtuoses laborieux, illusionnistes, qui font confondre au spectateur photographie et peinture. Cest trop réducteur : La lente et laborieuse élaboration du tableau, leffort humain que cela représente donne un vision intensifiée et densifiée dun sujet le plus souvent volontairement banal. Il y a une folie fascinante et effrayante qui se dégage de ce travail. Lhyperréalisme a facilité une fertilisation croisée entre la photo et la peinture. Le peintre hyperréaliste est dabord un photographe, la photo est au cœur de son processus. Je suis un photographe mais aussi un peintre numérique, la retouche, le montage et la synthèse dimages étant au cœur de mon processus.
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Le sharp focus
Jen profite pour faire une petite parenthèse : une des caractéristiques majeures de ce courant est la représentation en gros plan dun détail, en séparant le sujet de son contexte et en lagrandissant, on lui confère une nouvelle identité. Lobjet familier devient un microcosme. Dans le courant hyperréaliste, cela sappelle le sharp focus. Ce nest pas le sujet des hyperphotos mais cest la définition exacte du travail photographique que jai fait il y a dix ans. Voir le "Corps dun ville" sur le site http://www.jfrauzier.com : les agrandissements de murs et de trottoirs parisiens. Lextraction possible de gros plans dune hyperphoto reste un fil conducteur. On peut aussi dire que dans les hyperphotos, j’ai inversé le procédé : en traitant un panorama à 180° comme je vous le décrirais, en éliminant toutes distortions optiques qui pourraient faire comprendre qu’il s’agit d’une photo réalisée avec un grand angle ou un appareil panoramique, je donne souvent l’illusion qu’il s’agit d’une prise de vue classique d’un paysage réalisée avec un objectif de focale moyenne. C’est un changement d’échelle comme le sharp focus, mais inversé.
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Distortion imperceptible de la réalité
Devant une œuvre hyperréaliste, nous ne sommes pas devant un trompe lœil, on sait quon est devant une image, léchelle est disproportionnée, par exemple. Dans mes hyperphotos, je distords aussi imperceptiblement la réalité, et on sait ainsi que lon est pas devant un vrai paysage mais devant lexpression onirique de mon inconscient, devant un rêve, un mirage. Limage photographique a valeur de preuve, la fiction sappuie sur une réalité qui a toute lapparence du vrai. La frontière entre lillusion et la réalité est floue, jaime my promener et la traverser.
Comment suis-je arrivé à faire ces hyperphotos ?
Comme je vous le disais précédemment, après avoir collectionner des photos urbaines plusieurs années, gros plan dans lasphalte et le béton, de sorte darchéologie intime, jai éprouvé le besoin de prendre lair, de changer totalement déchelle, Javais besoin de grands espaces, je suis donc parti en quête de champs infinis, de cieux propices à lenvol.
J’ai alors commencé à faire des panorama
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Les grands panoramas
Nous avons tous été fascinés par le pouvoir que procure lappareil photo : voir plus.
1. en figeant le temps.
Le temps arrêté, on a tout le temps après coup dexaminer le cliché et découvrir une foule de détails que lon na pas vu sur le coup (thème du film Blow Up ou un photographe photographie un meurtre sans le savoir)
2. En voyant plus large ou plus près : doù cette course aux objectifs grand-angle et téléobjectifs, et la fascination pour ces satellites qui cartographient la terre entière dans ses moindres détails, jusquà lire une plaque dimmatriculation.
Etre un aigle, voler le plus haut et tout voir
Laigle, cest toujours lanimal que jai choisi dans les jeux de portrait chinois. Enfant, je me suis fabriqué un télescope, je rêvais de jumelles, microscopes, tout ce qui permet de mieux voir, de découvrir ce qui est caché.
Tout photographe est un voyeur, un chasseur, un chercheur de trésor, à la recherche de LA PHOTO.
Ainsi, ces panoramas sont la concrétisation dun vieux rêve : voir a la fois plus large et plus près, arrêter le temps et pouvoir alors examiner tous les détails de l’image ainsi figée.
Pour voir loin, il me fallait des horizons dégagés. Pour voir large, un moyen dembrasser le champ le plus vaste possible, restituer cette ivresse du grand espace, cette sensation de liberté, quand rien narrête le regard (exception faite des forêts, protectrices, ou le rythme vertical des arbres remplace lhorizontale des champs. Mais il y a cette même dimension, on peut sy perdre) Entendre le silence merveilleux des deserts... sortir du cadre.
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Tentative au grand-angle
Jai commencé par utiliser des objectifs ultra grand-angulaires. La déformation et lamplification de la perspective quils engendrent, typiquement photographiques, très intéressantes ne convenaient pas à mon projet : embrasser le plus vaste espace possible pour my perdre, dans un champ de 180°, 270° et même 360° mais avec une déformation contrôlée, sans créer deffet trop voyant, sans interpréter. Je voulais restituer ce que je voyais sur place en tournant la tête sans avoir limpression de passer par un objectif et ses limites. De plus, je ne pouvais pas dépasser 180° avec un grand angle (fish-eye)
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Appareil panoramique
Jai alors essayé des appareils panoramiques :
Lobjectif monté sur une tourelle rotative actionnée par un mécanisme d’horlogerie balaye le champ en tournant et projette limage sur le film qui est lui même bombé. Les résultats sont surprenants et magnifiques mais la technique comporte aussi ses défauts : toutes les droites parallèle à lhorizon sont courbées.
Cette caractéristique très intéressante est très typée appareil panoramique, trop systématique et pas forcement voulue.
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| Exemple de courbures panoramiques |
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Juxtaposition dimages numériques
Jai alors commencé à prendre une succession dimages de droite à gauche puis à les recoller dans photoshop afin dobtenir un panorama. Normalement, jai le même résultat quavec un appareil panoramique :
Voici 2 exemples ou l’effet de courbure est volontairement conserve: le bord de l’océan et les sillons du champ sont des lignes droites dans la réalité.
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| « Tempête à Omaha Beach » |
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| « Travaux des champs » |
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Cela ne me suffisait pas de nobtenir que des bandes horizontales très étirées. Jai donc décidé de les empiler aussi verticalement. Bien sur, cela ma posé encore plus de problèmes : ceux que je vous ai montrés pour lhorizontal et ceux crées par lempilement vertical.
Il s’agit d’un problème de cartographie : projeter sur un plan (la photographie) un quart de sphère (le paysage à photographier)
Sur un planisphère (la projection dune sphère sur un plan), les pays équatoriaux sont très défavorisés par rapport aux pays polaires. Les pôles sembles immenses et un pays européen beaucoup plus petit quun pays africain semble nettement plus grand. Cest à peu près la projection que fait un grand angle.
J’ai essayé des logiciels dassemblage comme Stitcher de Realviz: Ils produisent soit une déformation grand angle en projection plane et une nette altération de la qualité dimage en raison dune forte interpolation, soit leffet panoramique et ses courbures en projection sphérique. Et surtout le caractère automatique générer tant de calculs de plusieurs semaines et demande plusieurs téraoctet de disque dur à cause de la taille de mes images. Je suis en rapport avec eux pour essayer de faire évoluer cet excellent logiciel vers les très grands fichiers
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| Ciel en projection plane |
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| Ciel en projection sphérique |
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De plus, certains raccords peuvent poser problème : on peut observer par un exemple un dédoublage des branches darbres si elles ont bougé entre 2 prises de vue ; en effet le logiciel assemble les images en les estompant progressivement au niveau des raccords. Jai essayé le logiciel Emblend qui découpe "intelligemment" les images, évite ces flous mais outre le fait quil est extrêmement lent et gourmand en mémoire lui aussi, ne fait pas toujours des raccords parfaits.
J’ai préféré utiliser une solution beaucoup plus longue mais plus maîtrisée : assembler les images avec Photoshop en les déformant le moins possible mais cela génère des “trous” :
Voici ci-dessous une forêt prise sous un angle horizontal de 180° et vertical de 75° (Presque 1/4 de sphère). La première bande en bas est constituée de 16 images. Au sommet, pour balayer le même angle horizontal de 180°, le nombre d’images nécessaires est bien inférieur ; théoriquement, au sommet, c’est une image unique (qui se répète en tournant progressivement jusquà 180°).Pour bien comprendre, imaginez que les photos soient les pierres d’une voûte sphérique que nous voulons étaler sur un plan. Nous obtenons un triangle: 16 pierres à la base et une au sommet (la clef de voûte). Or nous voulons obtenir un rectangle. Pour cela, Il faut donc soit élargir, soit espacer les pierres (les photos) des rangées supérieures.
Si je n’étire pas les images du haut comme le fait Stitcher, je les espace et doit ensuite combler les trous : je photographie, détoure et ajuste des quantités de branches et de tronc pour recréer les pièces manquante du puzzle. On voit nettement que les troncs partent en diagonale sur une bande et se retrouvent décalés dans la bande supérieure. Il faut donc tout “redessiner”.
Cependant, ce n’est pas de l’image de synthèse ; tous les éléments sont des photographies.
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| Ebauche de “Armée voilée” |
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| « Armée voilée » |
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L’image « Coquelicots » est une demi sphère : dans le 1/4 de sphère supérieur, le ciel uniformément nuageux en réalité prend cet aspect de champignon car je l’ai assemblé tel quel sans déformations (c’est notre 1/2 voûte projetée à plat sans étirer les photos ni laisser de trous). J’ai rajouté alors du ciel bleu autour pour remplir le cadre. On voit que le champ est un quart de sphère en symétrie.
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| « Coquelicots » |
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Un dernier problème était que les images crées dans Photoshop étaient limitées à 30 000 pixels de long. Ce n’est plus le cas avec la dernière version et j’ai pu alors dépasser cette taille.
Je parlais tout à lheure de sortir du cadre. En fait, il faut tout de même donner un cadre à limage. En cela la photo panoramique est un peu déroutante. Ce nest pas facile de juger sur place de ce que va être le résultat final. Jai essayé avec des viseurs panoramiques comme on utilise au cinéma. La meilleure solution reste l’utilisation de 2 équerres en carton
Ayant une longue pratique de la chambre photographique, je peux vous dire quil est beaucoup plus facile de composer une image sur un dépoli que dans un viseur. Dans ce dernier, lœil nage dans limage. Il manque du recul nécessaire.
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| photographie.com : 2006-08-29 |
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