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Passion de l’image
Écrire ensemble un projet d’entreprise / Passion de l’image / Rencontre avec Stéphane Ledoux

Olivier Bloud et Stéphane Ledoux qui ont déjà à leur actif plusieurs réussites de création et de reconversion d’entreprises avec Iconotec, Simataï et la Cité de l’Image, veulent insuffler à la direction de GHFP ce qui lui manquait singulièrement : la passion de l’image, pour écrire avec les équipes des agences un vrai projet d’entreprise. Avec un objectif de retour à l’équilibre prévu en 2008, les six agences mythiques Gamma, Rapho, Keystone, Hoa-Qui, Jacana et Top pourraient ainsi reprendre progressivement leur identité et une place majeure dans la création et la distribution de la photographie. 

Un projet d’entreprise

Si les pertes, d’environ 6 millions d’euros en 2006, sont colossales cela ne fait pas peur aux deux entrepreneurs. « Pour une entreprise dans l’état où elle est aujourd’hui socialement parlant, et en observant l’état des salariés, pour continuer à faire 17 millions d’euros [de chiffre d’affaire], je leur dit bravo », s’exclame Stéphane Ledoux. Il veut examiner précisément ces pertes « en tenant compte du fonctionnement actuel de la structure. Cela signifie qu’il y a beaucoup d’économies à faire ; ce sont des choses très simples que l’on ne verra ou ne sentira même pas. On accuse les plans sociaux, mais je suis admiratif du travail que les gens continuent à faire dans l’état de la société aujourd’hui. Oui, les chiffres sont importants, on leur fait dire ce que l’on veut. Mais nous ne ferions pas ce projet si nous ne pensions pas qu’il y ait un retournement possible. » Olivier Bloud et Stéphane Ledoux veulent mener à bien le redressement en impliquant les salariés. « Il reste heureusement plein de gens de valeur. Il y a des contributeurs d’exception. Le fond est fantastique Je considère cette société comme une pépite sous un tas de charbon. Il y a quelque chose à faire et le moyen de se faire plaisir. »
Pour Stéphane Ledoux , cette reprise n’est d’ailleurs pas très éloignée de celle de la Cité de l’image à l’époque. « C’est différent, mais en en même temps il y a de nombreux points communs. Les gens y étaient aussi fatigués et il fallait leur redonner un vrai projet d’entreprise et une vraie dynamique. GHFP, c’est un vrai projet d’entreprise et un vrai projet humain, c’est cela qui me passionne. » 
Stéphane Ledoux a restructuré avec Cécile Dourmap, la Cité de l’image à partir, en autres, des laboratoires Francis Gamichon et Dahinden, en graves difficultés. En 18 mois les organes de décision, les instances de travail  et la structure de la société, et surtout les équipes sont solides. En prenant avec Olivier Bloud la direction de GHFP, Stéphane Ledoux garderait  une position stratégique et un regard sur l’opérationnel de la Cité de l’image. Elle reste sa société et il y tient.  L’idée n’est pas de fragiliser d’un côté pour reconstruire de l’autre. Il croit très fort en la Cité de l’image, car il a posé avec Cécile Dourmap « un bon socle pour que la société  puisse se développer ». Maintenant au niveau opérationnel il sera à 300% sur GHFP. 
Stéphane Ledoux 

Prendre le vert

Le président de la Cité de l’image entend rectifier toutes sortes de choses erronées qu’il lit dans la presse. Olivier Bloud est dépeint dans Le Monde (09.12.2006) comme photographe illustrateur alors qu’il n’a jamais été photographe ! « D’autre part, si l’on parle du prix d’achat de la société, cela ne veut pas dire grand-chose. Savoir combien ça coûte, c’est un faux problème. Le vrai problème est de savoir combien il va falloir mettre derrière pour que cela marche. Cette question, personne ne la pose ! On nous dit que l’on arrive en financiers et l’on nous présente comme des salariés de Green Recovery, ce qui n’est pas le cas. Avec Olivier Bloud, nous venons en entrepreneurs pour que cela marche et que cela réussisse. Nous avons tous les deux des structures et nous prenons des risques dans cette aventure. Si nous échouons sur la reprise de GHFP, avec les photographes que j’ai en face de moi qui sont des auteurs d’un coté, et mes clients de l’autre, vous imaginez l’image que j’aurais en sortant de ce dossier. À 36 ans avec mon affection et ma passion pour ce secteur d’activité, j’ai la ferme intention de gagner. On ne vient pas avec Green Recovery pour vendre par étage. On a présenté Green comme un fond d’investissement, c’est en fait un fond de retournement. Si l’on examine le nom, c’est plutôt positif. Green Recovery c’est le retour dans le vert, le retournement de situation. Green Recovery ne connaissait pas l’univers de la photo, mais avec Olivier nous avons beaucoup travaillé et discuté avec eux des enjeux, pourquoi on pouvait faire cette reprise et pourquoi il fallait la faire. Mais ce n’est pas une histoire de financier. Nous ne sommes pas venu pour brader cette entreprise et l’on souhaite retenir le maximum de forces en interne. Parce qu’une société avec aucune force vive, aucun salarié pour l’animer, cela n’a pas de sens. Les vraies valeurs de GHFP sont dans la société d’aujourd’hui. Ce sont quand même des sociétés qui ont des activités d’archives, des fonds, de mémoire, de connaissance des photographes. La photo, c’est d’abord l’humain et c’est encore plus vrai dans une agence. C’est cette relation humaine qui fait que ça marche ou pas. C’est vrai des deux cotés, avec les auteurs et avec les acheteurs de l’autre. Il faut que ça passe. Il y a un feeling qui passe ou pas. Ensuite l’outil Internet soutient tout cela, y participe, valorise le contenu et le diffuse. Mais au début, il y a d’abord une relation humaine entre les photographes, leur agence et les clients. 

Deux challenges et une méthode

Dans la remise en marche du groupe, Stéphane Ledoux distingue deux challenges bien différents avec la gestion de fond d’image et l’agence de presse. S’il souhaite que Gamma reprenne toute sa force d’action, il veut séparer les fonctionnements des autres agences du groupe de la prestigieuse agence de presse. « Le groupe n’est pas seulement Gamma. Il faudrait la dissocier des autres agences. Mais il ne faudrait surtout pas, comme j’ai pu l’entendre, ‘éliminer Gamma car c’est Gamma qui a tout planté’. Son modèle économique n’est aujourd’hui plus le bon, mais il y a des gens derrière et je pense qu’il y a des choses à faire aussi chez Gamma. Nous devons conduire une réflexion distincte sur Gamma d’un côté et sur la banque d’image de l’autre. Ce sont des challenges différents. C’est très motivants, mais aussi une grosse pression car nous ne voulons pas être les fossoyeurs comme on peut l’entendre parfois. L’agence de presse a un message à délivrer avec une ligne éditoriale claire et une manière de fonctionner spécifique avec ses photographes journalistes. Sur la banque d’image, nous aurons à remplir notre boulot qui est de vendre les photos de nos contributeurs et donc leur permettre de vivre pour faire d’autres photos. Aujourd’hui, c’est une mission qui n’est plus remplie actuellement, ou si mal, et où la publicité ne représente plus rien. Même si on a des photographes qui sont contents d’avoir une identité française et européenne - les deux marchés sur lesquels on va se concentrer - ils sont beaucoup plus ouverts qu’il y a quelques années à aller chez Corbis ou Getty. Cela les dérange beaucoup moins aujourd’hui. Il y a, on le voit, une hémorragie de photographes qui partent. Cela aussi, c’est inquiétant et l’on aura, nous, à recréer la confiance pour les faire revenir. C’est à la fois simple et compliqué. Il faudra juste qu’on leur prouve qu’on est capable de vendre leurs photos et de les accompagner. Nos marchés sont d’abord et avant tout la France et l’Europe parce que c’est notre territoire naturel sur lequel il faut que l’on s’ancre fortement. Mais c’est dans le même temps un développement international et principalement sur les Etats-Unis en établissant des partenariats sur la partie diffusion, banque d’image et archive d’une part et d’implantation d’agence pour la partie Gamma pour récupérer des photos aux Etats-Unis et les ramener en France. Il n’y a aucune raison que ce marché ne fonctionne que dans un sens et que nous soyons nous incapables de vendre aux Etats-Unis, surtout en banque d’image et en illustration. En presse, je ne rêve pas, coté Gamma, c’est l’inverse, on se fera davantage alimenter par les États-Unis par le people davantage que l’on ira alimenter la presse américaine. Je ne crois pas beaucoup à l’universalité des sujets news et magazine français ; et concernant le people, une star américaine comme Brad Pitt elle est connue mondialement, un Gad Elmaleh pris à Paris sera peu vendu aux Etats-Unis. »

« Parallèlement, il faut redonner un territoire à Rapho, et revaloriser cette agence. Nous devrons la renouveler et lui permettre de grandir. Je trouve que Rapho est écrasée entre sa position d’agence de presse au coté de Gamma et sa partie archive. C’est dommage parce que c’est une agence historique qui est aussi un formidable point d’entrée pour les nouveaux photographes. Il faut recréer la maison Rapho en respectant son identité, et la mettre en avant au coté de Gamma et des autres. Mais je n’ai pas envie de donner d’étiquette à Rapho. Ce sont des photographes de talent et de valeur qui vont se retrouver dans cet état d’esprit Rapho. C’est une grande maison Rapho qui a une histoire très importante. Mais si on laisse l’agence ainsi, elle va mourir très vite. C’est dommage car c’est de la haute couture et il faut que cet esprit demeure.
GHFP est une société qui a des vitrines historiques et remarquables dans tous les secteurs. Gamma est abîmé mais conserve une image très forte. Rapho c’est de la haute couture qui a sa place sur les grands sujets, ainsi qu’en corporate et en portrait qu’il faut pousser davantage. En illustration, avec Hoa-Qui, Jacana et Top qui sont des références ainsi que Keystone en archive, il y a de quoi faire quelque chose d’important. Mais il faut remettre très fortement les noms des agences en avant. Il faut avoir une réflexion qui correspond à leur cœur de métier qui ne soit pas forcément une inflexion globale même si à côté de cela il y a une transversalité qui doit exister. Celle-ci se fera sur les services généraux, la gestion des archives : la circulation. Nous devons travailler l’indexation, l’éditing du fond. Il y a un retard considérable sur la numérisation. Mais plus que la numérisation, le grand chantier de la banque d’image, c’est l’indexation. »
Le retour à l’équilibre est prévu assez rapidement par les repreneurs. « En 2008, GHFP gagne de l’argent ! Pour cela, on va vraiment se concentrer et revenir sur les fondamentaux, c’est la base de tout. On va écrire un projet d’entreprise qui s’écrit forcément avec les salariés. Il faut que cela devienne le leur ; et nous n’allons pas le sortir tant qu’à l’intérieur ce ne sera pas complètement acquis et poussé par tout le monde. C’est l’ensemble des composantes humaines qui font la boîte. Je n’irais pas très loin seul dans mon bureau. »
Il ajoute que la méthode est simple car « une PME, c’est 80% de bon sens et de GHFP lorsque l’on enlève Hachette Filippachi, il reste une PME. Il y a un vrai retournement possible et une vraie capacité d’amener cette société à la place qu’elle se doit d’occuper sur son marché.  
Rapho Eyedea Agence
13 rue d'Enghien
75010 Paris, France

www.rapho.com
Gamma (Eyedea) Presse Images
13, rue d'Enghien
75010 Paris, France

www.gamma.fr
Keystone
13, rue d'Enghien
75010 Paris, France

www.keystone-photo.com
Hoa-Qui Explorer Jacana - Petit format
13, rue d'Enghien
75010 Paris, France

www.hoaqui.com
Jacana
18 bd. Montmartre
75009 Paris, France

Top
15 rue de Verneuil
75007 Paris, France

Cité de l'image
34/36 rue de Belle Feuille
92100 Boulogne Billancourt, France

www.citedelimage.com
photographie.com : 2007-01-23
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