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| Par Marion Scemama / La mort du Photographe / Didier Lefèvre
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Didier Lefèvre, décédé dans la nuit du 29 au 30 janvier 2007, sera mort heureux.
L’avant veille, primé au Festival de la BD d’Angoulême, Le Photographe était monté sur scène pour recevoir le Prix « Essentiels » à l’occasion de la publication du 3ième tome du « Photographe », dont il était le héros, réalisé avec la complicité de son ami Guibert et son complice Lemercier, (aux éditions Dupuis.)
À la veille de sa mort, la consécration était au rendez-vous, tout comme la reconnaissance du travail photographique réalisé pendant 10 ans en Afghanistan, aux heures les plus sombres des guerres successives que ce pays a traversé.
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| © Didier Lefèvre |
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Il pensait ne plus retourner dans ce pays et tourner la page. Pourtant, il y retourne en Février 2006 pour le compte de L’Equipe Magazine, qui lui commande un reportage sur l’équipe de football de Kaboul. Pour la première fois, celle-ci participera à la coupe du monde en Allemagne en juillet 2006. Didier était heureux de cette commande. La première en Afghanistan qui ne lui demandait pas de couvrir la guerre. Un beau reportage, en noir et blanc, que l’Equipe magazine exploitera superbement en couverture avec toujours la complicité de Guibert et Lemercier.
Peut-être sa dernière vraie commande, de celles qui vous donne du bonheur, tant par le travail que par la publication.
Quarante-neuf ans, crise cardiaque, mort en plein épanouissement personnel et professionnel. Son cœur aurait-il lâché devant trop d’émotion ? Une reconnaissance tant attendue, un retour des choses qui efface toutes les galères, les souffrances, les humiliations, les désillusions que la profession de reporter génère ; « Le photographe », une BD en 3 tomes, indispensable et fortement recommandée à tout jeune photographe rêvant de photojournalisme.
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Ce qui fait le succès de ce livre et son intérêt, c’est qu’il s’appuie sur une histoire vraie et que des centaines de photos tirées de ses planches contact enrichissent les dessins et servent de trame au récit. Ainsi l’on peut suivre pas à pas, jour après jour, contact après contact, le voyage initiatique de ce jeune photographe pharmacien de formation qui se retrouve pour son premier reportage, engagé par Médecins sans frontières, au fin fond de l’Afghanistan – alors en pleine guerre sous l’occupation soviétique – pour couvrir l’ouverture d’une nouvelle unité médicale en pleine zone rurale.
Rien dans ce livre n’est action de guerre. Tout est dans le quotidien, l’attente, le trop plein, les rencontres humaines et chaleureuses, le frôlement de la mort dans la solitude et le désespoir, dans un pays inconnu, dont on ne parle pas la langue et dont on apprend jour après jour à maîtriser les usages.
Au fil des photographies et des planches contacts qui égrènent le récit, c’est tout l’apprentissage d’un travail photographique qui s’élabore sous nos yeux. Les ratées, les sublimes, on sent le corps du photographe se déplacer dans l’espace pour essayer de trouver l’angle, on est son œil, on vit ses hésitations, le cœur palpite quand un petit bijou de photographie apparaît, agrandie dans la page. Et l’on se dit : oui c’était un bon photographe, oui on a perdu un homme de qualité, dans tous les sens du terme, un homme qui avait encore tant à donner, aussi bien d’un point de vu humain que photographique.
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| © Didier Lefèvre |
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Au retour de ce premier voyage (il y retournera sept fois) la dure réalité du métier s’impose à lui : sur 120 films ramenés, soit près de 4000 images, seules six seront publiées dans Libération qui lui offre une magnifique double page. Cela suffit à faire son bonheur. C’est confirmé, il ne sera pas pharmacien mais photographe.
En 1988, il entre à VU, l’agence au bouillonnement créatif, vivier de jeunes photographes qui, par leur pratique et sous la direction de Christian Caujolle, libèrent la photographie de presse de ses carcans conventionnels en expérimentant de nouvelles formes.
Didier est envoyé à Tienanmen, en Roumanie, Tchécoslovaquie, Tadjikistan…
Au fil des ans, l’agence grossit et de plus en plus de photographes la rejoignent. Christian Caujolle n’a plus le temps d’être disponible pour chacun. Au début des années 90, la crise du pétrole assèche l’économie et l’agence traverse une crise financière. Par nécessité, elle fait travailler en priorité les photographes « qui marchent ». Pour Didier, c’est une période difficile et le travail se fait attendre. Il se sent délaissé, floué, trahi. En 93, après un clash verbal retentissant dont toute l’agence se souvient, Didier quitte VU en laissant ses archives pour éponger ses dettes.
Il ne baissera pas pour autant les bras, mais il lui faudra du temps pour cicatriser la blessure et relever la tête.
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Devenu indépendant, il travaille pour différentes publications dont l’Express, VSD, Le Point, l’Equipe magazine. Il retourne plusieurs fois en Afghanistan continuer le travail commencé en 86 au gré des guerres successives. Son travail est présenté par Jean-François Leroy à Perpignan (Visa pour l’image) en 94. En 2000, il est lauréat du concours de la Fnac « Attention Talent photo ». Une exposition lui sera consacrée qui tournera pendant trois ans dans les Fnac de France. Fidèle à ses amis de MSF, il organisera pour eux des rencontres avec le public pour accompagner les campagnes de l’ ONG. Sur la foulée de ce prix, il rejoint l’agence Editing et publiera en 2003 un livre sur son expérience afghane aux éditions Ouest France, accompagnée des textes issus de ses carnets personnels (« Voyages afghans, le pays des citrons doux et des oranges amères »).
Et puis la même année, le premier tome du « Photographe » paraît, le propulsant dans la notoriété : émissions de télévision, invitations diverses, rencontres avec le public…
Ce que le petit monde du photojournalisme ne lui avait pas cédé, le monde de la BD et son public élargi le lui restitue. Juste retour des choses ! Didier est heureux, épanoui, et toujours aussi disponible, discret et généreux.
Oui, Didier Lefèvre est mort heureux.
Et pour toujours, grâce à ce livre, il restera dans la mémoire des photojournalistes actuels et à venir.
Une leçon à méditer pour tous ceux et celles qui doutent de leur travail.
Marion Scemama
Pour voir le travail de Didier Lefèvre, un site : http://www.imagesandco.com
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Exposition Collective Du mercredi 20 décembre 2006 au lundi 23 avril 2007 |
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| photographie.com : 2007-02-07 |
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