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La guerre des mondes

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Samer Mohdad
Spencer Platt

Edito du 15 février 2007 par François Marie d’Andrimont / La guerre des mondes /

Le rôle du World Press est de secouer visuellement le monde. Ce n’est donc pas surprenant que l’image de Spencer Platt retenue pour servir d’emblème au photojournalisme en 2007, provoque des réactions y compris parmi les photographes… Le photographe libanais Samer Mohdad lance une polémique émotionnelle, en reprochant à la « noble institution [de faire preuve] d’ironie de mauvais goût » et « de compromettre le niveau » de cette compétition internationale. Il est encore plus dur pour la photographie lauréate - représentant de jeunes libanais en voiture au milieu de la destruction du sud de Beyrouth - qu’il qualifie d’« insulte vis-à-vis de tous les photojournalistes qui risquent leur vie couvrant cette horrible guerre ». Pour l’auteur de Mes Arabies, un essai photographique sur l’Arabie Saoudite, résumer ainsi la guerre au Liban « contrevient au sens commun et à l’éthique ». Collatéralement, Samer s’inquiète de la réaction « des jeunes gens [lorsque] leurs visages seront publiés à la Une de la presse internationale, et qu’ils incarneront le symbole de cette guerre cruelle. » Mais dans cette guerre photographique, les deux photographes parlent-ils le même language ? Et lequel est en phase avec quels gens ? La réaction peut être au contraire positive. Armelle Canitrot, la responsable photo de La Croix - l’un des rares quotidiens français avec une vraie politique photographique - apprécie au contraire d’échapper cette année « aux recettes du World Press : une certaine composition, à un certain moment pour en avoir plein la figure ».
D’autant que Spencer Platt rejette l’étiquette photographe de guerre qu’il estime « dépassée et quelque part romantique ». S’il regrette que les gens soient blasés de l’image de la guerre, il estime qu’une image forte permet d’attirer l’attention tout en refusant de simplifier la guerre à un bain de sang. Le jeune photographe revendique dépeindre l’ensemble du Liban « avec toutes ses ironies, des fabuleuses élites aux pauvres », pour se confronter frontalement « aux stéréotypes sur ce qu’est en fait une victime de guerre et même sur ce qu’est la guerre ». 
Spencer Platt, USA, Getty Images. Young Lebanese drive through devastated neighborhood of South Beirut, 15 August 

World Press Photo de l’année 2007
Le 13 février 2007
Lorsque j’ai découvert le World Press Photo de l’année 2007, ma première réaction fût ‘quelle honte !’. Plus je regarde la photo et plus je crains que la réputation de cette noble institution ne soit compromise, et je m’interroge : Quelle fut la motivation du jury lorsqu’il a procédé à son choix final ? Était-ce de l’ironie de mauvais goût ?
D’un point de vue humain, il est vrai que le Liban présente de très étranges situations irréelles. Sans aucun doute, cette photo contrevient au sens commun et à l’éthique. C’est une insulte vis-à-vis de tous les photojournalistes qui risquent leur vie couvrant cette horrible guerre. Techniquement, la photo n’est pas bien composée, elle ressemble à n’importe quelle photo d’amateur et n’exprime aucune sorte de langage photographique. C’est une capture d’information sans approche émotionnelle. Elle se sert de la naïveté des figurants pour faire passer un propos satirique.
Je me demande quelle sera la réaction de ces jeunes gens montrés sur cette image, particulièrement lorsque leurs visages seront publiés à la Une de la presse internationale, et qu’ils incarneront le symbole de cette guerre cruelle.
Je pense qu’à terme cette photo de l’année va compromettre le niveau du World Press Photo. Ma réaction est peut-être émotionnelle à cause de mes liens directs avec le Liban et de tout ce qui s’y est passé. Mais d’un point de vue professionnel, ce n’est pas une photo extraordinaire !
Samer Mohdad, Directeur de l’Arab Images Foundation® (Traduction Photographie.com)

World Press Photo of the Year 2006
February 13, 2007
When I discovered the World Press Photo of the year 2007, my first reaction was "what a shame!" more I look at the picture and more I feed bad about the reputation of this noble institution and I ask my self: What was the motivation of the jury when they made their final choice? Is it a kind of bad taste irony?
Humanly talking, I agree that Lebanon offers very strange unrealistic situations. There is no doubt about it this picture is completely out of any common sense and ethics. It is an insult to the face of all the photojournalists risking their lives by covering this horrible war.
From a technical point of view, this picture is not well composed, it looks like any amateur photography and don’t express any kind of imaging language. It’s a first level capturing information with no emotional approach. Taking advantage of the figurants naivety to promote a satiric feeling.
I wonder what will be the opinion of those youngest people showed in this picture, especially when their faces will be published on the first pages of all international printed supports, and they will become the symbol of this nasty war around the world.
I think at the long run this photo of the year will be badly hurting the standing of the world press photo competition. Perhaps I am so emotional in my reaction, because of my direct concerns with Lebanon and all what has been happening over there. But professionally talking, it is not an extraordinary photo!
Samer Mohdad
Chairman & CEO, Arab Images Foundation®
 
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Sortir d’une imagerie "politiquement correcte"  

Je trouve la réaction de Samer Mohdad assez futile et immature.
Les contrastes et complexités qui régissent notre monde actuel sont bel et bien présents.
La photographie de guerre n’a pas pour seul but de montrer l’horreur, et par conséquent de rendre une imagerie "politiquement correcte" d’une situation si bien connue et attendue.
La photographie sélectionnée ne compromet en aucun cas la souffrance d’un peuple meurtri, mais elle anticipe un problème plus global, qui est l’absurdité actuelle de la politique internationale.
En ce sens, l’image sélectionnée a la qualité de remettre aussi en question l’usage très limitatif abordé depuis des décennies par la profession.
Une autre image d’horreur se perdrait au milieu des milliers déjà connues. Notre vision collective en est saturée.
Cette image est a mon goût, un vent de fraîcheur et un appel a une remise en question des photojournalistes qui s’essoufflent a nous servir toujours la même sauce. Une propagande indirecte plutôt sollicitée par les médias, a été trop longtemps pensée comme une approche personnelle, mais en fait, la surproduction a réduit l’approche critique du photographe malgré lui.
Cette image a le charme incongru d’une réalité si souvent réduite au "cliché".
Pour finir, la composition en est parfaite, voir plutôt classique.
Il est désormais nécessaire de sortir de ses carcans primitifs pour montrer une nouvelle voie.
C’est notre devoir artistique d’une vision plus ouverte sur vie qui a toujours été complexe.
Il n’y a rien vraiment de nouveau dans notre réalité.
De penser que la technologie nous rend plus intelligents est un leurre.
La preuve...

David Boulogne
Londres 26/02/2007
 
photographie.com : 2007-02-16
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