|
|
| / Il y a DNG et... DNG ! / par Philippe Chaudré
|
|
Proposé par Adobe, dans la lignée du standard PDF (en cours de normalisation) ou du récent U3D (format 3D universel), le format dimage DNG se veut « la » solution darchivage et de pérennisation de nos photographies numériques, voire même léquivalent dun véritable « négatif » numérique. Quen est-il réellement ?
|
|
|
|
|
|
|
|
Tout dabord soyons pragmatiques, et malgré ce que certains entrevoient comme une tentative hégémonique, rendons hommage à Adobe qui est le seul aujourdhui à faire des propositions simples, claires et universelles pour résoudre nos problèmes dinteropérabilité, de communication et de conservation de nos précieux fichiers numériques, fut-ce t-ils photographiques... Certes, il existe aussi de très grands spécialistes du domaine et des développeurs hors pair ; de ceux que lon va écouter au prochain symposium international de la BNF : « De la production à la pérennisation des objets numériques : expériences internationales » . Mais leurs savantes conclusions nous sont généralement inaccessibles, car applicables seulement aux grands groupes. Dans nos cas forcément isolés, notre « gagne pain » est donc confié par défaut à un Windows, Linux ou Mac OS, souvent la peur au ventre et avec pour seule garantie les airs rassurants des trois systèmes dexploitation cités. Bref, chacun se retrouve seul devant ses disques durs, pleins à craquer de nos vies numériques régulièrement chamboulées...
Il y a tout dabord le Tiff ; dont tout le monde parle. Il a lair normé. Il est unanimement validé par ceux qui savent sous prétexte quil est « renseigné », cest-à-dire que « eux » peuvent fouiller dedans si besoin, ou savoir récupérer linformation dans des cas extrêmes. Le Tiff est aujourdhui partout, avec des déclinaisons jusquen 48 bits, utilisable avec tous les modes et espaces couleur, et même des couches complémentaires si besoin. Il est donc universel. Mais le Tiff offre linconvénient dêtre lourd (ses fichiers sont volumineux, même sil propose des compressions non-destructives tel le LZW), car en « bit-map », cest-à-dire également dépendant dune « résolution » et évidemment sujet à des dégradations en cas de corrections significatives. Et puis, il y a aussi le Jpeg, ce format compressé dont lintérêt réside justement dans la réduction doctets, qualité qui lui offre à peu près autant davantages que dinconvénients. Réenregistrer à linfini en format Jpeg, par exemple, cest prendre de gros risques de dégradation irrémédiables . Le Jpeg est donc à considérer comme un « langage commun », rien de plus.
|
|
|
|
|
|
|
|
Puis vint le « Raw », ce format brut dont chacun connaît aujourdhui les mérites : une réserve dinformation dans les blancs et les noirs, la parfaite réversibilité de ses déclinaisons, et une indépendance vis-à-vis dun tas de facteurs comme la température de couleur ou encore, dans une certaine mesure, la résolution. Il sagit donc bien de léquivalent dun « matériau », plus ou moins malléable à volonté, source de toutes nos futures créations. Mais malgré tous ces avantages, le Raw ne peut malheureusement pas être considéré comme un format darchivage ; surtout dans une optique de conservation à long terme. Car il nest pas unique dans sa forme, mais multiple, à limage du nombre de capteurs, de boîtiers, de marques de boîtier ou encore de version de « firmware » qui autorisent ce type denregistrement. Doù lidée dinventer un traducteur universel, permettant de réaménager les données dune manière commune, puis de les enregistrer dans un mode standardisé lisible avec un « décodeur universel ». Soit, en gros, le principe du Jpeg que tout le monde peut lire, quel que soit son outil ou mode de fabrication. Ceci est exactement la première caractéristique du format DNG ( http://www.adobe.com/fr/products/dng) qui est, rappelons-le, proposé gratuitement par Adobe.
Sa seconde caractéristique est plus pratique encore. Elle se base sur le fait quun format Raw, en tant que véritable « négatif numérique », ne doit être altéré daucune manière. Il peut uniquement délivrer de linformation et être développé à linfini à chaque fois que nécessaire. Mais il fallait trouver comment conserver des ajouts informatifs, tant au niveau des métadonnées que des intentions de réglages. Nikon, depuis longtemps, a pris des libertés à ce sujet, en ajoutant à ses formats Raw propriétaires (.nef) la possibilité de leur adjoindre des sortes de calques de réglages, uniquement inscriptibles et lisibles par leur logiciel Nikon Capture ; et avec des niveaux de complexités propres à chaque évolution de leur logiciel (une modification dun Nef dans Capture NX ne peut pas être assurément interprété dans Capture 4, par exemple, ce que rien ne signale sur le fichier lui-même). Depuis, Canon autorise son logiciel Digital Photo Professionnal a écrire ses « recettes » dans les format CR2 de la marque. Adobe, avec la naissance de Camera Raw en tant que Plug-in payant de Photoshop 7, a tenté de repenser le problème de manière autonome et déjà universelle, en écrivant les données ajoutées dans un petit fichier texte complémentaires, structuré tel un principe XML, et nommé « .xmp ». Reste maintenant à convaincre les autres « derawtiseurs » à adhérer à cette proposition ; chacun sauvegardant aujourdhui avec plus ou moins de bonheur les données ajoutées dans des mémoires cache ou fichiers groupés de type « bibliothèque ». Il est donc malheureusement encore loin le temps où lon pourra séchanger des informations complémentaires dun logiciel à lautre...
Avec le DNG, Adobe est encore allé plus loin, en inventant ce que certains qualifieront de container incluant tout ce qui est ou pourrait être nécessaire un jour aux descriptions dintentions de traitement, nécessaires à la visualisation et aux différentes versions de développement dun fichier brut. Plus de risque, ainsi, quun logiciel tiers, ou quun OS, ne déplace un élément en oubliant lautre ; ce qui pourrait être fâcheux en termes de temps ou dindexation dimage. Nous devrions ainsi toucher à lidéal. Sauf que, fabriquer un DNG à partir dun produit Adobe (Camera Raw, Lightroom, ou encore la solution téléchargeable gratuitement « DNG Converter ») est se retrouver confronté au choix difficile de la méthode de conversion de limage qui nest pas sans conséquences... Ainsi, sélectionner « conserver limage brute », réaménage linformation au point quun logiciel propriétaire dorigine ne reconnaîtra plus son petit, pourtant aucun dématriçage des informations brutes du capteur na été cependant effectué ! Ce choix offre néanmoins lavantage quun logiciel compatible DNG pourra continuer dinterpréter la conversion à sa manière, laissant ainsi à chacun des alternatives qualitatives personnelles. En cas de « compression non destructrice » cochée, lon aura même lexcellente surprise de voir fondre significativement le poids du Raw dorigine ! Alors que sélectionner « convertir en image linéaire » transforme les données du capteur en trois couches colorées superposées, tel un vulgaire Tiff 16 bits, avec ses mêmes désavantages en poids (de lordre de trois fois en toute évidence). Enfin, fabriquer un DNG est aussi se réserver la possibilité réversible dy inclure, sans y toucher, le Raw dorigine à toutes fins. Celui-ci ne sera cependant plus lisible par ses pairs tant quil reste encapsulé dans le format DNG.
Récupérer un DNG est donc ne pas pouvoir obtenir lassurance que celui-ci sera lisible dans un logiciel non Adobe, même sil est déclaré compatible ! Car cela dépendra de la manière dont il a été généré, et sans aucun outil pour en préciser le contenu réel. Cest un sacré manque ! Pire, par extension et pour des raisons pratiques totalement justifiées, un DNG peut aujourdhui être généré dans Lightroom ou Camera Raw 4 à partir dun Jpeg ou dun Tiff. Il sagira donc de léquivalent dun DNG « linéaire », puisque évidemment dématricé. Il en va de même pour les DNG générés par DXO, ou ceux semble-t-il issus dun Leica M8 ; à moins quil ne sagisse encore dune autre sous-catégorie... Les utilisateurs Mac (via Aperçu, iPhoto ou Aperture) comprendront. Dune excellente idée, quil faut continuer à promouvoir - ne serait-ce que pour son souhait dunicité - nous nous retrouvons donc aujourdhui avec un format plus complexe quil en a lair et surtout qui ne sait pas, par lui-même, nous indiquer la qualité réelle de son contenu. Cest vraiment dommage et crée très souvent des incompréhensions et autres discussions parfois animées sur des blogues pourtant réputés. Cela prouve néanmoins que lidée même de ce format est vraiment digne dintérêt. Gageons que dici peu Adobe saura répondre à ce travers non prévu à lorigine. À moins que les partisans de lOpen Raw ( www.openraw.org) finissent par se structurer eux-mêmes et proposent une alternative sérieuse et pratique à ce format déjà très utilisé.
Philippe Chaudré
|
|
|
Adobe Système France Tour Maine Montparnasse 33, Avenue du Maine BP 14
75755 Paris/ cedex 15, France www.adobe.fr
|
|
|
|
|
|
|
| photographie.com : 2007-04-12 |
|
|
|