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| / Apprendre la Photographie / par Thierry Dehesdin
/ A/ Introduction
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On pouvait déjà lire, en un temps fort éloigné, dans un ouvrage collectif rédigé sous la direction de Pierre Bourdieu:
« Parce que la création photographique peut ne pas demander dautres efforts que celui dappuyer sur le déclic et sépuiser dans ce geste, elle ne dément pas objectivement les illusions selon lesquelles lacte créateur se réduirait à lidée ou lenvie de créer. »
(Un art moyen, Pierre Bourdieu, L. Boltanski, R. Castel, J.C. Chamboredon, Les Editions de Minuit, 1965)
Pierre Bourdieu sous-estimait alors probablement tant le coût économique que la difficulté technique de lacte photographique. En 1965, à trop sépuiser dans le geste, la création photographique finissait par épuiser également les finances du photographe, et sa difficulté technique réelle ou supposée effrayait encore un grand nombre de créateurs potentiels. Dans sa pratique, la photographie démentait alors ces illusions et pour partager cette affirmation de Pierre Bourdieu, il fallait ne sy être jamais essayé.
Par contre aujourdhui, avec la révolution numérique, cette phrase a pris valeur de prophétie:
Le coût de la photographie est perçu comme négligeable, depuis que l’on ne consomme plus de films. Le taux de réussite en matière dimage, quelque soit la compétence technique du photographe, semble proche des 100% avec les « prêts à photographier » numériques. La photographie na plus ce caractère intimidant quelle avait pu avoir par le passé. Les appareils sont plus indulgents avec les apprentis photographes et de plus la photographie « ratée », parce qu’elle peut être effacée tout de suite après la prise de vue, n’est plus vécue comme un échec pesonnel.
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| Nikon D70 - 1/500 – F11 - 100 Iso – 52mm | Nikon D70 - 1/350 – F9 .5 - 100 Iso – 105mm) © Thierry Dehesdin |
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Pour les artistes, lidée que lacte créateur se réduirait à lidée ou à lenvie de créer est devenu un stéréotype de lart contemporain bien au delà de lunivers de la photographie. Un grand nombre de plasticiens utilisent la photographie dans leur travail et revendiquent lamateurisme de leurs images photographiques, comme pour mieux signifier leur refus de toute réflexion sur la technique, et ce sans que lon ne sache si cest la maladresse de leurs images qui en fait des oeuvres dart, ou si elles sont des oeuvres dart malgré cette maladresse, de part la qualité de leurs auteurs.
Cependant, force est de constater que si lon observe de moins en moins de photographies « ratées », on voit de plus en plus de photographies sans intérêts...
Certes, les photographies que je juge sans intérêt ne sont pas nécessairement celles qui vous laissent indifférents et inversement, mais je crains que cette différence dappréciation ne concerne que marginalement les milliers de photographies qui sont publiées chaque jour sur Internet.
En effet, si les appareils numériques daujourdhui ont un tel taux de réussite, cest parce que les ingénieurs qui les ont conçus sont passés maître dans lart du compromis.
Des algorithmes vont, en fonction de la luminosité disponible, choisir automatiquement les réglages qui assureront limage la plus nette possible, en sacrifiant le moins de détail possible dans les noirs comme dans les blancs.
Le photographe n’opère plus de choix à la prise de vue. Il se repose sur ceux qui ont été programmés par le concepteur de son appareil, choix quasiment identiques sur tous les appareils du marché.
Or à vouloir tout montrer, souvent on ne dit plus rien.
Une bonne image suppose que l’on réalise des choix.
J’aime à penser que la supériorité de l’homme sur une caméra de surveillance, c’est la possibilité d’utiliser la technique pour réaliser des choix esthétiques
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| Nikon D70 - 1/15 - F4,8 - 100 Iso – 70mm © Thierry Dehesdin |
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Le flou peut parfois être plus signifiant que le net, et une utilisation maîtrisée de lexposition qui va par exemple supprimer tous les détails dans les hautes lumières (les parties les plus claires de l’image) ou dans les basses lumières (les parties les plus sombres) peut produire des images plus signifiantes quun compromis mathématique entre les hautes et les basses lumières.
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| Nikon D70 - 2 - F11 – 100 Iso – 28mm © Thierry Dehesdin |
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Cette généralisation du compromis, caractéristique des appareils modernes, me ferait presque regretter le bon vieux temps des photos « ratées », qui dissimulaient parfois dheureuses surprises.
Ce cours sadresse à tous les utilisateurs dappareil photographique qui pensent quil ne suffit pas quune photographie soit convenablement exposée et nette partout pour satisfaire leur envie de photographie, mais souhaitent maîtriser suffisamment la technique pour être à même de réaliser des choix esthétiques conformes à leur intention.
Toute « leçon » de photographie suppose implicitement quil y ait de bonnes et de mauvaises images. Je vais cependant me garder de définir ce que serait une bonne image.
Mon parti pris pour ce cours, ce sera que si votre image répond à un propos, à une intention, et si vous avez su maîtriser suffisamment la technique pour la mettre au service de cette intention, votre photographie est « réussie ».
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| photographie.com : 2007-11-26 |
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