| Rat Hole / Situations / Interview d'Antoine d’Agata
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Quatre ans après Stigma, exposition magistrale à la galerie Vu, c’est à Tokyo qu’ont été présenté les nouveaux travaux photographiques d’Antoine d’Agata. Situations (référence à Guy Debord) est le titre d’une exposition à la Galerie Rat Hole et d’un formidable catalogue, aux éditions Hysteric Glamour (également éditeur de Daido Moriyama).
A l’occasion de cette étape majeure dans la carrière du photographe, photographie.com a rencontré Antoine d’Agata à Tokyo.
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| Antoine dAgata et Osamu Wataya (Directeur de la Rat Hole) |
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Emmanuel Guillaud : Comment dirais tu que ton travail a évolué depuis Stigma à la Galerie Vu en 2004?
Antoine dAgata : Je pense que ma présence au sein des images est plus systématique, plus consciente, plus assumée. L’espace dans lequel je travaille, les thèmes que j’aborde se sont réduits de plus en plus. Le travail est plus obsessionnel. Je travaille principalement dans l’espace temps extrêmement limité de l’orgasme.
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EG : Il y a aussi pour la première fois des paysages extérieurs, de jour, froids, presque « à l’allemande ».
AdA : Oui, c’est vrai, c’est l’autre penchant de mon travail. Ces paysages froids, nets, vides (que je trouve personnellement très violents dans leur dénuement) sont le contexte de toutes les images de chair, de décomposition, de sexe et de mort. C’est le monde réel. Ils sont vides car dans la réalité objective il n’y a rien qui mintéresse, c’est le monde actuel dans toute sa vacuité.
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EG : Le catalogue de l’exposition inclut un texte passionnant et très politique. Tu expliques que la photographie est pour toi condamnée à être immorale, subversive, érotique.
AdA : Dans les limites de mes capacités, je m’attache à mettre à mal la normalité, le cote lisse, hypocrite d’un système qui me répugne. Mes images sont une façon très modeste de pervertir le système. Le sexe, la chair c’est ce qui reste à tous ceux qui n’ont pas accès (ou ne veulent pas avoir accès) au mirage de la société de consommation actuelle.
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EG : Tu dis aussi ne pas avoir de tendresse particulière pour la photographie actuelle
AdA : La prédominance de l’esthétique dans la photo me donne la nausée. Il faut aller plus loin, explorer tout ce que les possibilités de la photographie. Pour moi, elle doit être utilisée pour sa capacité à mettre le photographe en danger et à interagir avec son contexte.
Il y a aujourd’hui une telle accumulation d’images que tout essai documentaire est absorbé, recyclé et rendu productif par le système. Mon travail n’est ni un documentaire porté par un discours social, ni un journal intime. C’est un travail conscient de ses limites mais aussi conscient de ce qu’il essaye de remettre en question. C’est le choix assumé d’une vie en dehors du système, d’un art externe aux règles artistiques et sociales.
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EG : Comment as-tu construit ce travail ?
AdA : J’avais écrit un scénario que je me suis ensuite appliqué à vivre. J’ai créé les situations qui rendaient le scénario possible puis je l’ai réellement vécu. Il y a biensûr une part laissée à l’aléatoire mais il y avait un scénario prémédité. J’avais décidé de vivre 7 histoires avec 7 filles.
SITUATIONS / Antoine dAgata / Editions Hysteric Glamour / 4800 Yens
Disponible en France à La Chambre Claire
Interview : Emmanuel Guillaud pour photographie.com
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| photographie.com : 2008-02-12 |