|
|
| Coup de Coeur Bourse du Talent #34 / L’eldorado sous plastique / Emilien Cancet
/ Présentation
|
 |
| © Emilien Cancet |
|
Ce travail est le fruit d’un reportage réalisé en novembre 2007 à l’ouest d’Almeria (Espagne), dans la plus vaste zone de cultures sous serres au monde, la péninsule du Poniente, un univers unique en son genre. Ma démarche photographique a été d’étudier une région dont les caractéristiques physiques conditionnent le mode de vie des habitants. En particulier, les travailleurs immigrés africains qui, pour la plupart, vivent et travaillent dans l’illégalité et mettent plusieurs années à régulariser leur situation.
Intention
En réalisant ce travail, j’ai voulu montrer l’aspect « concentrationnaire » de cet environnement et faire connaître l’envers du décor, une réalité sociale : l’exploitation de milliers de travailleurs clandestins dont l’univers incite à un mode de vie reclus.
En alternant photographies des lieux et du quotidien des immigrés, j’ai souhaité rendre compte des disparités sociales qu’entraîne cette économie et des dommages causés à l’environnement par ce mode d’agriculture. A l’heure où en 2008 on brandit l’étendard d’une agriculture « intégrée et durable », la région du Poniente reste au centre d’une controverse environnementale et doit résoudre des conflits d’ordre social et écologique.
|
|
 |
| © Emilien Cancet |
|
Informations complémentaires
L’Eldorado sous plastique
Depuis les années 70, la péninsule du Poniente est devenue l’Eldorado mondial de l’agriculture hydroponique sous plastique. 35.000 hectares de serres coincées entre les stations balnéaires du littoral et la Sierra de Gador aux versants rongés par les terrassements. Sur place, 200.000 entreprises produisent 30 % du PIB de la province. 3 millions de tonnes de fruits et légumes par an et un chiffre d’affaires annuel de 1.3 milliards d’euros. Des produits emballés et expédiés en 24 heures et livrés dans les 48 heures au consommateur final, dans toute l’Europe. Durant l’hiver pas moins de 1000 semi-remorques quittent chaque jour la région. La plus grande flotte de camions au monde !
Un modèle d’agriculture très rentable grâce à une économie souterraine devenue sujet tabou dans la région : plus de 80.000 travailleurs clandestins, un salaire moyen de 33 € par jour, 3 ans minimum afin de régulariser sa situation (carte sanitaire, recensement, permis de résidence), l’intégration d’immigrés au regard de la nationalité et un racisme ambiant envers les Maghrébins. Des luxueuses stations balnéaires pour riches aux chabolas et cortijos en ruines réservés aux sans-papiers, cet immense labyrinthe de serres est le théâtre de tous les extrêmes.
• culture hydroponique : culture hors sol à l’aide de substrats nutritifs
• chabolas : abris de fortune fait de carton et de plastique
• cortijos : fermettes andalouses
2008 : pour une agriculture intégrée et durable
En 2008, le Conseil de l’Agriculture d’Andalousie mise sur un programme de développement durable baptisé, « Compromiso Verde », l’Engagement Vert. Un plan de financement massif de près de 300 millions d’euros. Une première pour la province d’Almeria qui pendant des années a développé cette agriculture sans subventions de l’Etat. Résultat d’une agriculture improvisée : aucun contrôle de croissance, aucun recensement du nombre de serres, aucun plan d’irrigation ni d’expertise. Sur le terrain tout reste à faire : pollution, contamination des sols, épuisement des nappes phréatiques, enfouissements des déchets. Sans compter la fièvre immobilière qui s’est emparée du littoral.
Emilien Cancet
|
|
|
|
| photographie.com : 2008-04-22 |
|
|
|