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Maîtriser son appareil photo

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Thierry Dehesdin

/ Maîtriser son appareil photo / par Thierry Dehesdin

Paradoxalement, avec l’entrée du numérique dans l’age de la maturité, on voit s’exprimer de plus en plus vigoureusement un réel sentiment de panique dans les forums consacrés à la photographie.
D’un coté des fans de technologie qui vont porter des jugements catégoriques sur tel ou tel appareil à partir de tests scientifiques plus ou moins ésotériques pour le commun des mortels et des aficionados qui mettent en ligne des photographies étonnamment dénuées d’intérêts, et supposées illustrer de façon définitive la supériorité de leur matériel;
De l’autre de véritables appels au secours émis par des consommateurs, dépassés par la complexité réelle ou apparente de leur appareil, qui en viendraient presque à regretter le bon vieux temps où ils avaient toujours un appareil jetable à disposition dans la boîte à gants de leur voiture.
 
© Thierry Dehesdin 
1) Bien choisir son appareil : 

Règle N°1: Un appareil photo ça sert à faire des photos
La règle N°1 peut sembler une évidence, mais dans la réalité la situation est souvent beaucoup plus ambiguë.
La photographie a toujours fasciné les scientifiques, mais ces dernières années avec l’irruption de la technologie numérique et sa spectaculaire évolution, un public important semble à ce point passionné par les performances techniques du matériel photographique, que l’on peut s’interroger sur la place laissée à l’image dans ses préoccupations. Les forums consacrés à la photographie sont hantés par une population d’internautes qui échangent des fragments d’images qu’ils vont grossir 400 fois sur leurs écrans pour ridiculiser tout interlocuteur qui ne partagerait pas leur opinion définitive sur tel ou tel matériel. La photographie à l’origine de la discussion n’est qu’un prétexte. Son auteur est même généralement le premier à affirmer qu’elle ne présente aucun intérêt que ce soit sur un plan esthétique et/ou documentaire. L’appareil n’est pas utilisé pour réaliser des images, mais pour répondre à un besoin compulsif de posséder et de maîtriser un aboutissement de la technologie Hi Tech.
Et puis bien évidemment, comme autrefois,  l’appareil photo peut-être également un élément de prestige social. C’est alors plus un objet identitaire qu’il convient de posséder, qu’un outil qui permet de réaliser des images.
Ces motivations me semblent d’autant plus respectables que, comme pour tout produit industriel, le coût de mon matériel est inversement proportionnel à sa diffusion. Les appareils Canon ou Nikon dits « professionnels » vaudraient beaucoup plus chers s’ils n’étaient achetés que par des photographes tirant de la photographie l’essentiel de leur revenu.
Cependant, si votre priorité c’est de prendre des images, n’oubliez pas de n’accorder à la marque, au look et à la « modernité » de votre appareil que l’importance qu’ils méritent à  vos yeux.
   
Règle N°2: Le bon appareil c’est celui qui va vous permettre d’appliquer la règle N°1
L’achat d’un appareil photo, quelque soit le degré d’expertise de son acquéreur, devrait correspondre à un arbitrage entre 3 éléments différents:
Sa portabilité: Qu’importe les performances techniques, réelles ou supposées, de votre appareil photo si, en raison de son poids et/ou de son encombrement, vous le laissez dans le placard de votre chambre;
Son coût:  Qu’importe les performances techniques, réelles ou supposées, de votre appareil photo si, en raison de son coût, vous le laissez dans un coffre à la banque;
Sa facilité d’utilisation:  Qu’importe les performances techniques, réelles ou supposées, de votre appareil photo s’il vous faut vous plonger pendant une heure dans sa documentation avant de pouvoir prendre une image. Généralement dans l’intervalle, votre envie de photographier a disparu, et c’est une chance d’ailleurs car le personnage que vous vouliez immortaliser s’en est allé.     
2) Du bon usage du modes d’emploi 

Vous êtes riche, en bonne santé, votre colonne vertébrale a la solidité du chêne, vos ambitions photographiques sont conséquentes, mais vous ne disposez que d’une solide expertise argentique. Ou pire ! Vous n’avez pour tout bagage que mon cours d’initiation à la photographie, et vous décidez d’achetez un Nikon D3 (ou un même un D300 si vous êtes un petit joueur).
Vous ouvrez fébrilement la boîte, découvrez la documentation de votre nouveau matériel, et là un sentiment d’angoisse et de solitude vous étreint : le mode d’emploi du D300 compte 448 pages et celui du D3, 472.
N’ayez pas honte de votre réaction. J’ai connu des braves, avec un vernis numérique et des décennies de photographie argentique derrière eux, qui à ce moment rangeaient tout bien soigneusement dans la boîte, allait rechercher leur bon vieux Leica dont le contact, tel le doudou de leur enfance, leur apportait un réconfort immédiat, et affirmaient que tous les appareils se valaient et que c’était le photographe qui faisait la différence.
L’erreur principale à ne pas commettre c’est de considérer ce mode d’emploi comme un livre, dont il vous faudrait mémoriser l’intégralité du contenu avant de pouvoir réaliser votre première photographie. Utilisez le mode d’emploi comme vous le feriez d’une encyclopédie. C’est un manuel de référence que vous allez consulter lorsque vous serez confronté à une difficulté particulière lors d’une prise de vue ou, lorsque l’expérience et la maîtrise de l’engin progressant, vous voudrez approfondir un domaine spécifique.
N’oubliez pas la règle n° 1 : Un appareil photo ça sert à faire des photos. Réalisez quelques centaines d’images avant de vous perdre dans les options. Le réglage par défaut est généralement largement suffisant pour commencer à vous familiariser avec votre appareil.
Les appareils numériques dits professionnels (ou semi-professionnels) comptent un nombre respectable de boutons, de menus et de sous-menus. Pour peu que les boutons soient paramètrables par l’utilisateur au travers des menus et sous-menus, le nombre de combinaisons possibles pour paramètrer votre appareil est quasi infini. Mais ce n’est pas parce que ces possibilités existent qu’il vous faut nécessairement chercher à toutes les utiliser.
Dans les appareils les plus sophistiqués (et donc les plus complexes), les commandes fondamentales sont accessibles par des boutons pour faciliter la vie des photographes. Si vous ne vous amusez pas à modifier régulièrement leurs fonctions (option parfois proposée dans les menus et sous-menus et erreur classique du débutant qui va vouloir modifier l’ergonomie des commandes avant même de les avoir utilisées), vous acquérerez très vite une grande familiarité avec ces boutons qui tomberont alors naturellement sous vos doigts. Le format du fichier que vous allez utiliser, la sensibilité du capteur, le choix du programme d’exposition, la vitesse, le diaphragme, la balance des blancs, le mode de mise au point et le mode de déclenchement sont autant d’éléments que pouvez modifier sans accéder aux différents Menu.
En fait lorsque vous utilisez votre appareil pour la première fois (ou lorsqu’il rentre du SAV), il n’y a que deux choses à vérifier dans les Menus: La date et l’heure, pour vous assurer que ces informations qui seront associés à vos fichiers lors de la prise de vue seront justes, et la désactivation de la fonction « carte mémoire absente », pour qu’en ce cas le déclencheur se bloque avec un message d’erreur. Ainsi vous éviterez qu’en l’absence de carte mémoire dans l’appareil celui-ci vous laisse prendre des images qui, faute de carte d’enregistrement, resteraient virtuelles à tout jamais.
L’important c’est que vous soyez opérationnel dès que vous saisissez votre appareil, sans avoir besoin de vous plonger dans le mode d’emploi. Ce n’est qu’après avoir réalisé quelques centaines de photographies et acquis une grande familiarité avec les commandes immédiatement accessibles, que vous pourrez commencer à vous plonger avec délice dans les subtilités des menus et sous-menus.
Un dernier point: Méfiez-vous de la possibilité de mémoriser des réglages personnalisés. C’est un piège pour les débutants. Au début vous aurez la tentation, chaque fois que vous modifierez un paramètre, de le mémoriser dans un règlage spécifique. Le danger est double. D’une part vous allez mémoriser, et donc rendre accessible par les menus et sous-menus, des modifications réalisables beaucoup plus rapidement et ergonomiquement par un accès direct aux boutons de commande. D’autre part vous allez multipliez les programmes et très vite, il vous sera plus difficile de vous rappeler les règlages adoptés pour chacun d’eux que les fonctions des menus ou sous-menus. Ainsi, je n’ai mémorisé qu’un programme que j’utilise pour les poses lentes avec un pied. Lorsque j’appelle ce programme, j’ai automatiquement un décalage de 2 ’’ entre l’appui sur le déclencheur de l’appareil et le relèvement du miroir et une temporisation du miroir pour éviter tout risque de bougé. Pour le reste la seule commande accessible par le Menu que j’utilise régulièrement, c’est la commande « Format » ! (Elle est d’ailleurs accessible directement par une combinaison de touche, mais en raison de son caractère définitif, je préfere me laisser le temps de la réflexion.) 
photographie.com : 2008-05-05
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