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| Coup de Coeur Bourse du Talent #35 / Le regard des aveugles / Georges Pacheco
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| © Georges Pacheco |
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De 2001 à 2004, je suis retourné régulièrement à Lisbonne pour réaliser mon travail « Le regard des aveugles ». J’y ai rencontré des personnes non voyantes aux destins divers (certaines étant aveugles de naissance et d’autres ayant perdu la vue à des âges différents), je leur ai proposé et leur ai permis de réaliser leur propre autoportrait.
Pour la première fois de leur vie, il leur était demandé d’actionner une petite poire reliée à un appareil photo, et de devenir à la fois photographe et modèle, sujet et objet photographique.
Je voulais savoir comment un aveugle allait aborder la question de l’autoportrait, comprendre ce que ça voulait dire et impliquait de ne pas voir et de devoir donner une image de soi.
Je leur soumettais ainsi la même consigne : considérez cette séance photo comme un moment de totale liberté, prenez votre temps et exprimez ce dont vous avez envie (choix de la position de votre corps, de l’expression de votre visage ou des sentiments que vous voulez extérioriser).
Le dispositif était simple. Je leur indiquais par le son de ma voix l’emplacement de la chambre photographique (Sinar 4x5), et chacun d’entre eux réalisait à son rythme un seul et unique cliché. Seuls le cadrage et la mise au point étaient réglés par mes soins.
Cet acte photographique qui peut être considéré comme paradoxal à certains égards me fascinait particulièrement, et m’interrogeait non seulement sur la condition de l’aveugle (des aveugles) mais aussi sur la notion d’identité. Ou plutôt sur la difficulté d’en esquisser une définition, dans le cas de l’aveugle s’auto photographiant :
Un aveugle a t-il une plus grande liberté dans sa façon de poser, de s’exposer ou de se révéler qu’un voyant ?
Est-il aussi prisonnier de codes, conventions et représentations sociales ?
Les questions du « être beau », du «bien poser » ou du sourire obligé allaient-elles avoir un sens pour ces non-voyants ?
Existe-t-il des différences significatives dans la manière de se représenter entre aveugles de naissance et aveugles ayant déjà vu ?
Peut-on parler de regard dans le cas de l’aveugle ?
L’incapacité de se voir permet-elle de s’identifier, de se reconnaître ?
Qui décide de l’identité en définitive, soi-même ou l’autre ? Et la ressemblance dans tout ça ? ….
Parallèlement et à la suite à chaque autoportrait je demandais à chacun des aveugles de me décrire le plus finement possible qu’elle serait l’image photographique qu’ils auraient souhaité réaliser eux-mêmes s’ils avaient l’usage de la vue.
Chacun d’eux m’a donc décrit ce que j’ai appelé son « Image-Désir ».
Depuis j’explore d’autres situations expérimentales dans lesquelles je recherche le plus petit écart possible entre le soi et la représentation de soi.
Georges Pacheco
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| photographie.com : 2008-07-18 |
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