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Nous voulons vos photos
Edito du 09 octobre 2008 par François-Marie d'Andrimont / Nous voulons vos photos / Shawn Bentley Orphan Works Act - S. 2913
Conférence Hot Spot : à la recherche de DR (mars 2007) - intervention de Jorge Alvarez 

Comme un nouvel avatar de la propension américaine à gendarmer la planète, une offensive législative à Washington met cette fois-ci en ligne de mire toutes les photos du monde. Jorge Alvarez de l’UPC en est encore bouleversé. À refuser l’usage du DR, le copyright anglo-saxon, les photos bradées etc., les français se battraient-ils contre des moulins ? L’appétit US transformera t-il notre cher droit d’auteur  en ligne Maginot ?
Il y a un peu plus d’un an lors d’un live, votre journal, Photographie.com, avait invité les photographes à identifier D.R. afin d’agir aux cotés de l’UPC et de la SAIF sur une proposition révolutionnaire inscrite sur un Livre Blanc qui défend les intérêts de tous les photographes. L’approche américaine concerne également les œuvres orphelines, les D.R. que la presse utilise.  Il y a pourtant une petite différence avec la vision française intelligente et généreuse : Washington ne souhaite pas du tout protéger les œuvres des photographes. La proposition de loi répond en réalité, à d’autres intérêts.
L’histoire remonte à 2006, lorsque le texan Lamar Smith (président du sous-comité juridique sur internet et la propriété intellectuelle) a présenté la loi HR 5439 sur les Œuvres orphelines. Il s’agit pour lui de limiter les droits des auteurs sur l’usage que pourraient en faire d’autres artistes, des enseignants et des chercheurs, sous réserve d’une “reasonably diligent search”  (recherche raisonnablement sérieuse). Hum… C’était en réalité une porte ouverte à tous les abus et une brèche dans le droit d’auteur. 
© Lorenzo Virgili  

Aujourd’hui le Sénat avec le républicain Orrin Hatch va plus loin. Il affirme que "de nombreuses créations artistiques - livres, photos, peintures et musiques - que l’on trouve dans le pays [américain, ndlr] sont réellement renfermées dans un grenier, les rendant inaccessibles au grand public parce que le propriétaire du copyright est inconnu." Œuvrant pour un lobby d’éditeurs qui lui ont peut-être écrit son scénario, Orrin Hatch estime qu’il est "souvent difficile d’identifier ou de trouver ces propriétaires d’œuvres protégées. Pire, beaucoup sont découragés ou méfiant d’utiliser ces œuvres de crainte d’être poursuivi si le propriétaire se manifestait finalement". Ce sont ces réflexions d’un président de la Commission Judiciaire du Sénat américain qui ont donné lieu à un projet de loi présenté au Congrès et intitulé le Shawn Bentley Orphan Works Act ou S. 2913 (en mémoire de l’ancien conseiller d’Hatch). Bien caché derrière les soubresauts du plan de sauvetage des institutions financières américaines le projet a été adopté à l’unanimité de la non-objection (!) par le Sénat le vendredi 26 septembre. Il devrait bientôt être présenté à la Chambre des Représentants. Le juriste Joe Keeley qui avait pourtant conseillé le sous-comité de 2006 et sans doute conscient d’avoir alors ouvert une boîte de pandore, regrette aujourd’hui qu’aucun sénateur Américain n’ait objecté à la proposition S. 2913. Il estime que "cette défaite politique majeure" devrait avoir "des répercussion à long termes sur la communauté des arts-visuels pour affecter plus tard bien au-delà du contexte des œuvres orphelines". Les première victimes sont donc bien les auteurs car cette loi renverse l’ordre des choses. Le diffuseur aurait tous les droits sur les œuvres de celui qui ne les aurait pas enregistrées auprès d’une officine (américaine de préférence) et moyennement payement d’une dîme au passage.
Premiers dégâts : les associations de photographes américaine ont été irakisées. Elles ont éclatés en différentes chapelles qui s’opposent. D’un coté, l’ASMP (American Society of Media Photographers), la PPA (Professional Photographers of America), et les agences de stock sont résignées à la loi. Leur stratégie est de collaborer avec le législateur pour obtenir quelques dérogations pour leurs artistes, notamment en demandant la substitution de la S 2913 par la version d’avril 2008, la HR 5889 (une évolution de la HR 5439 par Lamar Smith et Howard Coble). En face, l’APA (Advertising Photographers of America) ainsi que la NPPA (National Press Photographers Association) s’y opposent catégoriquement.
Un soutien européen et particulièrement français pourrait aider les photographes américains a se regrouper : peut-être en rappelant que ce projet de loi viole une convention internationale (paraphée justement par Washington). Il s’agit de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques du 9 septembre 1886, complétée à PARIS le 4 mai 1896, révisée à Berlin le 13 novembre 1908, complétée à Berne le 20 mars 1914 et révisée à Rome le 2 juin 1928, à Bruxelles le 26 juin 1948, à Stockholm le 14 juillet 1967 et à Paris le 24 juillet 1971 et modifiée le 28 septembre 1979. Une longue liste certes, mais ce n’est pas sûr que cela suffise à calmer les appétits sur l’or noir du XXIè siècle. 
UPC Maison des Photographes
121 rue Vieille du Temple
75003 Paris, France
Galerie ouverte du lundi au vendredi - 10h à 13h et 14h à 18h M° Filles du calvaire

www.upc.fr
photographie.com : 2008-10-10
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