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| 12 photographe sélectionnés pour la Bourse du Talent #36 / Des territoires occupés. fragments / Jean Frémiot
/ Présentation
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Je suis un reporter de guerre opérant en Berry
En territoire occupé
Auteur-photographe installé en Berry depuis toujours, je poursuis depuis deux ans une recherche artistique approfondie sur les transformations paysagères des alentours de Bourges. Cela se traduit par des voyages réguliers dans quelques zones pavillonnaires en construction que lon peut aussi trouver à la périphéries de nimporte quelle autre ville. Ce travail mamène à étudier particulièrement ces territoires en devenir, à mettre en évidence lessor aussi bien architectural que démographique et sociologique de ces zones périurbaines ou péri-rurales en pleine transformation, tout en allant au-devant de populations positionnées comme autant de fantassins sur une ligne de front.
Ces zones conquises sur des terres jusquà maintenant dédiées à lagriculture, situent, composent et forment désormais les éléments constituants de cet avatar géographique inédit qui se met en scène directement sous nos yeux. Le sens naît de lui-même comme les choses se font et mon regard pensif se porte sur ce phénomène avec rigueur et assiduité.
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| © Jean Fremiot |
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Du temps de la conquête
Il y a un proverbe chinois qui dit: "Bâtis ta maison et quand elle sera terminée, quitte-la." Ici des familles de "rurbains" simplantent de manière durable (ou espèrent que ce le soit vraiment), et les maisons éclosent promptement. La mutation "civilisatrice" du paysage est en marche. Loccupation des espaces "vides" gagne rapidement sur le terrain des opérations. A cet endroit-là il y a urgence. La lutte pour un temps raccourci y est effective. A peine croqués, juste esquissés, les desseins des différents protagonistes de cette tragédie sont lisibles un peu partout. Les géomètres balisent pendant que les maçons coulent déjà les fondations dun avenir visiblement sans résistances possibles.
La série de photographies "Les Territoires occupés" est, elle aussi, en perpétuelle mutation et colle au temps qui se déroule au présent. De nouvelles images sajoutent au fur et à mesure que ces colonies insolites simplantent. Le regard du passant comme celui du photographe feint de se porter vers linfini. Il y cherche une échappatoire et ne se résout que contraint et forcé à une confrontation visuelle avec ce plan vertical, plaqué sur le point de fuite : le mur, premier décor, premier motif dexploitation de la surface du sol.
"Bientôt ici une vie meilleure au meilleur prix".
Le témoin de ces métamorphoses, le regardeur attentionné, le spectateur attentif se trouve alors projeté en fond de scène et devient à son tour acteur au centre névralgique de ce théâtre des opérations, tout en gardant en mémoire la toile de fond vue des gradins. Devenu à la fois comédien et metteur en scène, interprète de son propre rôle et réalisateur de sa vie, illusoirement conscient den être le démiurge, le participant à cette expérience ne peut rester inerte devant pareil spectacle. Impliqué à lextrême par linformation directe de lélévation par delà la première ligne de tir, propulsé dans le temps effréné du combat comme un appelé du contingent, mais maintenu à distance par lampleur de la sidération, lexpérimentateur de cette rencontre frontale avec un réel strictement représenté ne peut que rester médusé et souffrir de vertiges et dhallucinations.
Bientôt des corps trouveront abri
ici en ces demeures
à cet endroit même où la plaine nétait jadis que sauvages dangers pour lhomme
"Les Territoires occupés" posent les bases dune pensée commune au regard (lesthétique), au sens (philosophique, éthique et politique), aux sens (du sensoriel), et à la culture (par la lecture historique des faits à venir qui semblent inéluctables).
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| © Jean Fremiot |
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Champ-contrechamp
Les éléments naturels et architecturaux, ces "choses" du paysage, sont mis en scène et composés par le choix dangles de vue précis, positionnés sous laxe dune certaine lumière propre à révéler tant latmosphère que les formes montrées. Les références à la peinture, à la littérature ou au cinéma, parlent autant au spectateur de ces objets, que de leur propre représentation face à ces images.
Que voit-on? La photographie est de la taille dune peinture et représente des éléments architecturaux bruts de construction. Au travers de ce qui semble être une meurtrière, le paysage, anciennement "naturel", mais depuis toujours, malmené par les décisions de lhumain conquistador, na pas lair de nêtre quun ornement. Le regard du spectateur peut aller se perdre dedans ou rebondir dessus quand des ouvertures loffrent au regard.
Au même titre que Jan Van Eyck (il fût missionné en 1428 auprès de Jean 1er, roi du Portugal en qualité de "reporter dessinateur") "jenquête" en terrain inconnu et rends compte sur létat de lavancement de chantiers interdits au public. Pour se faire, je manipule des formes et des codes esthétiques propres à la peinture de cette époque avec un outil moderne de reportage. Strictement composés, "Les Territoires occupés" interrogent un paysage tant physique que social gangrénés par des édifices qui ne sont finalement que fonctionnels.
Dans lentrebâillement de la fenêtre du Portrait des Epoux Arnolfini de Van Eyck, il napparaît quun mince filet de printemps bucolique. Cette infime ouverture vers lextérieur de la pièce renvoie ainsi loeil vers un autre cadre, rond celui-là, miroir concave au centre du tableau, ouvrant sur un tout autre univers qui à son tour nous regarde. La fonction, la place, le rôle de celui qui contemple la peinture se trouvent ici interrogés comme dans Les Ménines de Velasquez.
Avec La Madone du Chancelier Rolin, Van Eyck invite le spectateur à se rapprocher des personnages représentés de manière à bien décrypter le paysage détaillé de larrière plan qui est totalement offert par une large loggia ouverte sur limmensité du panorama. Van Eyck unit ainsi "lintimement proche et linfiniment éloigné". Dans "Les Territoires occupés", les points de vue sont souvent morcelés ou partiellement obstrués. Lintime est en devenir incertain, et linfiniment proche dabord chaotique.
Sur la ligne de tirs
Comment se situer judicieusement face à la nécessité problématique dune urbanisation idéologiquement dominatrice et aussi galopante que conquérante? Demain, des archéologues se pencheront sur les restes de cette histoire, mais comprendront-ils alors de quoi il était question? Il est assurément urgent et possible aujourdhui de questionner le paysage avant de disparaître prématurément devant cet horizon, comme décline le jour sur une terre dévastée après des temps de guerre et doccupation.
Déserter, faire le mur deviendrait-il une urgence vitale? Laffront à cette ligne de force interroge la tension qui nous lie les uns aux autres dans notre rapport à lespace partagé. Laspect à venir de notre civilisation est aujourdhui en pleine réalisation. Devant nous sétend un chantier dampleur qui, se déroulant tel un rouleau compresseur, damerait le calcaire de voix en doute. Nous avons le devoir de faire en sorte quil soit mené à bien, et comme il faut, pour les temps futurs. Lattention que je porte à ce champ infini de réflexions nourrit mes préoccupations tant esthétiques que philosophiques, et celles-ci motivent ma volonté de confronter mon regard sur le monde avec celui de ceux qui ne soupçonnent peut-être pas le nombre de batailles en cours.
Jean Frémiot-septembre 2007
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Jean Frémiot Du vendredi 14 novembre 2008 au dimanche 04 janvier 2009 10 bis, rue Jacques-Cœur, Bourges, France |
China Pingyao International Festival 2009 Du samedi 19 septembre 2009 au vendredi 25 septembre 2009 , Taiyuan, Shanxi, P.R. China, Chine |
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| photographie.com : 2008-10-20 |
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