"Au début, il faudrait tout expliquer, ne pas manquer un seul mot, de peur de perdre le fil conducteur; mais le moment vient où la mémoire entraînée permet de passer sous silence ce quinstinctivement elle supplée. Léducation de lœil, de même, autorise le condensé, lellipse, voire la simple allusion."
René Huygue, Dialogue avec le visible ,1955.
Au commencement, une forêt sombre et lointaine qui ondule doucement à lhorizon. Puis tout près cette courbe maternelle couchée sur lherbe brûlée. Ensuite léclaircie blanche, et vite, le frémissement doré de la fin du jour... Les saisons, les paysages, les silhouettes passent, se ressemblent et résonnent dans leur beauté sensuelle et éphémère.
La photographie est pour moi un moment dévasion comme de recueillement, une contemplation songeuse du monde : la nature est lespace infini de mes rêveries, et lexpérience des êtres qui sy plongent, mon sujet photo-sensible.
Rien de plus universelle et subjective que lexpérience photographique : nous sommes spectateurs dune même scène, pourtant nous la regardons différemment.
Mais quavons nous vu ? Et que voyons nous maintenant ?
Dans ellipses, jassocie en une série de diptyques des images de lieux et temps parfois identiques, parfois différents.
Par une approche chromatique picturale des saisons, par la répétition/permutation des images ou par la présence/absence des figures, jexplore la suspension et le passage du temps, la vision subjective et sensorielle de lespace, ou encore les rémanences illusoires de la mémoire. Je sonde notre “présence au monde”.
Sous la forme poétique dun "cadavre exquis elliptique", le défilé des images quitte lunivers du réel vers un espace-temps imaginaire.
À cette frontière entre réalité et fiction, mes "tableaux photographiques" deviennent des séquences dun film en pointillé : un champ des possibles dans lequel lesprit du spectateur peut librement voyager.
Marilia Destot
septembre 2008