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| / Jeunes photographes : comment sortir du lot ? / Par Marc Héneau
/ Comment sortir du lot
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Comment les jeunes photographes sont-ils repérés aujourd’hui?Dans un contexte très concurrentiel, quels sont les moyens les plus efficaces pour faire connaître son travail ? Pour le savoir, nous avons enquêté auprès de différents experts: galeristes, éditeurs, commissaires ou directeurs d’agence, mais aussi auprès de jeunes photographes. Voici leurs témoignages.
Par Marc Héneau
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Wunem Wasif récemment primé au Prix Pictet 2008 Water Tragedy : Climate Refugee of Bangladesh
© Munem Wasif / agence Vu, courtesy Prix Pictet 2008 |
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-Comment découvrent-ils de nouveaux talents ?
En matière de repérages de jeunes artistes, les professionnels prospectent par tous les moyens sans en privilégier un en particulier ou sans avoir de recette miracle. Seule certitude : l’émergence spontanée, l’artiste surgi de nulle part, semble relever du mythe. « La figure du photographe autodidacte est en voie de disparition » diagnostique Laura Serani, l’une des trois commissaires du mois de la photo. « Avec la multiplication des écoles spécialisées et des formations aux Beaux-arts, on assiste à une photographie plus réflêchie, raisonnée et encadrée. » « Aujourd’hui, les professionnels de la photo sont surinformés et voyagent énormément » remarque de son côté Guillaume Piens, directeur artistique du salon Paris Photo. « Dès lors, il devient extrêmement rare que de jeunes artistes soient repérés directement, juste en poussant la porte d’une galerie.» « Je n’ai jamais trouvé personne par candidature spontanée » renchérit le galeriste Parisien Philippe Chaume qui estime recevoir cent à deux cent propositions par semaine.
« C’est avec une série de mode dans le magazine Wad que j’ai découvert le travail de René et Radka » précise ce dernier. « Joffrey Pleignet m’a été recommandé par un artiste de la galerie et d’autres photographes m’ont été conseillé par des gens du milieu.» A l’agence Vu¸ les dernières recrues ont plutôt été contactées lors de rendez-vous professionnels. « J’ai rencontré Cédric Gerbehaye à Perpignan l’an dernier » raconte Eric Larrouil, le directeur général de l’agence. « Quant à Munem Wasif, entré à l’agence en avril dernier, la rencontre à eu lieu lors d’un master class à Amsterdam dans le cadre du Worldpress photo.» Pas de règles non plus pour Patrick Le Bescont, des éditions Filigranes. Le premier contact avec Nicolas Comment et Anne-Lise Broyer, l’envoi par la poste d’un petit objet photographique débouchant sur une riche collaboration de plusieurs ouvrages, semble là encore, rare. Très sollicité (2 à 3 demandes quotidiennes par mail ou courrier), l’éditeur estime que seulement 2 % de ces envois débouche sur une rencontre ou un projet. Surtout Patrick Le Bescont reste vigilant à ne pas se cantonner à « une attitude réceptive, mais à faire l’effort d’aller chercher et déclencher les rencontres ». Et pour cela, les contacts sur les salons professionnels (festival, participation à des jurys…), et les recommandations fonctionnent relativement bien. « J’ai rencontré Joséphine Michel Lude dont j’ai publié un livre DVD, par le biais d’un de ses enseignant de l’école d’Arles » cite encore en exemple Patrick Le Bescont.
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| Dominique Charlet et Philippe Chaume lors dun jury de la Bourse du Talent (2005) |
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| Michel Benichou et Patrick Le Bescont lors dun jury de la Bourse du Talent (2005) |
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-Qu’est-ce que les professionnels recherchent ?
Quel genre de nouvelle photographie recherchent les galeristes, éditeurs et autres commissaires… ? Impossible de donner une réponse unique, tant diffèrent les demandes et contraintes propres à chaque secteur comme les goûts de chaque interlocuteur. D’où la nécessité, avant de se lancer dans un démarchage tous azimuts, de « commencer par savoir à qui l’on s’adresse » comme le rappelle d’emblée Patrick Le Bescont. « Quand je reçois un mail collectif avec l’adresse de tous les éditeurs sans que l’on ait pris la peine d’envoyer en copie cachée, je réponds généralement : à qui vous adressez-vous ? » En tant qu’éditeur, le directeur de Filigranes se dit bien évidemment très attentif à la réflexion du photographe autour du livre, la place de l’écrit et des textes dans son projet, l’existence d’une maquette ou tout au moins d’une ébauche en ce sens. « Il faut que je sente une réflexion autour de l’objet livre, sa forme, le rythme des images… » précise-t-il.
Nombreux sont ceux qui déplorent le côté répétitif de « travaux déjà vu quinze ou vingt fois ! » et qui engagent les jeunes talents à développer une forte culture visuelle pour pouvoir se situer, sinon dans l’histoire de l’art, dans celle de la photo. Et pour connaître la ligne éditoriale ou le style de photos défendues par telle galerie ou telle agence, un petit tour sur leur site internet s’impose ! « Il y à beaucoup de gens qui font la même chose sans s’en rendre compte » déplore Philippe Chaume. « Quand je vois des photos de parkings de supermarché vides, je me dis qu’il arrivent bien tard après l’école de Dusseldorf ! Pour pouvoir défendre un travail sur la durée, il doit me plaire fortement. Personnellement, je recherche des images à la fois belles et qui posent question. En revanche, les reportages sur la misère en Afrique n’intéressent pas mes collectionneurs. Je déteste le côté voyeur des images présentées à Perpignan ! ».
A l’inverse, l’agence Vu’ qui travaille notamment pour la presse est très attentive aux images présentées à Visa pour l’image, un rendez-vous incontournable puisque, selon Eric Larrouil, un photographe y est recruté chaque année en moyenne. « On observe une forte tendance chez les jeunes photographes à réaliser des grands reportages engagés à l’autre bout du monde, mais on est un peu en manque de sujets français » analyse le directeur général de l’agence. « On recherche par exemple des sujets sur la jeunesse, la consommation ou l’école, dont on sait qu’ils seront achetés et publiés par les journaux. Mais il faut reconnaître que ces sujets sont aussi difficiles à monter notamment en raison des problème d’autorisation et de droits à l’image.» A Vu’, on recherche des « auteurs » ayant à la fois une vision à moyen terme de leur engagement dans l’agence (sur quels projets souhaitent-ils travailler) et suffisamment polyvalent pour pouvoir passer d’une activité de l’agence à l’autre (corporate, culturel, news..). « Ils doivent avoir une certaine maitrise technique, par exemple connaître l’éclairage pour pouvoir faire des portraits en intérieur. Notre objectif premier est que le photographe puisse vivre de son métier » rappelle le directeur général.
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| © Grégoire Eloy |
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| © Céline Anaya Gautier |
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- De l’importance des prix et de leur médiatisation
Sans conteste, les multiples prix destinés aux jeunes photographes sont autant d’occasion de diffusion et de reconnaissance d’un travail. Signe de leur importance : la forte concurrence des candidatures : plus de 250 dossiers pour le concours SFR Jeunes talents spécial Paris Photo pour quatre sélectionnés. Mais plus que le prix en lui-même, c’est sa médiatisation qui importe ! Si l’importance du concours de la fondation HSBC (une première monographie chez Actes-sud à la clef, et plusieurs expositions dont l’une à New-York) ou de la Bourse du talent (pour sa médiatisation via internet) semblent bien reconnus, toutes les récompenses n’offrent pas la même médiatisation. « Le Prix Kodak de la critique me semble assez peu repris dans les médias ou sur internet, du coup je me pose un peu la question de son efficacité » relève le photographe Grégoire Eloy. Lauréat de la bourse du Talent 2004 (Kodak, Prophot, Picto, Photographie.com) pour « Les nouveaux contours de l’Europe » ; ce dernier estime que la bourse lui a assuré une « forte visibilité, notamment par le biais du réseau des abonnés de Photographie.com. » Même analyse chez Céline Anaya Gautier, mention spéciale de la même bourse en 2004 et qui a cumulé cette même année les récompenses (Défi jeunes, Gaz de France, Fondation Marcel Bleustein-Blanchet…) pour « Cœur de Femmes » reportage sur les femmes SDF. « Dans le jury, de la bourse du Talent, il y avait cette année Brigitte Govignon, directrice d’édition à la Martinière qui m’a proposé un rendez-vous. J’ai eu droit à trois minutes d’entretien avec le PDG, Hervé de la Martinière qui m’a dit ok, on fait un livre » raconte Céline. « L’obtention d’une bourse donne de la crédibilité à son travail. Cela permet que les gens décrochent leur téléphone quand vous les appelez » analyse encore Grégoire Eloy. Pour les professionnels, la participation à un jury constitue une occasion de découvrir de nouveaux travaux ou de suivre l’évolution d’artistes déjà repérés. « Même si le dossier n’est pas retenu, il ne faut pas oublier qu’il est vu par des experts qui ont l’opportunité de le reprendre pour d’autres projets » insiste Laura Serani, commissaire du Mois de la photo. Sans compter que constituer un dossier spécifique pour un concours précis constitue un bon exercice d’editing.
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| Photo Folio Review, Arles |
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- Les portfolios : du risque de l’abattage
Comme les nombreux prix « découvertes », les lectures de portfolios se multiplient. Dernier en date, celui organisé dans le cadre du mois de la photo à Paris et proposé par Laura Serani. Une façon de répondre à la demande croissante de confrontation, dialogue et d’échanges et à la difficulté pour les jeunes photographes de démarcher individuellement, pratique qui nécessite « courage, temps et contact ». Utiles les portfolios ? Là encore, tout dépend de la personnalité du lecteur, de sa disponibilité, du nombre de photographes inscrits… Laura Serani cite sa participation récente à la lecture de portfolios au dernier festival PhotoEspana à Madrid : 700 lectures en deux jours avec trente lecteurs… et une forte participation de Japonais et de sud-Américains. Un succès qui oblige ou contraint les organisateurs à faire payer les inscriptions, histoire de réguler un peu le flux. Sollicité comme lecteur pour les lectures de portfolios du mois, Patrick Le Bescont a dû décliner, étant déjà-pris par Paris photo. « Je participe en général avec plaisir. Je l’ai fait récemment à Arles, mais à raison de vingt minutes par photographe et une dizaine de portfolios à voir dans la matinée, c’est un peu de l’abattage ! »
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Filigranes Éditions / Paris Lech Geffroy
F-22140 Trézélan, France www.filigranes.com Vu l'agence 17 bd Henri IV
75004 Paris, France www.agencevu.com Galerie Philippe Chaume 9, rue de Marseille
75010 Paris, France Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h30 et le samedi et dimanche de 14h à 19h30 www.galeriephilippechaume.com
Du 13 au 16 novembre 2008 Du jeudi 13 novembre 2008 au dimanche 16 novembre 2008 99 rue de Rivoli, Paris, France |
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| photographie.com : 2008-11-06 |
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