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In Bed With Bourcart And Marina
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Rencontres d
Les Rencontres d'Arles 2009 / In Bed With Bourcart And Marina / Acte 2

’’Ma journée est faite; je quitte l’Europe.
L’air marin brûlera mes poumons; les climats perdus me tanneront.
Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant,
- comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’oeil furieux:
sur mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or:
je serai oisif et brutal.
’’
A Rimbaud. Une saison en Enfer 
Bourcart, Arizona 2007 

La méthode Bourcart se manifeste dès la petite enfance.
Comment? La planète ne serait pas une Terre de rêves, de passions et de Vie à croquer à pleine dents? Au moindre signe de conformisme plat, le môme Jean Christian se rebelle. Il est du genre à faire tomber le vase de chine du guéridon pour dire à ses parents ’’Aimez moi! Serrez moi fort.’
Les conformistes sont souvent des aventuriers frustrés, des anciens idôlatres de Douglas Fairbanks qui emmenait ses princesses sur un tapis volant au dessus de minarets de carton pâte. Si un sale morveux vient questionner cet abandon de rêves il se prend une claque, non mais sans blague!
Toute sa vie Bourcart va s’occuper à aller gratter la couche de cire qui immobilise les êtres individuels dans la grande masse uniforme du groupe.
Un psychologue de bistrot nous expliquera que c’est normal car le gamin a eu une enfance difficile:
Enfant des années 60, avec un père pasteur et une mère psychologue pour enfants difficiles, avec ses deux grandes soeurs et son grand frère, famille heureuse famille nombreuse, on pourrait penser que tout aurait dû aller comme sur des roulettes.
Mais Papa quitte le foyer avec la nounou. Jean Christian a six ans lorsque le divorce est prononcé. Sa Maman doit faire face au quotidien, seule avec ses quatre bambins, et comme les cordonniers qui sont, parait il, les moins bien chaussés, cette disciple de Lacan fait un travail remarquable avec les gamins...des autres.
En salle de classe, JC s’ennuie ferme et s’endort souvent sur sa table d’écolier comme Gaston Lagaffe sur son bureau. ’’Attila’’, ’’Rantanplan’’, les surnoms pleuvent alors que le petit voyou devenu ado, fait le plein de bêtises dans la grande tour d’une cité Bordelaise où la famille s’est installée. 
Bourcart, New Jersey, 2008 

Si Maman a du mal sur la forme, sur le fond elle a tout compris de son petit dernier: ’’Constamment il fallait que tu bouges, sinon la mort te gagnait’’.
Sinon la mort te gagnait...Cette phrase clef deviendra l’année dernière le très beau titre d’un livre où Bourcart couche sur papier son parcours dans une course sauvage de mots et d’images, sans le moindre temps mort. Ça se lit d’une traite. Du concentré sombre, noir et lumineux. Une recherche sans compromis de ce que F Y Jeannet appelle la ’’liberté libre’’. On en ressort tout chargé d’énergie, d’adrénaline et de vitalité devant cet incroyable appétit de vivre sur le fil du rasoir, au bord du précipice.
’’Bernard, le petit ami de ma grande soeur, fait des photos solarisées. Je fais du labo avec lui. J’emprunte ses images et vais me présenter au photo-club du quartier en prétendant que c’est mon travail. On me propose ma première exposition.’’ Après ces débuts prometteurs, notre bordelais monte à la capitale. Il devient photographe de mariage. Il signe son premier projet photo en trimbalant au hasard des rues de Paris une chaise blanche de la cuisine de sa Grand Mère sur laquelle il fait poser des passants anonymes. La série démontre déjà une habileté certaine de l’auteur en temps que portraitiste. Entre les week ends avec ses mariés et ses explorations photographiques [comme d’aller flasher en gros plan les pauvres touristes au Sacré Coeur], Bourcart finit par être repéré par l’équipe du courrier des lecteurs de Libé, journal à l’époque au top de sa forme. 
JC & Elio, Arles, 2008 

Sa carrière d’indépendant commence à prendre tournure. Notre nouveau photographe de presse bouscule le protocole. Il entraîne dans son Hasselblad les sujets de ses commandes comme pour un voyage dans une voiture au bord du dérapage sur des routes de montagne. ’’Pipole’’ et membres du gouvernement n’apprécient pas toujours les résultats de ce tempérament d’électron libre. Mais derrière l’apparent ’’dandy jeanfoutiste’’ se cache un sérieux bosseur, à fond dans sa création d’images. Sa frénétique activité photographique lui vaut rapidement la reconnaissance de ses pairs et du ’’milieu’’ de la photo parisienne des années 80. Fidèle à lui même dans ses premiers succés, Bourcart en profite pour repousser toujours plus loin ses limites, comme si l’essentiel ne semble se concentrer qu’au bord du gouffre.
L’expérimentation n’est pas que photographique et JC taquine aussi sans concession dans le chanvre bio et les produits chimiques. En 1987, il part pour l’Inde et découvre, dans un trip hallucinant le bouddhisme à Dharamsala. Attiré comme un aimant par les villes énergétiques et les hauts lieux telluriques, le caténaire Bourcart peut aussi appâter la foudre comme un pylône au milieu de la plaine. Accompagnez le dans ses voyages et vous pouvez vous retrouver au cœur d’une mini tornade dans le Vermont, dans un tremblement de terre à Istanbul ou avec un fantôme qui vous chatouille les pieds un soir de pleine lune dans la vallée de l’Hudson. Avec un tel traitement énergétique, le transfo menace souvent de disjoncter. Dans le pays Tarahumara, où dit-on les dieux vivent sur Terre, ’’entre Creel et Chiwawa, dans la Sierra Nevada mexicaine.Je suis épuisé d’être avec moi.’’ écrit-il. 
JC, Kentucky, 2007 

Comme beaucoup de photographes, Bourcart est obsédé aussi par cette énergie dite basse qui fait lever vers le ciel le muscle que les hommes ont entre les jambes. Envoyé par le magazine ’’Marie Claire’’ pour photographier les bordels de Frankfurt, JC se fait repérer et tabasser par les macs.
Il y retourne aussi sec avec une caméra dissimulée. Dans son film, Bourcart, déguisé en pervers pépère emmêne le spectateur sous son gros manteau.Bien planqué près de son nombril, on peut mater tranquille les filles dans un paysage sordide complètement verrouillé par le commerce. Il faut cracher les billets avant la semence et l’extase convoitée est rarement au rendez-vous. Très vite on oublie nos pulsions de voyeur, les ’’girls’’ se méfient. Chambre après chambre l’étau se resserre, ce radin qui refuse de tomber le pardessus ne serait-il pas un fouinard? Barre toi JC bon sang, dans quel pétrin tu nous as fourrés. Soudain, en contre-plongée les macs arrivent, larges comme des armoires bretonnes, boum paf! la caméra bouge dans tous les sens. Par miracle les molosses ne la verront pas. Le spectateur sent l’adrénaline qui coule à flot! C’est elle aussi que Bourcart est venu chercher ici. 
Marina et JC, NY 

Au milieu des années 90 c’est la guerre en Europe à une heure d’avion de Paris. Bourcart retourne une deuxième fois à Sarajevo. Loin des photo reporters, du poid des mots et du choc des photos il passe des mois dans la capitale anéantie et tourne avec trois francs six sous sa première fiction: ’’Elvis’’. Mis à part le rôle principal, les acteurs ne sont pas professionnels mais des familles Bosniaques vivant dans les ruines de leur ville.

En voyant les photos de Frankfurt, Gilles Dusein décide de faire une exposition et incorpore Jean Christian à sa galerie. Parmi ses artistes qu’il aime comme sa propre famille, il y a Nan Goldin. L’homme est très malade, la fin est proche. Ne pouvant régler à temps ses dettes avec la photographe, Gilles lui propose de faire des échanges de tirages avec ses différents poulains. Après avoir vu les images de Bourcart, Nan consent immédiatement à l’échange.
JC attend chez lui l’arrivée de la grande photographe. Notre Cendrillon de la photographie ignore encore que Nan Goldin est aussi une bonne fée, la sorcière bien aimée prête à faire basculer son tumultueux destin.
Il est 13 heures à la pendule du petit salon de l’appartement.Un bref coup de sonette. Bourcart ouvre la porte et à l’impression de se transformer en citrouille. Une jolie jeune femme eurasienne le regarde timidement en souriant de ses yeux en amande.
’’Bonjour, Nan s’excuse d’être en retard, je suis son assistante Marina’’.


Philippe Dollo 
40ème édition
Du mardi 07 juillet 2009 au dimanche 13 septembre 2009
Maison des Rencontres d'Arles, Arles Cedex, France

photographie.com : 2009-07-08
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