|
|
| Les Rencontres d'Arles 2009 / In Bed With Bourcart And Marina / Acte 3
|
|
|
 |
| NY, 2007 |
|
|
|
 |
| Le plus jour de ma vie, Arles |
|
Intérieur jour sur un appartement parisien. Moulures et vieilles fenêtres. Le passage des bateaux-mouches rythme la vue sur la Seine. Un homme et deux jolies femmes devisent, conversation anodine et polie. - cest une galerie dans le marais - je lai photographié à la sortie de son film lannée dernière pour Libé - oui jhabite à Canal Street - tu as vu lexpo de Louise Bourgeois? - non pas de sucre - silence - tu connais Nan depuis longtemps? - encore du café merci - silence encore. Il y a une espèce de flottement dans le salon, un flottement de plus en plus compact.
Gros plan sur les regards, comme dans les films de Leone, lhomme regarde fixement lune des jeunes femmes. Discrètement les yeux se baissent lorsquils se croisent. Lautre jeune femmme regarde lhomme regarder. Indescriptiblement, elle sent un poids monter de ses entrailles vers la poitrine.
Nan Goldin est en retard, cela fait déjà trois heures quon lattend, pour le choix des photos, pour faire léchange. Mais Nan est à lhôpital au chevet de Gilles Dusein.Et puis dun coup le téléphone sonne et cest Nan. Tout est fini, Gilles est parti pour le grand voyage. A 18h, lorsque Goldin arrive finalement à lappartement, Jean Christian Bourcart est déjà très amoureux de Marina Bério.
Le coup de foudre fut réciproque raconte aujourdhui Bério Jai tout de suite aimé sa belle gueule de voyou.
Léchange est terminé, Goldin repart avec son assistante, dans lescalier elle pense à cette jeune fille qui est restée là haut avec lhomme. Marina serre sous son bras une grande boite avec une photo de Bourcart dedans.
|
|
 |
| Le plus jour de ma vie, Arles |
|
Trois jours ont passé, le quatuor se retrouve dans un club de Drag Queens près des Halles. Bourcart sest isolé, deuxième porte à gauche. Lorsquil revient, Goldin a pris sa place. Bourcart sinstalle à coté de Marina. Léchange de sièges nest pas que symbolique, il sera définitif.
Le prince-princesse charmante rentre dans son palais-petit studio de Canal Street New York, retrouve sa passion solitaire et sans concurrence pour lArt photographique. Mais Nan Goldin aimerait faire plus déchanges de tirages. Pendant des mois, lassistante et le photographe restent en contact pour finaliser lopération, chacun de son coté de lAtlantique. La correspondance porte vite sur une autre pointure.
Je lui écris que jai peur de mapprocher parce quun monstre malodorant va sinviter à la noce. raconte Bourcart Elle me ramène une couverture de laine verte sur laquelle elle a brodé Demon catcher. On senvoie des fax. Les siens sont écrits si petits que je ne peux pas les lire. Les miens, écrits au bout de la nuit, dans des états avancés, linquiètent.
Cest deux ans après que tout a vraiment commencé. nous dira Marina.
Musée du Trocadero, cest le vernissage de Nan Goldin. Bourcart et Marina se retrouvent dans un placard du palais de Chaillot. Un instant les lèvres seffleurent, pas longtemps les mains frôlent les tissus. Marina rit. Ils font lamour debout.
|
|
|
Juillet 2009. Arles a 40 ans et pète la forme. Depuis longtemps les photographes ne disent pas festival, ne disent plus rencontres, ils disent juste: Arles.
Champagne et Pastaga, cest la fête au village de la photographie mondiale. Sur le programme, Nan regarde toujours Brian. Le pope de la photographie Hebel embrasse licône sur les joues, sourit à la Madonne Goldin. Linvitée spéciale de la cuvée spéciale aux 40 bougies est arrivée.
Un autre anniversaire, discret et anonyme sera célébré cette année. Quinze ans après avoir initiè leur rencontre, la bonne marraine réunit symboliquement Marina Bério et Jean Christian Bourcart, cette fois sur les cimaises du festival.
Pour Ça me touche, Goldin ne sest pas contentée denvoyer sa liste de photographes préférés. Nan est une grande artiste mais elle est aussi lartiste des artistes. raconte Bério, elle sengage complètement auprès de ceux dont elle aime le travail. Goldin sest ainsi rendue sur le terrain chez Marina et Bourcart à Brooklyn pour fouiner dans les tiroirs, trier sélectionner, préparer lexpo avec eux.
Cest dans latelier de mécanique que sont accrochés les invités de Nan Goldin. Pour une première dans lhistoire des Rencontres, Marina na pas apporté de photos mais a déployé ses grands dessins au fusain de négatifs photographiques. Tracés à travers une matière brulée, de fragile poussière, le résultat est chargé de symboles. Pour une photographe comme Marina qui tire elle même ses épreuves photographiques, on peut y trouver une reflexion sur les heures de solitude dans le labo; ces longs moments intimes avec la photographie choisie et qui nexiste pas complètement encore. Moments incertains entre deux mondes, où la création est encore un doute, une interrogation. Moment secret et alchimique aussi, sacré comme le geste de lartisan.
Même délicatesse dans le choix des images, réflexions discrètes sur ces lumières du quotidien auxquelles on ne prête plus attention...Toutes les lumières, les ampoules qui éclairent lartiste photographe dans son travail quotidien, le chandelier du salon, mais aussi le trou lumineux dans la forêt, la route, le doute au bout du virage, la mort peut-être et la lumière au bout du tunnel comme lévoquent ceux qui ont vécu et survécu un accident grave et qui racontent leur expérience de laprès.
En 2008 cétait le plus beau jour de ma vie. Cette année Bourcart revient à Arles avec son dernier opus en date Camden. En tête de liste sur le net des cités les plus dangereuses des Etats Unis, Camden New Jersey, semble être le parfait sujet pour un reportage grand angle à la Paris Match avec titre accrocheur dramatique. Rien de tout cela à lexpo. Des portraits intimes tout de confiance et de respect, des paysages dévastés mais sobres avec le petit détail qui dérape comme sur les partitions de Theolonius Monk. On dirait le travail dun reporter venu chercher ladrénaline du danger imminent mais qui, au lieu de repartir aussitôt avec ses photos chocs, décide de rester un bout et devient comme autrefois dans les villages le photographe de quartier. Dans cette nouvelle exploration visuelle, tout en restant fidèle à son esprit, Bourcart navigue tranquillement sur le fil du rasoir, à la limite dune photographie de réunion de famille le dimanche. Toute simple mais en apparence seulement, les images sont libres, paisibles. Elles nont plus dimportance en temps quimage. Ce qui compte est peut-être juste darriver à communiquer encore, même au bout de lexclusion, et de partager un petit moment de cette chienne de vie ensemble.
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
| NY, 2007 |
|
|
|
|
Un conte de fée sans mariage cest comme un Charlot sans canne et chapeau melon. Laissons encore une fois la parole à Bourcart pour la grande scène finale. Les familles sont là. Sur le banc de pierre, la brochette de petites vieilles qui en ont vu dautres des mariages et des enterrements sur la place du petit village de Toscane. Donc Marina à mes côtés, belle comme une image, le maire communiste en face, mes mères et belles-mères, soeurs, cousins, beaux-frères, quelques paparazzi, des amis chers de Paris, de Californie, de Dordogne, de New York, tout va bien. Çen est même le plus beau jour de ma vie../..Je me retourne pour apprécier le spectacle et apercois Luciano, le papa de Marina, près de la porte, le visage ruisselant de larmes. A la seule vision de son émoi, une lance de douleur me transperce de part en part../..Et puis plus tard, après les chansons paillardes dUmberto, je me suis isolé, abattu par le poids perçant du bonheur. Marina ma rejoint sans rien dire.
THE END
Attendez une minute, pourquoi les vrais contes de fée ne sattardent jamais sur le pedigree des princes charmants? Ils sont toujours fils de roi, beaux, romantiques et riches de naissance, lisses comme une carlingue de voiture bling bling. Il est temps de réparer cette injustice et de demander qui est vraiment le prince charmant de notre histoire, qui est Marina, fille du bon roi Luciano et première princesse charmante de la grande histoire des contes de fée.
Philippe Dollo
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
| Brooklyn, 2007 |
|
|
|
|
40ème édition Du mardi 07 juillet 2009 au dimanche 13 septembre 2009 Maison des Rencontres d'Arles, Arles Cedex, France |
|
|
|
|
|
|
|
|
| photographie.com : 2009-07-09 |
|
|
|