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In Bed With Bourcart And Marina
événement
Rencontres d
Les Rencontres d'Arles 2009 / In Bed With Bourcart And Marina / Acte final
Marina, NY, 2008 

’’Ils ont connu cette sorte d’amour où le couple s’annihile et disparaît, laisse place à une seule entité de coeur d’esprit et de chair. Pour que les deux moitiés de l’être qu’ils ont formé se rejoignent à nouveau, pour que revive l’androgyne originel dont parlent les traités mystiques.’’
Maurice Nadeau

 ’’La première chose que j’entendis de Marina fut son silence’’ raconte John un ami photographe de la famille à Brooklyn. ’’Le silence d’une mer calme j’ai envie de dire, ou plutôt d’un océan qui n’aurait de pacifique que le nom. JC parlait, détaillait, expliquait son dernier projet: ’’Stardust’’. Il y avait des tirages étalés partout, il fallait trier, choisir les meilleurs. C’est assez génial d’ailleurs de voir un projet encore liquide et brûlant baignant libre dans son magma créatif, pas encore refroidi, solidifié dans sa future expo, ou pire dans la prison d’un livre. Marina interrompit son silence d’un commentaire cinglant à l’encontre des derniers propos du Bourcart, qui pendant quelques instants demeura comme un môme pris la main dans le sac à bonbons. Elle cita des artistes dont je n’avais jamais entendu parlé, mais rien de hautain dans ses propos, elle parlait d’eux comme un homme de foi évoque le Sacré. Elle était austère avec le feu en dedans.La deuxième chose que j’entendis de Marina fut son rire. Un éclat libérateur et généreux. Bourcart avait lâché une blague et en un instant la femme samourai devint italienne. 
Canal St, NY, 2008 

Marina a cinq ans. Un soir, alors que Papa est sorti, Maman en secret charge la voiture de valises, installe les enfants à l’arrière du véhicule et quitte la maison familiale. En rentrant chez lui Luciano trouve la maison vide. Dès lors Marina aura deux vies de famille, avec sa mère aux Etats Unis et avec son père en Italie. ’’Au divorce de mes parents je me suis retrouvé avec un père et trois mères!’’ raconte Berio ’’ ma mère mais aussi ma belle-mère et Cathy la première femme de mon père qui étonnemment était fort présente quand j’étais petite bien qu’il l’avait quittée pour ma mère, car ils travaillaient ensemble. Elle était effectivement très liée à nous et faisait partie de la famille’’
Dans la maison du compositeur Berio, Marina baigne naturellement dans l’Art et sa famille encourage des études dans cette direction. Dessin, Peinture et Sculpture. C’est à l’université que sa carrière bifurque soudain vers la Photographie. Après ses études d’Art contemporain, elle constate simplement que beaucoup de ces femmes artistes qu’elle admire ont pris une place importante dans l’Art en temps que photographe. La Photographie semble pouvoir permettre à Marina d’explorer des horizons artistiques nouveaux, plus libres, plus engagés, plus frais.
Marina obtient un poste d’assistante conservatrice au Musée d’Art Contemporain de Prato en Italie. Elle y travaille deux ans et hésite...conservatrice ou artiste? Il faut choisir. Ce sera photographe. Marina rentre à New York, fait une liste des trente meilleurs artistes du moment et leur écrit une lettre de présentation. Parmi eux, Justen Ladda, David Salle, Jackie Winsor avec qui elle travaillera et des photographes, Cindy Sherman et...Nan Goldin. Marina devient assistante de la grande photographe. 
Elio et Marina, Brooklyn, 2008 
Elio, NY, 2007 

’’Un artiste est au service de l’Art, pas le contraire’’ disait Claude Debussy. Le modèle de carrière que Berio aime le plus est celui de ces femmes artistes qui travaillent pendant des décennies, des femmes comme Louise Bourgeois. Dédiée complètement à l’Art, Marina se retrouve, dans ses explorations solitaires ou dans le silence de la chambre noire dans son élément le plus naturel. Comme pour les oeuvres de Vija Celmins, la lenteur et l’humilité du geste sont présentes dans la plupart de ses travaux.
L’un des artistes qui va avoir une place prépondérante dans sa vie sera Luciano, son propre père. Après le divorce de ses parents, Marina reverra son papa à chaque période de vacances en Italie, mais souffrira de ses absences, dues à son intense activité de compositeur. Mais l’homme est fou de sa fille et dans leur moment ensemble, la relation est forte, intense. ’’Mon père travaillait toujours mais c’était aussi un père aimant’’ dit aujourd’hui Marina.
En 2000, c’est la naissance, à l’ancienne, de Elio. Berio se trouve confrontée à la délicate balance entre famille et travail, comment trouver l’équilibre entre son rôle de mère aimante et d’artiste dédiée. Même si Marina est bien plus présente avec son fils que Luciano avec elle, l’expérience avec son père lui a montré que l’on peut privilégier son travail sans remords et aimer ses enfants. ’’tu dois aussi savoir être égoiste’’ lui disait il. 
Marina et JC, NY, 2008 

Marina enseigne la photographie à la prestigieuse école de L’ICP, centre névralgique de la photo New Yorkaise. Sévère et généreuse dans ses cours, son engagement profond et sa passion à transmettre ses expériences déclenchent l’amour des étudiants et le respect de ses collègues. En 2008, elle est promue directrice du programme d’études générales. Un job important qui va permettre de mettre du bon beurre dans les épinards. En ces temps de crise boursière, cela ne se refuse pas mais signifie aussi moins de temps avec sa famille, ses étudiants, son travail perso et par contre, beaucoup plus de paperasseries Kafkaiennes et de politique. Sans compter que le nombre de commandes photos a l’air de suivre les cours de la bourse. ’’je suis devenu homme au foyer’’ ironise Jean Christian Bourcart ’’mais je vais pouvoir m’occuper beaucoup plus d’Elio’’ 
A propos de ses recherches artistiques Marina reste philosophe: ’’De toute façon la chose que je souhaite toujours pour mon travail c’est plus de temps pour le faire, je le sens quand je travaille trop sur autre chose mais aussi quand je suis dans une résidence d’artiste et que j’ai tout le temps du monde. C’est un besoin que je ne pourrais jamais assouvir...’’ 

Downtown Brooklyn, un soir d’été. La table est joliment mise, comme on la prépare sous la tonnelle en Toscane. Petite nappe de couleur, verres à vin, une bougie discrète...En petite robe d’été et tablier, Marina ouvre le four le temps de reverser de la sauce citronnée sur un gros Red Snapper d’Atlantique qui fait des papillottes sous ses herbes de Méditerranée. Bourcart a déjà les pieds sous la table. Ce soir la moitiée italienne de Marina a complètement pris le dessus et c’est en vraie Mama qu’elle sert ses invités. JC sort une connerie, Marina éclate de son rire. Le repas commence. C’est sûr il y a aussi de l’adrénaline autour d’une bonne table.
Pas de prix pour un pur moment de plaisir qui s’éternise, profitons de chaque seconde les gars, la Vie est courte...
Bourcart sourit et regarde Marina...
"c’est pas le paradis, ça?"

Philippe Dollo 
40ème édition
Du mardi 07 juillet 2009 au dimanche 13 septembre 2009
Maison des Rencontres d'Arles, Arles Cedex, France

photographie.com : 2009-07-09
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