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| Paris Photo 2009 / La photographie est la dernière frontière / Refuser la dictature du marché
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Une rencontre avec Reem Al Faisal, directrice de la galerie The Empty Quarter
par Didier de Faÿs
Cest un corner de lespace consacré au Statement de Paris Photo dédié à la photographie arabe et iranienne que lon a pu découvrir la galerie The Empty Quarter. Elle est dirigée par Reem Al Faisal avec la complicité dÉlie Domit qui en est le directeur artistique
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Peut-on définir la photographie arabe ?
Il y a une histoire photographique dans le moyen-orient qui a été interrompue à la suite de leffondrement de lempire ottoman et des conflits qui ont affecté les pays de cette région du monde. Il y a donc une ancienne tradition ainsi quune jeune culture qui est en train démerger au Moyen-Orient. La galerie The Empty Quarter en est le reflet. Parce que nous sommes jeunes, notre identité nest pas encore définie. Et je souhaite que cela reste ainsi, dit Reem Al Faisal dans un éclat de rire. Jaime cette liberté de pouvoir de ne pas être emprisonné dans une pensée académique de la photo. Cest parce que la photo est le plus jeune art au monde, quelle possède cette spontanéité, quelle peut sadresser aux différentes classes de la société. Je souhaite préserver cette spécificité à travers ma galerie. Jaime un art populaire à lopposé dune vision élitiste qui imposerait un certain regard sur les autres. Lart est une expression humaine qui doit rester accessible. Si vous lenfermez dans une classe, une société ou un pays, cela ressemble aux animaux dans un zoo : ce nest pas leur place… Cest pour cela que je souhaite quau sein de la galerie The Empty Quarter, nous gardions cette liberté de ne pas nous définir. Je ne voudrais pas que lon puisse forcément rattacher un photographe à la galerie.
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Cela explique que les photographes proviennent de tous les horizons ?
Effectivement, de nombreux occidentaux croisent le regard de photographes moyen-orientaux. Cest un mélange qui reflète lidentité du Moyen-Orient qui a toujours été le carrefour des civilisations. Jaime garder ce mélange des arabes qui habitent à lextérieur ou à lintérieur, des occidentaux qui regardent le monde arabe ou dautres mondes. Le mélange, cest vraiment le Moyen-Orient.
Cette aspect indéfini permet-elle une recherche expérimentale ?
Je naime pas le mot dexpérimental car cela signifierait que lon na pas abouti à quelque chose. Hors nous avons une vision; cest celle du Moyen-Orient, celle du mélange de races, de pensées, de philosophies et de religions. Je veux garder cela présent dans la galerie. Cest difficile à gérer, mais cest un espoir.
Cela sinsère t-il dans une logique du marché de lart ?
Pas tout fait. Bien sûr, je souhaite survivre commercialement pour continuer. Mais, ce nest pas dans une logique marché. Je my oppose. Je veux créer une île de la photo où lon peut venir pour regarder, apprécier la photographie et samuser !
Que peut-elle apporter la photo ? On peut samuser ?
Oui, on peut samuser avec la photographie. On peut aussi sinterroger et décrire. Mais ce nest pas un tout. Une photographie ne peut pas tout expliquer. Elle ne suffit pas. Il faut lui ajouter des textes et des légendes.
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| Lieu dédié à la présentation des portfolios et livres de lexposition en cours à la galerie The Empty Quarter, Dubaï |
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Quels sont les sujets privilégiés par la galerie ?
Les photographes de la galerie travaillent pour la plupart sur le Moyen-Orient. Leurs images en proposent différentes visions sans quelles ne soient des clichés habituels de cette région.
Est-ce facile dévacuer les clichés habituels ?
Oui, ce nest pas si difficile parce que les clichés habituels sont perpétués par des gens comme nous, les galeries par exemple. Si nous commençons à montrer dautres images et à les privilégier, alors on peut éviter les clichés. Nous ne sommes pas seuls à agir ainsi dans tous les pays. Bien sûr le marché prime sur tout le monde. Cest une oppression; cest une tyrannie de marché qui touche à la culture, la religion, la philosophie… De différentes façons nous sommes nombreux à lutter contre cela. Je suis sure quil y a des galeries en France ou Brésil qui font la même chose.
Quels sont les photographes accrochés à Paris Photo ?
Ce sont Farah Nosh qui est irakienne et Asim Rafiqui, un indien-pakistanais. La première travaille sur lintimité des familles sous loccupation américaine en Irak. Cest la vie quotidienne. Cest une image que lon na pas vu en provenance de lIrak. Cela explique bien ce que je veux monter. Oui, il y a la destruction, mais malheureusement la vie doit continuer dune autre façon. Asim Rafiqui a photographié Gaza pendant la dernière guerre. Il y était avant et après. Ce sont des images quil a pris du même endroit sur les deux périodes. Cest une interrogation sur la guerre. La guerre narrête. Après que les armes aient cessé de bombarder, la destruction continue…
Nous aimons le travail de ces deux photographes. Cest une façon de regarder la guerre dun autre point de vue.
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Avec le regard de Farah Nosh, je pense à Heidi Bradner
Je la connais. Les femmes sont davantage concernées par le vécu de la guerre. Cest normal, cest la femme. La famille, les enfants, lintimité.
Asim Rafiqui travaille sur le temps
Oui, cest étonnant pour un photo journaliste. Je préfère cela par rapport à la couverture médiatique important lors dun conflit mais qui nest plus là quand les choses cessent. Le pire est après ! Mais personne ne regarde, les reporters sont partis. Asim Rafiqui nous dit attendez, regardez un peu.
Il y a un troisième travail à terre le long du mur
Nous présentons aussi Frederic Lesmie, cest un travail sur lui-même qui est de double identité allemande et libanaise. Cest lexilé, lerrant qui voyage entre Berlin et Beyrouth, en voiture, à pied, etc. Cest un journal de voyage qui est aussi celui de ses racines.
Lerrance, la perte didentité, la recherche des racines nest-elle pas le sujet de la planète aujourdhui ? Nous le retrouvons avec Cédric Delsaux.
Oui, jaime dans son travail les différentes lectures que lon peut en faire. Cest au départ, au premier regard, léger, amusant, puis cela devient lourd. Il y a aussi la recherche dans sa photographie elle-même, dans sa lumière et ses tirages. La réussite est là, comme dans Star Wars aurait pu être kitch sans cette maîtrise parfaite de limage.
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Le travail de Martin Becka dont vous présentez un portfolio a été réalisé à la chambre grand format sur des papier négatifs à la cire utilisant un procédé inventé par Gustave Le Gray il y a 160 ans. Les images ont été tirées sur un papier albuminé viré à lor. Un portfolio à été réalisé en héliogravure au grain, un procédé du 19è siècle.
Nous avons réalisé ce projet en collaboration avec Baudoin Lebon. Dubai à travers le regard de Martin Becka, cest comme si nous étions en 2090 et lon regardait une ville qui aurait déjà disparu. Cela en renforce lintensité. Est-ce que cette ville est Manaus ? Je pense au Poète Shelley qui évoque ce voyageur dans le désert. Il trouve des ruines dun Palais. Et ces ruines lui parlent de leurs gloires passée. Ce sont les photos de Martin Becka. Je les aime ainsi.
Le marché de la photo est de plus en plus formaté pour toucher davantage de collectionneur. On parle davantage de dianes que de tirage albuminé ou argentique. Cela va pourtant dans le sens dun art populaire.
Dune certaine manière, oui. Mais il faut aussi que le populaire puisse garder une part de lartisanat. Lartisanat est issu de lart populaire, pourquoi devrait-il être au-dessus des moyens populaires ?
Pourtant la production photographique semble aujourdhui directement dictée par le marché
Je trouve scandaleux que ce soit le collectionneur qui impose à lartiste. Avant lartiste proposait : "vous aimez ou pas ?" Maintenant, cest lui qui doit sadapter ! Cest de la folie. Lœuvre est-elle comme une voiture ? Cest de lindustrie ! Ce qui est scandaleux, cest que beaucoup trouvent cela normal, insiste Reem Al Faisal.
Je suis moi-même photographe et je me souviens dune exposition où jexposais mon travail en Espagne. Un artiste réputé est venu me trouver pour mexpliquer que mon travail ne convient pas au marché. "Tu dois changer ton style". Pour moi, cétait ahurissant quon me dise cela. Ce nest pas à moi de madapter au commerce.
Il y a une perte de contrôle des photographes ?
Pas seulement des photographes, mais de tout lart. Les photographes sont la dernière frontière. Cest fini. Après eux, il ny a rien. Parce que la peinture, la sculpture sont déjà écrasés, mais nous étions la dernière frontière. Mais cela nous arrive. Il est difficile de sy opposer. Il y a de moins en moins de gens qui ont du courage, même dans le journalisme. Je suis également journaliste, et lon napprécie guère mes écrits. Cest comme si vous frappiez votre tête contre un mur. Au-delà dune perte de contrôle, cest une perte de sens.
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| © Farah Nosh, Irak |
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galerie The Empty Quarter Dubai International Financial Center, DIFC Gate Village, Building 2
P.O. Box 506697 Dubai, Emirats Arabes Unis www.theemptyquarter.com
Photographie arabe et iranienne Du jeudi 19 novembre 2009 au dimanche 22 novembre 2009 99 rue de Rivoli, Paris, France |
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| photographie.com : 2009-12-02 |
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