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| La fin de l'aventure d'une époque / LŒil Public ferme / Crise des agences et de la presse
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Les photographes de lŒil Public ont décidé darrêter laventure du collectif devenu agence. Lagence dont labsence a été remarquée cette année à Perpignan lors de Visa pour limage, déposera le bilan en janvier. Après des années de combat pour préserver une structure indépendante de diffusion dimages, la crise issue des sub-primes et de la mondialisation depuis 2007, en aura eu raison en accentuant la lourdeur des charges et de la demande sur les photographes en investissement personnel.
Propos recueilli par Didier de Faÿs |
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| © Dominic Nahr |
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Pourquoi fermer lŒil Public ?
Sans capacité dinvestir, explique Guillaume Herbaut, nous navons plus la capacité dévoluer. Nous avions pourtant de nombreux projets pour lagence, mais lorsque nous avons vu que nous navions plus la capacité de la faire avancer, cela signifiait que nous allions directement dans une impasse. Cest ce qui nous a conduit à arrêter maintenant, à ce moment où nous en tant que photographes indépendant nous sommes en pleine forme. Nous ne voulons pas perdre notre énergie.
Le collectif puis lagence Œil Public a été emblématique.
Est-ce le symbole de la fin dune époque récente ?
Je ne crois pas aux structures qui sont éternelles. LŒil Public a répondu à la crise des agences qui commençait alors dans les années 90. Nous sommes tournés vers la presse pour vendre nos images, et celle-ci a été victime de sa propre crise. Dès lors, lobjet même de lagence destinée à la diffusion des images nétait plus adapté au marché. Cest un constat que je fais depuis trois ans. Ces structures dagences ne sont plus adaptées au marché; le système des collectif est déjà dépassé. Nous devons réfléchir autrement. Cest encore trop lourd. Il faut être plus léger et chercher dautres voies.
Quelles sont ces nouvelles voies ?
LŒil Public a toujours été un objet pour des photographes indépendants. On a toujours privilégié le photographe avant la structure ce qui explique quindividuellement chaque photographe sest tourné vers dautres voies. Nous navions plus les moyens de faire tourner la structure pour la transformer, mais individuellement les photographes ont explorés dautres voies.
Chacun dentre nous est pratiquement ailleurs : trois dentre nous ont obtenus une bourse du CNC (Centre National du Cinéma), et nous nous tournons vers de nouveaux médias. Une société de presse en SARL nest alors plus adaptée.
Un photographe est dabord un individu avant dêtre dans un groupe. Il doit créer sa propre structure qui peut faire sous-traiter certains travaux par dautres entreprises qui font cela mieux que lui-même ou quun petit groupe de photographes. Cest aberrant de se battre pour créer une structure de diffusion des images alors que les services de photos de la presse sont de plus en plus réduits et tendent à disparaître. Ils embauchent un seul iconographes pour effectuer le travail de quatre. Cette personne va naturellement utiliser les gros tuyaux de distribution. Une structure comme lŒil Public arrive à la fin de la recherche de liconographe, ce qui ne lui laisse quun petit chiffre daffaire. Il existe de nombreuses petites agences en face de deux gros tuyaux, ce qui donne environ soixante-dix logins à rentrer pour accéder aux fonds des petites agences. Il faut se battre beaucoup pour faire la différence, mais au final ne vendre que des archives. Cest aberrant ! Il vaut mieux déposer nos images dans des agences qui fonctionnent pour, à coté de cela, se concentrer sur la production; cest beaucoup plus logique. À lŒil Public, cela a toujours été la production de reportage qui nous a porté, alors nous nallons pas nous battre pour un quart de page dans un magazine. Ce nest pas notre combat. Pour nous cest de témoigner encore et encore aujourdhui.
Comment témoigner aujourdhui ?
Tout est à inventer, affirme Guillaume Herbaut. Lorsque nous nous sommes rencontrés à lagence la semaine dernière pour récupérer nos archives, il ny avait aucune tristesse avec larrêt de lagence. Plutôt que de regretter la fin de quelque chose, nous nous sommes dit que cest le commencement de quelque chose de nouveau. Comme le monde de la photographie est en train de changer, nous sommes obligés de tout est à revoir à zéro. Cest à la fois inquiétant et en même temps enthousiasmant. Il y a nombreux schémas à inventer, il faut se mettre dans un système beaucoup plus léger. Il ne faut plus voir de façon monolithique. Le regroupement de photographe dans un collectif de quatre ou cinq photographes, cest pour moi aujourdhui dépassé. Les métiers se croisent aujourdhui. Pour quun collectif puisse exister, il faut une revendication forte, sinon cela ne sert à rien.
Mais vous aviez à lŒil Public cette revendication forte !
Nous avions cette revendication, oui; mais, à coté il y avait le coté économique qui était lié… Un collectif doit se détacher des problèmes de léconomie, les sous-traiter pour nexister que dans la revendication. À lŒil Public, nous nous somme toujours battus pour des reportage sur la société et pour lindépendance des photographes. Lorsque lon voit que la structure devient trop lourde pour les photographes, on préfère arrêter pour que justement les photographes puissent rester libres. On a toujours préféré se battre pour une idée et nous nous sommes toujours dit que lon doit mourir alors mourrons pour une idée !
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| photographie.com : 2009-12-25 |
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