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La décennie de la mutation de l’image
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La décennie de la mutation de l’image 

Avec la mutation technologique formidable qui concerne tous les pans de la photographie - de l’arrivée de la vidéo dans les boîtiers reflex aux écrans omniprésents - observe t-on une modification des comportements face à l’image. Comment est-elle aujourd’hui diffusée ? Si les amateurs prennent toujours davantage de clichés, comment les photographes et agences réagissent-ils ? Nous avons interrogés quelques agences et collectifs sur l’évolution de leurs pratiques : l’Agence France Presse (AFP), Reuters, Polaris Images New York et le collectif Argos. Ils nous rassurent plus que jamais, nous avons besoin de ce grands professionnels pour donner du sens aux histoires du monde.
 
Site AFP 

Les amateurs peuvent-il prendre le pas sur les professionnels ?

En 2009, il semble que les agences et collectifs revendiquent leurs spécificités de fonctionnement et leurs diverses approches de la photographie, et sont d’autant plus reconnues pour celles-ci. L’AFP a pour mission de traiter de tous les évènements. Elle va jusqu’à diffuser des photographies amateurs lorsqu’aucun photographe professionnel de l’Agence n’était sur le terrain après avoir "pisté la source originelle et fait toutes les vérifications nécessaires quant à la véracité de l’image", comme l’explique Marielle Eudes, directrice de la photographie de l’agence. Les images amateurs de Neda tuée lors des manifestations en Iran ou de l’Airbus flottant sur le fleuve Hudson à New York ont par exemple été diffusés par l’AFP. Mais pour autant, Marielle Eudes ne croit pas à un remplacement de la pratique professionnelle par les photographes amateurs et remarque que la part des amateurs n’a pas augmentée dans la diffusion générale de l’AFP. Pour Reuters, l’accent est porté sur la rapidité non seulement de la prise de vue, mais aussi de l’indexation des données. Polaris et Argos s’attachent, au contraire des deux grandes agences, à la production de reportages de fond vendus comme des sujets de photographes à la différence de l’image immédiate de Reuters ou de l’AFP.


Quels sont les sujets qui se vendent le mieux ?

Dans les sujets qui perdurent, ceux typiques du photoreportage ont une place importante ce qui rassure sur le besoin toujours nécessaire d’information au sein de la société actuelle. L’année politique a été marquée par l’intronisation de Barack Obama (travail collectif chez Polaris), les élections en Inde (AFP) ou encore l’anniversaire de la chute du mur de Berlin (AFP). La violence et les conflits armés sont, comme le souligne Jean-Pierre Pappis, président de Polaris Images, toujours en vogue : la violence électorale en Iran par Newsha Tavakolian (Polaris) ou à l’AFP, le conflit de Gaza (AFP), ou encore l’entrainement des Forces Spéciales israéliennes, par Ziv Koren (Polaris).

Les sujets de proximité et de société ont aussi le vent en poupe, mettant en image les peurs actuelles de la société comme la catastrophe naturelle ou technologique avec l’accident d’avion au Brésil (AFP) ou la violence au sein de la société tels les reportages l’école des Marines enfants par Sean Donnelly et Jeu de massacre pour enfants et adultes dans un champ de tir au Kentucky par Robert King, tous deux produit par Polaris. Pour donner un autre visage de la banlieue et pour lutter contre les peurs quotidiennes engendrées par les médias, Argos a cherché à mettre en contradiction le réel en partant à la rencontre des habitants des cités pour recueillir leurs vérités, Jérômine Derigny et Aude Raux d’Argos ont présenté "Qui sème l’espoir…".
La représentation de l’altérité dans ce qu’elle a d’incongru, La naissance des octuplets Suleman, par Nancy Pastor, ou dans sa sublimation - "Angelina et Brad, et tous leurs sosies de par le monde" - sont aussi soulevés par le président de Polaris Image, comme le quotidien des mines nourricières de Guillaume Collanges et Sebastien Daycard Heid. Le sport a de son côté une presse toujours active, Marielle Eudes de l’AFP remarque par exemple la médiatisation à outrance de la main de Thierry Henry lors du match France-Irlande. 
Site Reuters 
Les sujets à la mode : environnement, science et nouvelles technologies 

Les nouvelles thématiques

Tous soulèvent l’apparition de nouvelles thématiques qui mettent en avant les récents intérêts de la société actuelle : la science et nouvelles technologies, l’environnement avec le sujets sur les réfugiés climatiques, qui comme l’explique Jérômine Derigny d’Argos a été favorisé par la conférence de Copenhague, d’autres continuent de prendre une place croissante comme la société ou la santé comme avec la grippe porcine (Polaris).


Le financement des agences

Comme l’explique l’agence Polaris, le travail des photographes est financé en co-production avec les photographes, c’est-à-dire en spéculation et projection financière tant pour les sujets news et reportage. Argos souligne aussi de son côté qu’au niveau des diffuseurs presse, il a été plus dur de faire financer des sujets en amont et que les magazines publient plus facilement des sujets déjà réalisés ou des archives en illustration considérées comme "plus confortables". Le collectif se diversifie donc au niveau des financements et de la diffusion et recherchent des financements des réseaux publics et de fondations, activent des collaborations avec d’autres médias et cherchent à diffuser les sujets à l’aide d’expositions. Les structures moins grandes que Reuters et AFP doivent donc trouver des systèmes de financement différents des anciens investissements . Ces organes préalablement dédiés à la presse se tournent ainsi vers des organismes défendant originellement la photographie "créatrice".


Les nouvelles méthodes de travail

Pour Jean-Pierre Pappis, plusieurs transformations se font jour : certains photographes se convertissent à l’enseignement de la photographie, d’autres se mettent au service des ONG - ce qui, selon lui, à tendance à "imbuer leur travail de monotonie". Une autre modification profonde est les productions multimedia pour sites Internet.
La production amateur diffusée par l’AFP n’a pas une part plus importante qu’avant sur le diffusion totale, mais c’est en revanche le temps accordé au « monitoring » d’une situation via les réseaux sociaux (Facebook ou plus encore Twitter) qui s’est considérablement accru.
Mais comme le dit Marielle Eudes, la vraie grande nouveauté qui va marquer les prochaines années et modifier considérablement le marché est le couplage photo/vidéo que permettent les nouveaux boitiers et qui rendent le photographe potentiellement vidéaste. Le segment de la vidéo légère pour Internet est en plein essor, et est, pour l’AFP, une priorité de développement. 
Sur les traces de l’or vert : La mine artisanale fait vivre toute la famille et quelques voisins. © Guillaume Collanges / Argos 
Les nouveaux boitiers rendent le photographe vidéaste 

Pour Ayperi Ecer, directrice du développement photo chez Reuters, la maîtrise de l’information doit être, du fait de la rapidité exigée, toujours plus poussée, le photographe devant en effet fournir, dans les mêmes secondes, une légende détaillé du l’événement qu’il doit aussi situer dans son contexte.
Argos se tourne toujours plus vers les projets d’envergure au long cours, accréditant le binôme photographe-journaliste tant dans les projets collectifs que personnels et vers une participation plus grande des personnes photographiées dans le processus de travail. Le sujet sur la banlieue est symptomatique de cette approche. La démarche leur a été présentée, les résultats avant diffusion aussi pour offrir une meilleure considération aux sujets photographiées. Le nouveau projet collectif Gueule d’Hexagone accorde une place primordiale au volet participatif et aide à trouver des financements et à se faire accueillir sur les territoires par la créations d’un blog par lequel les gens peuvent réagir, d’ateliers au sein desquels ils créent leurs écritures et images.
Une véritable scission se fait ainsi jour entre les grandes agences qui s’axent sur des méthodes dans lequel elle demande au photographe une efficacité et une rapidité toujours plus grande et les plus petites structures qui s’orientent vers un accompagnement augmenté des photographes. 


Les innovations techniques

Tous les protagonistes expliquent que c’est Internet qui influe aujourd’hui le plus largement leur pratique au sein de l’agence ou du collectif. De nombreuses études - y compris celles menées en interne à l’AFP - confirment que le traitement de l’actualité se doit d’être de plus en plus visuel et que l’image est de plus en plus souvent la porte d’entrée de l’information grâce notamment au couplage photo/vidéo.
Argos explique aussi qu’au niveau technologique, il y a un intérêt grandissant pour le web documentaire et des envies naissantes de mêler plusieurs médias. La diffusion de webdocumentaires aide selon Jérômine Derigny ainsi au financement de nos projets au long cours.
La création de ces oeuvres numériques impliquent notamment la production d’un editing plus large pour "lier la narration" selon Reuters. Il convient désormais pour les photographes et les agences d’éditer en série et de mettre fin au règne de l’image unique. 
Sites Reuters 
Une image qui sera liée à plusieurs médias aura beaucoup plus de chance d’être choisie ! 

Reuters se tourne aussi plus amplement vers l’indexation des images. Les nouvelles technologies de tags et de metadata rempliront, de facto, bientôt la fonction "d’agence" en proposant la meilleure recherche. Reuters investit actuellement dans le développement de métadata unifié sur le texte, photo et vidéo car, selon Ayperi Ecer, "une image qui sera liée à plusieurs médias aura beaucoup plus de chance d’être choisie autant en interne comme chez les clients".


Cette enquête a permis de mettre à jour les caractéristiques propres de chaque agence ou collectif. La taille de la structure influe amplement sur le fonctionnement interne, les méthodes de travail des photographes et les financements des sujets. Toutes les agences remarquent cependant que de nouveaux sujets ont émergé au courant de l’année 2009 et surtout l’apparition d’une production multimédia adaptée aux nouveaux moyens de diffusion de l’information et d’une indexation des données primordiales pour la recherche sur Internet. 

Avec les agences de presse à portée internationale, on peut facilement retracer l’histoire des années passées. En ce qui concerne les deux grandes agences de presse, en l’occurrence l’Agence France Presse et Reuters, voici deux liens qui vous feront découvrir les points forts de l’année photographique 2009 ; ces agences qui travaillent quotidiennement en temps réel avec l’information internationale, ont couvert chaque événement qui a marqué 2009 ; de l’actualité sportive, politique, sanitaire, environnementale, culturelle et autre, toute l’information passe par ces agences. L’AFP réalise un « Year Book », l’annuel - The World in Photos afin de faire le point de ces derniers 365 jours dans le monde ; et Reuters rapporte dans un dossier Picture Report les « Pictures of the Decade » pour marquer cette fois-ci, la nouvelle décennie.

En un clic de souris, nous voilà spectateurs de l’histoire de ces dernières années. Et ce, simplement en regardant ces photographies, qui résument si bien la vie. 
Vielle femme gardant sa vache sur la grande digue. L’élévation du niveau de la mer et le changement du régime de la mousson ont, en quelques décennies, métamorphose le paysage de sa jeunesse. District de Satkhira. Bangladesh : le grand debordement, © Laurent Weyl / Argos 
Polaris Images
259 West 30th Street
NY 10001 New York, USA

polarisimages.com
Argos Collectif Photographes & rédacteurs associés
40, rue Orphila
75020 Paris, France

www.collectifargos.com
Reuters France
6-8 boulevard Haussmann
75009 Paris, France

www.reuters.fr
AFP Agence France Presse
11-15 Place de la Bourse
75002 Paris, France

www.afp.com
photographie.com : 2010-01-28
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