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Brassaï
19 avril - 29 juin 2000
Centre Pompidou, Galerie 2, niveau 6

 

Photographe de "Paris de Nuit "(1932), puis de "Paris Secret " (1976), Brassaï (1899-1984) est l'auteur d'une œuvre inscrite dans l'imaginaire collectif comme le témoignage d'un monde disparu: celui des apaches et des belles de nuit qui hantent également l'univers des films de Prévert et de Carné. Le Centre Pompidou consacre, du 19 avril au 26 juin 2000, la première grande exposition rétrospective jamais présentée en France sur l'œuvre du célèbre photographe d'origine hongroise. Cette manifestation rassemblera environ 450 œuvres de Brassaï: photographies, sculptures, dessins, ainsi que des documents d'archives, provenant pour l'essentiel des collections du Musée national d'art moderne au Centre Pompidou, et du dépôt fait par Madame Gilberte Brassaï. Cet ensemble sera complété par quelques prêts de la Bibliothèque nationale de France, de la Maison Européenne de la Photographie et du Mobilier national. Cette exposition présentera quelques unes des expositions historiques, reconstituées et présentées dans leurs réalités physiques, ainsi que des aspects encore méconnus de l'œuvre de Brassaï à travers une centaine de travaux totalement inédits, panoramiques, réalisés par collages, et séquences exprimant le souci constant chez l'artiste de faire éclater le cadre trop contraignant de la photographie.

Né hongrois dans la petite ville de Brasso en Transylvanie en 1899, devenu roumain après le traité de Trianon en 1920, Gyula Halàsz, qui prendra plus tard le nom de Brassaï, fit son premier séjour à Paris en 1903-1904, son père, professeur de littérature francaise, ayant obtenu d'y passer une année de congé. Le jeune garçon découvre alors avec émerveillement le jardin du Luxembourg, les Champs-Elysées et les premières images cinématographiques projetées sur les Grands Boulevards de la capitale. De retour en Hongrie, il poursuit ses études à Budapest, à l'Académie des Beaux-arts, avant de partir s'installer à Berlin en 1921, au cœur de l'Europe culturelle. Le jeune Brassaï 'y côtoie un cercle d'artistes, de Moholy-Nagy à Kandinsky, de Kokoschka à Varèse, tout en poursuivant des cours à l'Académie des Beaux-arts de Charlottenburg. En 1924, il réalise enfin son rêve de revenir vivre à Paris, avec l'idée d'y faire une carrière artistique. Il ne retournera plus jamais en Hongrie.

Dès son arrivée à Paris, Brassaï, qui a baigné dès son plus jeune âge dans une atmosphère littéraire, noue des amitiés durables avec un groupe de poètes et d'écrivains: Henri Michaux, Raymond Queneau, Léon-Paul Fargue, Robert Desnos, Jacques Prévert, Pierre Reverdy, Pierre Mac Orlan... Ensemble, ils partagent un sens très vif de la poésie éparse dans la ville, le goût de l'insolite, et l'ivresse unique de la nuit parisienne. D'abord journaliste, Brassaï demande à des photographes, notamment à Kertész, d'illustrer les reportages qu'il réalise. Il explore le Paris nocturne, de Montparnasse au quartier des Halles, du canal de l'Ourcq au canal Saint-Martin, de la place d'ltalie à Ménilmontant, du quartier des Lilas à Belleville...
Ce n'est qu'au printemps 1930 que Brassaï commence à photographier. « C'est pour saisir la beauté des rues, des jardins, dans la pluie et le brouillard, c'est pour saisir la nuit de Paris que je suis devenu photographe», dit-il. Et s'il préfère la nuit au jour c'est parce que « la nuit suggère, elle ne montre pas. La nuit nous trouble et nous surprend par son étrangeté; elle libère des forces en nous qui, le jour, sont dominées par la raison. (...) J'aimais les prodiges de la nuit que la lumière contraignait à se manifester; il n'existe pas une nuit absolue. », écrit-il (in archives Gilberte Brassaï, feuillet non daté).

"Paris de Nuit" paraît en décembre 1932: soixante-deux images de nuit, comme illuminées de l'intérieur, et empreintes de poésie. Brassaï écrit encore: « La véritable date de naissance d'un créateur, c'est quand il a trouvé sa voie et sa voix. La seule date de naissance qui compte pour moi, ce n'est pas Brasso 1899, mais Paris 1933. << C'est à cette époque, qu'il adopte officiellement le pseudonyme de Brassaï. Dans l'édition du journal « Le Temps » datée du 30 janvier 1933, Emile Henriot fait une critique élogieuse du livre de Brassaï, et termine son article par ces lignes curieusement prophétiques: «On imagine volontiers un de nos petits-fils feuilletant plus tard à son tour ce recueil d'images exactes et s'émouvant de sa poésie. C'est du réel des choses les plus quotidiennes qu'est fait, à la longue, le charme étrange du passé (...) Photographes de 1933, c'est pour l'an 2000 que vous travaillez: on y vous trouvera bien du talent. »
Photographe, Brassaï a toujours pratiqué l'écriture: « Souvenirs de mon enfance », «Graffiti», «Paris secret des années 30», «Artistes de ma vie», sans oublier « Conversations avec Picasso ». D'une culture très éclectique, Brassaï lit Goethe, Montaigne, Bergson et se réfère volontiers à Proust chez lequel il retrouve l'expression de l'une de ses propres préoccupations: le latent, ce qui aurait pu être et ce qui n'a pas été, ce qui est enfoui, et pourtant tout proche, sous la réalité.

Brassaï, qui n'a jamais possédé de studio, n'a jamais fait de reportage, ni de photographie de mode, ni même de portrait de façon systématique, est un artiste protéiforme dont l'œuvre est présentée ici dans toute son ampleur et sa diversité.
Peintre et dessinateur de formation, puis tour à tour sculpteur, cinéaste, auteur de textes aussi différents que « LHistoire de Marie » ou « Conversations avec Picasso », Brassaï ne s'est jamais laissé enfermer dans une seule activité. L'examen de l'ensemble de ses négatifs conservés jusqu'à aujourd'hui dans les archives de Gilberte Brassaï, a permis de montrer, pour la première fois, comment les images célèbres de Brassaï sont des reconstitutions du réel, devenues plus véridiques, plus authentiques que la réalité. Brassaï n'est pas un « pickpocket du réel» mais un artiste qui construit et met en scène une œuvre, sa propre vision du monde.

Le parcours de l'exposition « Brassaï» au Centre Pompidou permettra au visiteur de découvrir et de revisiter l'intégralité de l'œuvre de Brassaï à travers quelque 450 pièces exposées, parmi lesquelles une centaine totalement inédites. La photographie tiendra bien sûr une place majeure dans les six sections qui composent l'exposition: Amis artistes de ma vie; Graffiti; Dessins et sculptures; Les années Harper's Bazaar; Autour du Minotaure; et Nuit de Paris.
L'exposition permettra également au visiteur de retrouver, dans leur présentation originale et intégralement reconstituée, quelques-unes des expositions majeures qui furent consacrées à l'œuvre de Brassaï: l'exposition «Paris de Nuit>> len 1932!; les deux expositions que lui consacra le MOMA à New York (en 1951 puis 1955) ou encore la dernière exposition de Graffiti en couleurs conçue par Pierre de Fenoyl pour la galerie Rencontre à Paris en 1970.

L'exposition «Brassaï» sera présentée en Italie, à la Galeria d'arte moderna e contemporanea de Vérone du 8 juillet au 10 septembre 2000, à Londres à la Hayward Gallery au début 2001, au Japon courant 2001, puis à Berlin en 2002.

L'exposition « Brassaï » est réalisée avec le soutien du CCF

Commissariat de l'exposition: Alain Sayag
conservateur du cabinet de la photographie du Musée national d'art moderne au Centre Pompidou,
et Annick Lionel-Marie, conservateur au cabinet de la photographie au Musée national d'art moderne au Centre Pompidou.

Editions:
L'ouvrage « Brassaï, La monographie» qui accompagne l'exposition du Centre Pompidou
s'inscrit dans la collection « Lœuvre photographique» dirigée par Gilles Mora aux éditions du Seuil. Après «Man Ray, la photographie à l'envers», par Emmanuelle de l'Ecotais et Alain Sayag, cet ouvrage est une nouvelle coédition du Centre Pompidou et du Seuil.

Sous la direction d'Alain Sayag, Annick Lionel-Marie et de Gilles Mora, l'ouvrage « Brassaï», rassemble des essais d'Alain Sayag (Exprimer l'authentique), Annick Lionel-Marie (Laisser l'œil être lumière) et Roger Grenier (Brassaï et la littérature), des textes de Brassaï, Henry Miller, Jacques Prévert, ainsi qu'un témoignage inédit de Gilberte Brassaï. Enfin, l'ouvrage propose une biographie de l'artiste établie par Gilberte Brassaï, et une bibliographie exhaustive.

(320 pages, 308 illustrations, prix de lancement :390 Frs, parution: 19 avril 2000). Une édition de cet ouvrage paraîtra en langue anglaise aux éditions Bulfinch Press sous le titre « Brassaï, The monograph », en avril 2000. Des éditions sont également prévues en italien et en allemand.

 

Informations Pratiques:

Exposition ouverte au public du 19 avril au 26 juin 2000, tous les jours sauf le mardi.
Horaire: de 11h00 à 21h00
Tarif: 40frs / tarif réduit: 30 frs
Pour plus d'information: www.centrepompidou.fr

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