Kataribé, les conteurs

Sélection Bourse du Talent #26 /
Kataribé, les conteurs / Takuji Shimmura / Présentation
Quand l'horreur se niche dans la mémoire, le silence semble être la voie la plus raisonnable. Parler c'est se souvenir et qui souhaiterait revenir en enfer, même par les mots? On ne peut enlever de la tête ce qui s'est gravé au cœur, et le passé devient ce rocher noir qu'on préfère contourner. Ceux-là ont vu l'enfer juste après l'éclair qui a embrasé le ciel à 11h02, le 9 août 1945. Une seule bombe, nommée Fat Man, rasait une ville, tuait soixante-dix mille personnes, et brûlait tout ce qui vivait encore et courait, criant dans la folie de l'horreur. C'était à Nagasaki, trois jours après Hiroshima. On les appelle les Kataribé, les conteurs. Ce moment de leur vie qu'ils ne parviendront jamais à effacer, ils le racontent aux autres, à ceux qui ne peuvent pas comprendre. Chaque récit rappelle la même douleur, les mêmes chagrins, noue la gorge et tire les larmes, et au bout du compte épuise le conteur. Cinquante-huit ans déjà, cinquante-huit ans seulement. De mémoire d'homme on n'a jamais connu tel crime, si précis et si global à la fois. Accuser, peut-être, mais les Kataribé veulent avant tout témoigner, jusqu'à la limite du supportable, de la fatigue. Ils témoignent de la cruauté humaine. Ils témoignent de la faiblesse humaine. Ils témoignent du passé. Ils témoignent pour le futur. Ils racontent, nous écoutons leur souffrance et cette colère qu'ils voudraient sacrifier à la charité de l'humanité.  
Films Kodak Professionnal utilisés 
Tmax 100 en format 120 
photographie.com : 2005-06-22

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