Aïd el Kebir

Coup de Coeur - Bourse du Talent #28 : Reportage /
Aïd el Kebir / Alix Laveau / Présentation
L'Aïd el Kebir est la grande fête musulmane. Chaque famille célèbre tous les ans le sacrifice du mouton afin de reproduire celui fait par Abraham comme décrit dans le Coran et la Bible, nommé Le sacrifice d'Isaac par Abraham : Lors de son sommeil Abraham a une vision divine qui lui demande de sacrifier pour lui son unique fils qu'il a eu très tardivement . Sa femme était stérile et la naissance de leur fils Isaac fut un miracle. Abraham se rend le lendemain au sommet d'une colline avec son fils et prépare le sacrifice. Au moment de l'exécution Dieu retient son bras et lui offre un mouton à sacrifier. Depuis, tous les musulmans reproduisent ce rituel chaque année et le nomme la fête du mouton : « Aïd el Kebir ». Quelque jour avant la fête, Marrakech est en ébullition. Partout on voit des moutons transportés sur les épaules, sur les mobylettes, dans des carrioles, à vélotous les moyens sont bons. Les bêtes proviennent des souks du mouton situés au nord et au sud de la ville. Ces marchés ont des dimensions inimaginables : d'énormes étendues en terre encerclées de murets et envahis de camions. C'est un véritable labyrinthe. Pour circuler il faut se faufiler et surtout faire attention à ne pas prendre une patte ou une corne dans l'œil. Les berbères possédant les bêtes viennent de loin pour les vendre. Le prix du mouton est fixé par le climat. Plus la saison aura été pluvieuse plus les animaux seront chers. Cette année a été bonne, il n'y a donc pas besoin de vendre son bétail, l'herbe est suffisante pour le nourrir. Un mouton de 100 kg coûtera environ 250 euro. Le choix du mouton se fera selon ses propres techniques : on tte les cuisses pour voir si la chair est bonne, on regarde et on marchande. Une fois de retour dans le centre ville au chaos des souks, s'ajoutent celui de tous les moutons. Les piétons s'arrêtent pour observer la bête, la toucher et l'apprécier. Dans les ruelles sombres de la médina, en fin de journée, derrière les portes ou sur les terrasses, on entend des bêlements. Les moutons seuls ou à plusieurs dans des endroits exigus, attendent leur dernier jour. La veille ils ne sont plus nourris. 
Chaque famille le jour de l'Aïd el Kebir se prépare tôt le matin. Dès 7-8h tous cherchent désespéramment des taxis pour rejoindre leur famille. Ceux-ci sont bondés, ils y rentrent à plus de 6 personnes parfois. Puis arrive la prière. Les hauts-parleurs s'activent les uns après les autres, les mosquées se remplissent. La prière accomplie, c'est au tour du Roi : devant les caméras il égorge avec une fine lame un certain nombre de moutons provenant de son propre élevage. Les uns après les autres, ils sont mis dans des camions et donnés à des familles. Après sa bénédiction chaque famille peut procéder à son propre sacrifice, chez soi, comme la tradition le demande. La famille qui m'a accueillie était aidée par un ami habitué à égorger. Les fils, Chafik et Samo descendent le mouton de leur terrasse. L'appartement est très grand et a un grand salon en forme de L. Il a une partie près de la porte organisée pour cet événement : un trou d'évacuation, du carrelage et un petit lavabo sont dans un angle. La bête est posée à terre et bloquée par les deux garçons. L'ami s'occupe de la tête et avec un lame affinée il commence à égorger l'animal. Une marre de sang s'étend. La bête cherche à se débattre très peu. Résignée elle meurt. Commence alors le travail : une fois la tête coupée, à l'aide de pompe à vélo ou tout simplement en soufflant dedans ils gonflent l'animal afin de détacher la peau des muscles. Puis par les pieds, devant l'entrée de la salle de bain et de la cuisine ils la suspendent et commencent à lui retirer la peau très délicatement. Celle-ci sèchera à côté des habits puis sera nettoyée. C'est un très bon tapis pour la prière. La bête est vidée de ses entrailles qui seront conservées. Tout se mange : poumons, foie, cervelle, boyaux, le gras et aussi les testicules qui sont pleines de protéines paraît-il! La mère de son côté a préparé des crêpes à la marocaine, des gteaux Elle en offre à ses voisins. Les enfants, les plus jeunes assistent au sacrifice et à toutes les préparations. Ils sont chargés de changer la musique, plutôt du pop arabe ou encore Sting L'ambiance est très bonne et très joviale. Une fois le mouton dépecé, ils le laissent sécher et seulement le lendemain ils commenceront à le cuisiner. Avec cette bête ils pourront se nourrir pendant plus d'un mois. Pendant que la mère et le père préparent la grillade de brochettes de foie avec le gras, toujours dans l'appartement, avec les fils nous allons nous occuper de la tête et des ptes. Partout dans les rues, des feux de bois sont organisés : une grille d'environ 2 m² est posée sur des briques entassées. Un groupe d'enfants gés de 10 à 15 ans s'occupe de les brûler. Deux garçons sont chargés de découper les poils pour faire mieux brûler et un autre s'applique à la cuisson. Avec un grand bton il tourne les têtes et les ptes. Celles-ci seront complètement carbonisées tandis que la tête est récupérée pour son cerveau. Cela coûte 20 dirham par tête. Un bon moyen pour se faire de l'argent de poche. Une odeur nauséabonde s'installe alors pendant quelques jours dans toute la ville. De retour dans l'appartement, ils passent le reste de la journée à goûter les brochettes de foie et le reste en famille. Les jours qui suivent sont un moment de fête en famille. 
photographie.com : 2006-05-18

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