Un lit qui se dit résidence

Premier Regard - Bourse du Talent #28 : Reportage /
Un lit qui se dit résidence / Maud Delaflotte / Présentation
Les foyers de travailleurs migrants ont une fonction essentielle : rendre invisibles leurs occupants. Et ils y parviennent. Certes, ils sont quelquefois l'objet impuissant de la mise en scène des faits-divers et de la criminalisation de l'immigration. Mais cette surexposition de portrait-robot participe justement du tour de passe-passe qui fait disparaître l'habitant du foyer derrière les clichés stéréotypés de l'habitat malfamé et surpeuplé. Tout s'estompe derrière cette réputation, le travail astreignant de ces hommes, l'ancienneté de leur installation, les raisons institutionnelles de l'état des btiments, les difficultés de leur existence recluse mais aussi l'efficacité en dernier recours de leurs luttes contre un contrôle toujours plus sévère et une précarisation accrue. Les photographies de Maud Delaflotte au foyer de la rue Tillier témoignent de ce lieu entre le clair et l'obscur où s'abîment les métonymies. Un point serré au bout d'un avant-bras noueux pour un après le travail, un éclat de bouche pour des citoyens sans parole, des casiers cadenassés pour des vies dans l'entre-deux, des réchauds usés et des couvertures froissées pour un lit dénommé abusivement résidence. Marc Bernardot Maître de conférences à l'Université de Lille 1 
Exposition : Entre deux mondes
Maud Delaflotte
Du lundi 04 septembre 2006 au samedi 16 septembre 2006
130 av Daumesnil, Paris, France

photographie.com : 2006-05-24