Ombra della sera

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Ombra della sera / Jonathan Steelandt / Présentation
© Jonathan Steelandt 
Les autoportraits de Jonathan Steelandt participent de cette inquiétante étrangeté liée aux images du double et de l'ombre. Ils donnent à partager la solitude du photographe et la création d'un espace mental intermédiaire  entre l'image de soi et les images de la ville nocturne.
L'autoportrait est très souvent un exercice d'introspection. Chez Léon Spilliaert, il suscite l'hallucination du peintre scrutant ses traits dans le miroir. Ici la figure du photographe se dissout et s'efface pour devenir une ombre pénétrée par les lumières du dehors. La projection de cette ombre est à la fois signe de retrait et de puissance sur le monde.
Le dispositif mis en œuvre par le photographe remplace le miroir et l'image du double qui en surgit par celles des fenêtres éclairées, où couve parfois un incendie, par celles de lampes opalescentes.
Un homme est assis sur une barrière, replié sur lui-même.
À l'arrière plan, on distingue une autre figure. La photographie mélange les lumières du jour et de la nuit, un feuillage, une porte bleue, une voiture dont on distingue très précisément la plaque d'immatriculation.
L'observation de la rue, des façades est celle d'un guetteur dans l'attente de quelle scène?
Temps suspendu, vacuité, territoire d'une ombre qui s'étend ou se rétracte, se solidifie ou se dissipe. Instants d'inquiétude où se mélangent la lumière chaude des chambres et les bleus de la nuit.
De cette introspection naît un sentiment de gravité sinon de mélancolie.
Le photographe nous interpelle par l'introjection du monde et la distance abolie où le réel se déréalise en même temps que son ombre en imprègne les images, en prend possession.

Serge Meurant, 13 juin 2009 

photographie.com : 2009-12-22

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