BORIS SVARTZMAN

Bourse du Talent #41 Reportage /
BORIS SVARTZMAN / "Gao, Nord Mali" / page 1
"Gao - Nord Mali" 
Gao se trouve au nord du Mali, à la frontière de la région de Kidal, sujette à de fortes tensions politiques du fait de l'opposition indépendantiste.

Mois de juillet, tout va au ralenti, trop chaud pour penser conflit. Il semblerait que les jours soient tous identiques, suspendus dans le temps. On vit au rythme du thé noir importé de Chine que l'on fait bouillir avec du sucre, beaucoup trop sucré, et des prières, cinq fois par jour, moment privilégié pour se rafraîchir. Comme la prière, faite de trois prosternations, on infuse trois fois la même dose de thé. Le reste du temps, l'ombre est votre meilleure amie.

Sur le côté de la ville, un cimetière. En guise de tombes, des objets divers, surtout des épaves de voitures. « Nous savons où sont enterrés nos proches, pourquoi voudrais-tu écrire leur nom ? » me renvoie en guise de réponse un homme à qui je demandais s'il s'agissait bien d'un cimetière, puis coupe court à la conversation : « Mais nous ne pouvons pas parler au dessus des morts, ils risqueraient de nous entendre », avant de me laisser seul parmi les morts.

J'étais venu pour assister à un mariage, mais la sécheresse retarde tout. Tant qu'il ne pleut pas, il n'y a pas de vie possible. Les paysans ont semé le riz, les greniers contiennent tout juste de quoi se nourrir, s'il ne pleut pas, la récolte n'aura pas lieu. A cette catastrophe s'ajoute le problème des prochaines semences. Sans récolte, plus de grains, car personne n'a les moyens d'en racheter ; normalement on met de côté une partie de la production pour la semer l'année suivante.

Au bout de deux semaines, il me semble percevoir la tension intériorisée par chacun. Pourtant, pas d'agitation, personne ne parle, mais plutôt l'orage qui est prêt à gronder. Seulement, je ne sais plus si je rêve ou s'il s'agit de la réalité. Puis mon hôte me dit avec assurance : « Le mariage aura lieu demain, les Marabouts ont prié aujourd'hui pour qu'il pleuve, et ils prieront de nouveau le matin ». Le lendemain, une tempête de sable annonce la pluie diluvienne. Le cycle de la vie reprend.

Boris Svartzman

 

photographie.com : 2010-04-06