J’ai rencontré Monsieur et Madame Zhang en hiver 2009, alors que je réalisais un reportage photo sur la communauté Wenzhou à Paris. À l’époque,avec une centaine de travailleurs chinois, ils étaient sortis de leur atelier, comme d’autres de leurs restaurants ou de leurs caves pour revendiquer des papiers et des droits, affirmant leur légitimité à ne plus vivre cachés et exploités.
Bien que ne parlant que très peu le français, et moi bafouillant le chinois, une relation très forte de confiance et d’amitié s’est développée entre nous.
Plusieurs mois plus tard, j’ai repris contact avec eux. Leur situation n’avait pas changé : toujours pas de papiers. Toujours dans leur petit appartement – un petit atelier aux portes de Paris, à coudre des vêtements pour des grossistes peu scrupuleux, pour quelques dizaines de centimes d’euros la pièce.
Leur fils leur manquait de plus en plus. 10 ans qu’ils étaient partis et qu’ils continuaient à « manger de l’amer ».
C’est au cours d’une de ces visites que Madame Zhang m’a parlé de leur intention de repartir en Chine, à Wenzhou. Ils ont commencé leurs démarches et m’ont proposé de les suivre dans leur retour.
Ils sont partis le 5 novembre 2010 au matin. 24 heures plus tard, ils rejoignaient leur fils – aujourd’hui marié et père d’un garçon - et retrouvaient la ville qu’ils avaient quitté il y a dix ans.
Fanny Tondre