Îles intérieures

Bourse du Talent Reportage #45 /
Îles intérieures / Yogananthan Vasantha / page 1
Shalini Sakthi, présidente de la plus importante association tamoule de l'Ile-de-France au spectacle de ‘Puranaanooru'. 
Au Sri Lanka, la guerre sans répit que se sont livrés l'armée gouvernementale et le LTTE (Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul) a duré près de trente ans et fait plus de 90.000 morts. Elle aura conduit des millions de tamouls a fuir l'île pour se réfugier dans des pays occidentaux, notamment en France : 70.000 d'entre eux résident aujourd'hui en région parisienne. Né de père tamoul sri-lankais et de mère française, mon histoire rejoint la leur tout en s'en détachant fortement. Je suis né en France, y ai fait ma scolarité et n'ai jamais éprouvé de difficultés à ‘m'intégrer'. J'ai par contre ressenti le besoin de comprendre l'histoire de ce pays où des civils mouraient chaque jours, victimes d'un conflit qui paraissait interminable. Au lendemain de la fin de la guerre civile, en mai 2009, je commençai à photographier la diaspora tamoule en Île-de-France. D'abord en m'immergeant dans le quartier de La Chapelle, point d'ancrage de la communauté à Paris, puis progressivement en assistant à des fêtes et rassemblements, la plupart du temps en banlieue. J'ai alors choisi d'évacuer de mon sujet tout ce qui pouvait relever de la ‘vie quotidienne' pour me concentrer sur les processus de représentations du conflit. La communauté entretient en effet un devoir de mémoire permanent : commémorations aux morts, fêtes religieuses, manifestations, reconstitutions théâtrales ont lieu chaque semaine en région parisienne. En photographiant ces mises en scènes, j'essaie de montrer comment la diaspora tamoule, bercée par une iconographie du conflit, reproduit et transforme les mythes et images de sa propre histoire. Loin de l'île, la diaspora tamoule semble arrêtée dans un espace et une temporalité qui lui sont propres : ses membres rejouent l'histoire, se rassemblent au présent pour chercher un avenir à un pays dans lequel ils ne vivent plus, mais qui est plus que jamais constitutif de leur identité. Je photographie ces figurants, ces acteurs, ces passants. Je cherche à documenter la recherche identitaire, universelle, d'une communauté en exil marquée par la guerre.
 Vasantha Yogananthan

 

photographie.com : 2011-03-09

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