Fictional Cape Town

Bourse du Talent Reportage # 45 /
Fictional Cape Town / Cécile Mella / page 1
Le travail présenté se compose de deux séries de photographies prises sur des plateaux de publicités d'origine étrangère tournées au sein de la province du Cap, Afrique du Sud.

 

Jardin botaniques d'Harold Porter, Betty´s Bay, spot publicitaire britannique pour un déodorant. 
Chaque année, de novembre à mars, les rues du Cap deviennent la scène de productions audiovisuelles vantant des produits allant du chewing-gum au yaourt. Ces spots publicitaires, en grande majorité financés par des investisseurs étrangers et pour un public étranger, se servent en fin de compte de Cape Town comme d'un arrière plan qu'ils modèlent à leur goût ; le taux de change avantageux, le climat ensoleillé, la diversité des paysages et la langue anglaise parlée valent le déplacement jusqu'à la pointe australe de l'Afrique.

J'ai donc passé plusieurs mois à capturer la manière dont l'industrie prend possession de tranches de la ville.

La première série, au format 35 millimètres numérique, est constituée d'images décalées de paysages détournés. Les clichés (des plateaux eux-même et des coulisses) empruntent au monde commercial ses codes et reflètent ainsi l'artifice attrayant de l'univers de la publicité. Mais l'oeil du lecteur attentif reconnaîtra des détails significatifs : une montagne ou un immeuble distinctifs. Les images représentent la friction entre réalité et fiction tout en représentant les alentours avec humour et émerveillement.

Le deuxième série, au format carré, apporte une perspective oblique sur le même sujet en présentant les figurants croisés sur ces plateaux : ces gens qui n'apparaissent jamais à l'écran plus de deux secondes et forment la foule anonyme en arrière-plan. Constituant ironiquement la seule couleur locale de ces spots, ils sont autrement mannequins, acteurs, danseurs ou étudiants, retraités, avocats, mécaniciens là pour l'expérience ou le cachet. D'un jour à l'autre ils sont sirènes, pères Noël, hippies, paparazzo, flics ou prisonniers. Et dans la vraie vie, ils sont quelquefois reconnus dans la rue par les touristes qui se souviennent de leur visage sur des panneaux publicitaires de taille démesurée, les intégrant ainsi dans culture populaire d'un pays qu'ils ne visiteront sûrement jamais.

 

photographie.com : 2011-03-10

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