| Le photojournalisme et le multimédia / La Zone / Rencontre avec Guillaume Herbaut |
On a parlé de l'année 2010 comme l'année du web-documentaire. Cette nouvelle forme d'écriture a été largement explorée, commentée et débattue. Les photographes s'interrogent. Comment fait-on du photo-journalisme sur internet ? Pour le moment que de questions, que de craintes… certainement justifiées. Le web-documentaire de Guillaume Herbaut et de Bruno Masi est une réponse parmi d'autres, mais cette réponse nous excite et nous donne espoir pour l'avenir des conteurs d'histoires.
Vous avez longtemps travaillé sur Tchernobyl. Comment durant toutes ces années se sont articulées les différentes facettes de votre travail ? G-H : Le projet la Zone, c'est un an de travail. Bruno et moi sommes partis quatre mois - un mois par saison - dans la Zone de Tchernobyl. Cependant je travaille sur Tchernobyl depuis 10 ans. Je connais très bien le territoire. Les premières fois que je suis parti, j'ai travaillé autour de la mémoire. Je me suis posé la question : comment les gens de Tchernobyl vivent la mémoire de la catastrophe ? Puis j'ai étudié la notion de radioactivité. Le livre Tchernobylsty a émergé de ce croisement entre "qu'est-ce que la radioactivité ?" et la question de la mémoire. Ensuite, en 2002, je suis parti avec Bruno Masi à Slavoutich, une ville construite pour loger les travailleurs de la centrale, entourée d'une forêt contaminée. En 2005, nous sommes revenus pour continuer ce travail, tout en l'élargissant. En 2009, on s'est dit qu'on avait encore envie de parler de Tchernobyl. On est parti sur quelque chose de très mémorialiste et on a attaqué un sujet sur la ville de Pripyat. Mais au bout de 3 ou 4 jours, on s'est rendu compte qu'on était en train de faire exactement la même chose que des centaines d'autres journalistes. On avait plus envie de raconter ça, on s'ennuyait. On s'est rendu à Ivankov et on a découvert qu'il y avait une vie liée à la Zone mais pas directement à Tchernobyl. Tchernobyl est devenu un décor dans lequel se déroulaient des centaines d'histoires… et on a eu envie de les raconter.
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| © Guillaume Herbaut |
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Dans une interview que vous nous aviez accordée à Visa pour l'Image, vous aviez affirmé qu'il fallait être schizophrène pour travailler en photo et en vidéo. Pour le projet la Zone vous avez travaillé avec Bruno Masi. Comment s'est passée votre collaboration ?G-H : Bruno Masi et moi, on est un vrai binôme. Le travail sur la Zone c'est deux personnes, deux auteurs, qui se confrontent à une réalité. On travaille chacun avec une caméra photo, mais moi je suis là prioritairement pour la photo. Je photographie jusqu'au moment où je vois que mon travail photographique est complet, et c'est seulement après avoir passé ce cap que je passe à la vidéo. C'est très important pour moi de répartir mon temps et de procéder ainsi parce qu'en aucun cas l'un des deux médiums doit être plus faible. Bruno, lui, est là pour filmer.
Comment filme-t-on avec un œil de photographe ? G-H : J'ai un rapport au temps qui est propre au photographe. Quand je filme, je fais une photo mouvante. Mais je me pose quand même une question : pourquoi mélanger toujours la photo et la vidéo ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Que dit la photo ? Que dit la vidéo ? Pour l'instant, ce qui m'intéresse, c'est que les deux médiums se confrontent, qu'ils aient deux vies parallèles. Ma réflexion n'est pas encore aboutie à ce sujet mais je crois que dans la photo, on a une vision de la réalité qui est presque onirique et la vidéo nous plonge beaucoup plus dans le concret. Le mélange des deux fait la force.
À travers ce projet multimédia, quelle aventure avez-vous voulu faire vivre à votre internaute / lecteur / spectateur ? G-H : Quand je fais un travail, je veux impérativement que le spectateur entre dans un univers. Pour le projet la Zone, on en a fait un objet avec plein de facettes différentes. Le web-documentaire est un parcours de l'internaute dans la Zone, le livre est un parcours extrêmement personnel de Bruno et moi, et l'installation à la Gaîté Lyrique est une expérience physique. Pour nous, tous les médias sont liés.
En quoi la diversité des nouvelles technologies influent sur votre travail de photographe ? G-H : Aujourd'hui, on peut tout faire. Avec n'importe quel appareil, on peut tout faire. Mais je crois qu'il faut faire des choix. Avant d'être photographe, il faut être un auteur. Il faut avoir un point de vue, un certain regard sur le monde. Quand on a ce regard, la photographie, c'est juste un moyen pour choisir le cadre. Je pense qu'un photographe professionnel, c'est un photographe qui se donne des contraintes et des règles pour travailler.
Molly Benn
Le web-documentaire : cliquez ici Le livre co-édité par les éditions Naïve et la Gaîté Lyrique sortira le 2 mai. L'installation à la Gaîté Lyrique : du 26 avril au 8 mai 2011.
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| © Guillaume Herbaut |
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| photographie.com : 2011-05-02 |