Dominique Gonzalez-Foerster

Deux des soirées arlésiennes shootées au film-catastrophe :
L’une édita un roman-photo spécial ‘Notre chaumière à Mexico’ avec en guest-star la belle Tina et le charmeur Weston (héros de cinéma bien connus).
L’autre, toujours cinéphile en diable, pris pour référence ‘Orange mécanique’ afin d’achever les Rencontres.

 

 

 

Maître à penser > l’apocalypse de maintenant.

L’artiste Valéry Grancher persuadé d’expliquer aux festivaliers des RIP lors de sa soirée de clôture du 8 juillet 00, un autre acronyme : les NTIC (alias français de Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), a semé une énième pagaille en Arles.
À l’instar des jeunes otaku japonais dans une relecture occidentalisée (traduite en version fan d’Asahara Shôkô
parfumée au gaz sarin) il affirme que les " seules zones d’autonomies médiatiques sont le fait de hackers ". Passant de la parole à l’acte, il entreprit méthodiquement une lobotomie audiovisuelle collective sur ses innocents spectateurs. Lorsque les plaintes des victimes sur le volume sonore se transformèrent en bronca refusant la bouillie visuelle servie aux pupilles éclatées, le son fut encore augmenté… Il faut bien les rééduquer ces râleurs. De gré ou de force il faut faire passer le mot d’ordre. Et articulez bien. Non, vous n’avez pas bien compris, répétez encore NTIC, NTIC… ! Plus fort ! NTIC !
Cerise sur le gâteau : pour parfaire et conclure l’entraînement, tel un génie, le maître du camp expliqua à l’aide de gestes obscènes la note de zéro qu’il attribue aux spectateurs tétanisés, encore présents à l’amphithéâtre.
Gardez les yeux ouverts et acceptez les NTIC.

Stop et fin du film

Les photographes demandent le respect. Nous récusons cette violence obligée. Les photographes sont majeurs et acteurs. Les diktats ré-éducatifs heurtent ces gens d’image et d’émotion. Laissez les vivre leur vie. La photographie n’est très certainement pas un art de gens mineurs. Elle n’a pas besoin de se faire vendre des vessies gonflées ‘On air’ : Nam Jun Paik, en guise de croisement techno majeur des années 80, n’a pas ainsi violenté les sens pour ses créations novatrices.
Vous parlez de technologie avec un sentiment de propriété : vous n’avez au contraire rien compris de la révolution Internet qui flotte tout au contraire à l’hélium du respect avec comme étendard le logiciel libre. Dommage, la musique zappeuse réalisée live par Jean-Yves Leloup et Eric Pajot était superbe.
Mais, il y a l’art et la manière de faire passer la nouvelle com ; moins fort l’artiste ;-)

Épilogue > happy end > Play it again Sam

Paolo Toeschi, Maire d’Arles a présenté à la presse un désengagement total vis-à-vis des actes de Valéry Grancher et annoncé des mesures pour ne plus jamais tolérer un tel spectacle. Il a confirmé que Gilles Mora assumerait pour une troisième année le rôle de Directeur Artistique des RIP 2001. Le DA chahuté annonça le prochain thème des rencontres en dévoilant son mot-clef : l’anonyme dans la photographie. En particulier avec une heureuse surprise car Larry Clark sera l'invité d’honneur. En effet, il n’était pas venu en France depuis l’exposition de 1992 organisée à l'Espace photographique de Paris. De plus, c’est un photographe cinéaste.

par François-Marie d’Andrimont