Bae Joon Sung - Ingres - 'Painter's clothing - 1997 - 180x156cm

Durant cette trentième édition des Rencontres Internationales de la Photographie, de nombreuses polémiques sont venues argumenter les choix faits par Gilles Mora dans sa programmation, organisée sur le thème de la photographie traversée, autour de trois axes : résonances, croisements et disparitions.

Exposition: Masahisa Fukase, la solitude des corbeaux
'Erimo cape from the solitude of ravens', 1976

©Masahisa Fukase



Dans une logique de restriction du nombre d’expositions, annoncée par le directeur artistique dès 1999, une quinzaine d’expositions seulement est proposée au public pour cet été 2000. L’année prochaine, ce nombre sera encore réduit à huit expositions.
Retenons notamment dans cette sélection " in " celles présentées à l’Abbaye de Montmajour avec " La solitude des corbeaux " de Masahisa Fukase, et les belles Ingres de Bae Joon Sung avec sa série " Painter’s Clothing " . Le coréen a ainsi invité le public à " dévoiler ses photographies ".

Exposition: Tina Modotti et la Renaissance mexicaine, 1923-1934 - © Tina Modotti
Portrait of Julio Mella,1928

L’une des plus belles découvertes était très certainement celle de Sam Stourdzé et de Patricia Albers, sur le travail de Tina Modotti au Mexique, présentée à l’Espace Van Gogh. Cette exposition montre le travail engagé de la photographe dans le contexte de renouveau culturel du Mexico des années 20. Les commissaires d’exposition ont clairement écarté de leur sélection le travail de Tina qu’elle a partagé avec Edward Weston. Pour cette partie de la vie de Tina Modotti, le réalisateur Alain Bergala, s’est chargé de mettre en scène la belle italienne dans une " love story à Mexico ", à l’occasion d’une des soirées au Théâtre Antique.

Dans la petite salle Henri Comte, Nicholas Nixon expose ses "Brown Sisters ", -sa femme Bebe et ses trois sœurs- réalisées chaque année selon un protocole immuable depuis1975.

 

Il y a chez ce photographe comme pour ces quatre femmes beaucoup de persévérance dans cette exercice annuel. Avec la même chambre, Nick fixe le temps qui passe sans apporter aucune autre légende que l’année.

© Nicholas Nixon
The Brown Sisters, New Caanan, Cann. 1975

& The Brown Sisters, Brookline, Ma. 1999


Avec huit artistes-photographes, Urs Stahel a conçu une exposition
"hybride ". Ainsi, Katrin Freisager expose des "poupées vivantes ", dont la nudité est à peine masquée par des attributs en textile transparent. Günther Selichar encadre des

Exposition: La mort en ce jardin
©Lucien Clergue
L'ensemblement,
Camargue - 1955

images d’écrans éteints. Isabell Heimerdinger s’inspire fortement de l’univers cinématographique pour faire des photos d’intérieurs, avec des décors auxquels elle soustrait toute présence humaine.
Hans Hemmert quant à lui se met en scène dans des espaces (salon, voiture, …) entièrement recouverts de son ballon en latex jaune.

David Deutsch nous invite à passer la frontière entre le public et le privé, avec des images prises de nuit, sans demander aucune autorisation à ses sujets photographiés.

Philip-Lorca di Corcia nous propose un voyage dans la solitude des individus noyée dans la masse populaire des grandes métropoles, telle Mexico, grâce à des coups de flash bien dirigés.

Jörg Sasse manipule des photographies au numérique par ordinateur, pour en faire des images à la limite de l’incompréhensible pour le spectateur.

Comme chaque année, les Rencontres se sont déroulées aussi au cours de soirées, dans le Théâtre Antique de la ville. Pour faire honneur à la tradition arlésienne, elles ont donné lieu à de grandes controverses autour du diaporama de Jean-Michel Alberola, du film d’Alain Bergala et surtout, suite à la soirée " On Air ". C’est finalement la soirée de Jean Baudrillard, "Vanishing point" qui a le plus de succès auprès du public.

Malgré des rues arlésiennes souvent désertes ou presque, il régnait dans ces Rencontres une grande énergie, particulièrement dans la cour de l’Archevêché, avec le 5ème Festival Off des RIP et à l’Appartement, espace de convivialité improvisé, entre gens d'images, installé le long des berges.

Le village du Off a proposé du 5 au 9 juillet un programme de rencontres entre les photographes, les professionnels et le public, dans la journée, et en soirée, des grandes projections faisaient de cet endroit un réel lieu de fête autour de la photographie.
Nous avons eu le plaisir de reconnaître parmi les photographes dont le travail a été projeté sur grand écran, plusieurs jeunes auteurs sélectionnés à la Bourse du Talent : le travail de Bernard Michaud sur les européens (BT 09), celui de Flore-Aël Surun (BT 10) sur les enfants des rues en Roumanie et enfin, celui du lauréat des Voies Off qui n’est autre que Wilfrid Estève (BT 09), membre du collectif de l’œil Public, récompensé ici pour son travail sur Sarajevo.

Exposition: Edward Weston
& Tina Modotti
Love Story à Mexico
©Edward Weston
'Nude on roof' - 1924

Au cours de ces soirées de projection, le public a pu apprécier aussi les photographies de Michael Ackerman (Agence Vu), et un très beau panorama de la photographie africaine.

Comme son nom l’indique, les RIP sont des 'rencontres'. Rencontres entre la photographie et le public, entre les photographes et les acteurs du monde de l’image…
A ce titre, et dans l’esprit des lectures de portfolios des jeunes auteurs que faisait Jean-Claude Lemagny auparavant, une Galerie d’essai était installée dans les locaux de la Maison des Jeunes Auteurs. Le système de cette Galerie pourtant assez simple semblait désorienter beaucoup de postulants dans leur parcours initiatique. Durant les cinq jours du festival, les jeunes photographes étaient conviés dans cette " maison ", pour présenter leur port-folio, et le soumettre à un jury de cinq professionnels, renouvelé chaque jour. Quotidiennement, le jury choisissait un lauréat pour une exposition dans la galerie (pour tout l’été) ; De plus, Photo Service, animateur de cette manifestation, achète à chaque photographe un tirage original signé, et édite cinq cent exemplaires d’un port-folio.

Les lauréats de ce prix sont Simon Aubry avec ses " Passages et Galeries parisiens ", Lambros Papanikolatos avec " Space in between ", Dragin Dragan avec " One Room Story ", Hicham Benohod.

Exposition: Chronique du dehors et autres hypothèses - ©Erwin Wurm
Fat Man with bad feelings -2000

Les Rencontres sont le lieu idéal à la remise de prix. Ainsi, au cours de ces soirées du Théâtre, de nombreuses récompenses ont été décernées. Celle du Prix Oscar Barnack-Leica a donné lieu à la projection d’un remarquable diaporama sur fonds de Sonic Youth, avec les photographies du lauréat, Luc Delahaye (Magnum) sur son travail du quotidien en Russie.
Parmi les autres prix décernés, il y a celui de l’European Publishers Award, et celui du jeune photographe de la cinquième.
Il ne faut pas oublier non plus dans ces rencontres l’importance des colloques. Chaque jour, deux colloques étaient organisés à l’espace Van Gogh : le droit à l’image, le codage numérique et la protection des images, ou encore l’harmonisation des droits d’auteurs sur l’image à l’heure d’internet.
Dans ce même espace avait lieu une vente internationale de livres de photographie de collection, rares et anciens.

Exposition:L'oeuvre de R.Heinecken
1966-2000
© Robert Heinecken
Sample page spread from ' Glamour recycled'
Magazine, January 1971

Bande annonce des RIP 2001 L’année prochaine, Gilles Mora nous donne rendez-vous pour des rencontres autour du thème de l’anonymat, avec un invité d’honneur : Larry Clark. Il explique " que dans l’anonymat dont il est question dans la photographie, il est apparu récemment dans une revue qui s’appelle Trash, avec laquelle j'ai collaboré, un manifeste de l’adolescence."

Exposition: Herbert Matter, Photo-grafiker, 1930-1960
Photomontage poster for Swiss Travel Bureau - 1935
© Herbert Matter

"C'est un manifeste polémique, intéressant, très riche, qui définit l’adolescence actuellement en 2001comme un ‘non lieu’ et surtout la ‘non-prise d’identité par les adolescents. "

"En revanche Larry Clarck a défini l’adolescence dans les années 70 d’une manière totalement différente. Je voudrais que ce rapport-là puisse jouer. Notre invité est non seulement photographe, mais cinéaste, et c’est quelqu’un qui a un véritable charisme dans la génération des moins de 25 ans dont on n’a pas idée si l’on ne les fréquente pas." Pour compléter la bande annonce, G. Mora indique que la mode et la publicité seront également visitées dans la relation à l'anonymat.