Rencontres d'Arles, More Mora

Une question revient souvent aux premiers jours de mai : irez-vous aux Rencontres d'Arles cette année ? Ceux qui vous répondent non, le font sans hésiter car ils ont une bonne raison de faire autre chose la première semaine de juillet. Comme les femmes du monde revues par Guitry, on répond rarement oui mais plutôt peut-être. Car on a toujours, vis-à-vis d'Arles, une attitude parisienne et critique, même s'il n'y a rien de mieux que de retrouver ses amis au pied de la statue de Mistral. Moi qui suis simple, je peux faire état d'une assiduité totale depuis 1990, avec juste une défaillance en 98 pour cause de Mois de la photo à Beyrouth. Mais en 2000, je savais que je n'irai pas.

Rencontres Internationales de la photographie - Arles 1999: Concert des Frantic Rollers avec Gilles Mora pour les 30èmes Rencontres d'Arles

Quand la préfecture de police de Paris a décidé d'établir des axes rouges où tout stationnement impliquerait la mise en fourrière immédiate on a crié à l'abus de pouvoir. Et puis on a trouvé que ça permettait de circuler comme jamais. Et puis on a re-stationné comme avant et ça bouchonne comme avant. Je sens que je vous perds. Longtemps, les Rencontres d'Arles se sont données des directeurs en durées indéterminées : on a connu les années Clergue, Hudelot, Hébel, Mesplé. Et puis on a dit qu'on renouvellerait le directeur artistique chaque année. C'est comme ça qu'on a eu Nuridsany en 95, Fontcuberta en 96, Caujolle en 97, Calvenzi en 98, Mora en 99. C'est ça l'axe rouge : le Directeur artistique doit viser juste et donner tout ce qu'il a dans le ventre et dans le citron en un an. Ça a donné ce qu'on a vu, un joyeux foutoir avec Nuridsany, des fantasmagories fines et un peu ennuyeuses avec Fontcuberta, toute la souffrance du monde avec Caujolle, un fourre-tout humaniste avec Calvenzi et l'an dernier la nécro-culture noir et blanc égayée de rock avec Mora. Je schématise, mais c'est comme ça, on n'a pas trop de place sur les cartes postales. Donc c'était bien, une année par gusse. Qu'on aimasse ou qu'on aimasse pas, on avait bien de la différence ! Et là, que voit-on ? Mora reconduit en 2000 et même en 2001. Le Monde du 6 juillet rapporte même qu'il aurait postulé sans référendum pour un quinquennat auprès du conseil d'administration des Rencontres. Gilles, je l'aime bien, j'ai partagé des petits bouts de chemin sur sa longue route et je donnerai dix ans de ma vie, disons deux, pour savoir faire, l'espace d'un soir, le rocker comme il le fait. Mais pas cinq ans de programmes. J'ai donc commencé par renoncer au RIP 2000, d'autant que la belle idée du thème de la Méditerranée (Beyrouth encore) annoncée pour Mora bis avait été remplacée par la panacée du "Métissage", subtilement revue en "La Photographie traversée" elle-même déclinée en "Résonances, croisements, disparitions", hommage sans doute à "Un couteau dans la photo" (Mois de la Photo 90) et à "Réels, Fictions, Virtuel" (RIP 96). Et puis l'Hôtel Saint-Trophime affichait complet. Donc j'ai dit que je n'irai pas, que je lirai Libé et Le Monde, comme on le fait d'ailleurs place du Forum.

Rencontres Internationales de la photographie - Arles 1999:
Paolo Toeschi, Maire d'Arles, et Catherine
Trautmann, Ministre de la Culture et de la
Communication dansent le rock lors du bal
populaire, place la République


Que Valéry Grancher ait fait un bras d'honneur à la foule qui n'écoutait pas son vacarme ne me gêne pas du tout, d'autant que je n'étais pas dans les gradins. Plus triste est la misère d'une provoc' qui tombe à la tapenade : à quoi sert de faire l'obscène à l'adresse du maigre public qui a supporté jusqu'à la dernière les 90 minutes d'un spectacle paraît-il insupportable ? Un événement ? Le théâtre antique en a vu d'autres et de plus mûrs. Heureusement pour notre jeune auteur en quête d'Hernani, le maire d'Arles a fini par lui décerner la palme de l'exil : à la conférence de presse finale, Toeschi déclarait Grancher indésirable aux RIP 2001, applaudi en cela par ceux qui en 95 lançaient des tomates aux invités japonais de Romain Slocombe. Notons au passage l'extraordinaire mansuétude de Michel Guerrin dans sa relation de la Bronca, la qualité des couronnes qu'il tresse à Gilles Mora, et comparons-les avec ses envolées à la Fouquier-Tinville de juillet 95 par lesquelles il achevait le même Slocombe et Nuridsany, épinglés en pornographes par France-Soir. Non, Guerrin n'est pas sectaire, tout au plus un peu partial.
La moralité de tout ça, c'est que c'est bien difficile de marquer les esprits et de retenir l'intérêt du peuple. Qu'on l'éduque ça l'emmerde, qu'on innove, il va voir ailleurs. Mora qui compare son salaire (et c'est vrai qu'il ne vole pas ses soirées) à celui d'un rugbyman de lointaine division parle d'or : mettez d'un côté toutes les querelles de RIP et de l'autre l'action de Pirès et le but de Trézéguet, vous verrez que vous ne verrez plus personne. Il a bien du mérite, Mora, à s'accrocher aux branches d'un arbre aussi sec. Quant à moi, j'aimerais bien retrouver l'envie de retourner aux Rencontres.

Hervé Le Goff , Paris, 12 juillet 2000

Rencontres d'Arles. "La Photographie traversée", Expositions jusqu'à mi-août 2000.

Michel Guerrin :Un "voyage immobile" très mouvemené (Le Monde 12 juillet 2000)
Michel Guerrin :Les Rencontres d'Arles dominées par les photographes classiques (Le Monde 6 juillet 2000)
Michel Guerrin :"Elvis Mora" le rocker de la photographie (Le Monde mercredi 5 juillet 2000)