Le projet «Reprises » est une création photographique à caractère documentaire et autobiographique. Il prend son élan dans le voyage de mes arrière-grands-parents depuis l’Italie, où ils sont nés, vers l'Argentine, pays de leur émigration. Mon idée était de suivre leurs traces, de reconstruire, à travers des images, des documents et des récits, leur itinéraire.
En huit siècles Paris a connu six enceintes successives, de celle de Philippe Auguste jusqu’au Boulevard Périphérique. Sitôt une muraille abattue il s’en est construit une autre. Le Périphérique en tant qu’ultime anneau magique va bientôt disparaître, mais le Grand Paris de demain trouvera à son tour un autre intra-muros. Le Boulevard Périphérique, sujet central et objet invisible de cette série, est un rempart de 35,5km et constitue une coupure visuelle et sonore entre Paris et ses alentours.
Habitant à la jonction de la façade atlantique et de la côte nord de l’hexagone, j’ai souhaité les réunir par ce travail. Pour celui-ci, réalisé durant les étés 2011 et 2012, je me suis intéressé aux constructions atypiques issues de la main de l’homme et de leurs implantations dans l’espace naturel.
La saison d’été n’a pas encore commencé, mais, déjà, les caravanes, les camping-cars, les voitures et leurs remorques roulent au pas sur la route qui mène à la plage de Piémanson. Ici, le 30 avril au soir, les estivants attendent fébrilement le départ d’une course singulière : à minuit pile, la plage sera ouverte à tous par les autorités. Dans l’attente des douze coups fatidiques, les enfants sont partis en bandes explorer leur futur terrain de jeu, les parents ont posé les tables pliantes sur le bas-côté pour « l’apéro ». La plupart retrouvent des amis de l’an dernier, trinquent, savourent le plaisir d’une communauté renaissante.
La série Street talkin’ nous présente des scènes urbaines qui nous sont à priori familières. Sur chaque photo s’inscrivent des mots en toutes lettres, s’imprimant sur celles-ci comme leurs noms avérés. Caution de la temporalité des lieux photographiés selon des hasards manifestes, les images de Street Talkin’ interrogent notre perception, s’insérant entre doute et reconnaissance.
En octobre 2011, je pars en Irlande du sud sur les traces de mon père disparu il y a seize ans accidentellement, alors qu'il effectuait un voyage d’une semaine avec des amis à moto. Le destin sème des signes sur la route : c’est le seul moyen de connaitre l’arbitraire, et dans la confusion des jours apparaissent les traces d’un ordre qui semble me régir mystérieusement et qui me donnera des prolongements innattendus.
“Le sujet n’a pas besoin d’être sublime pour émouvoir. L’essentiel est le regard et le temps qui lui est accordé,” nous dit Elina Brotherus. C’est bien ainsi que je vis la photographie, comme un geste de contemplation et d’affection sur le monde qui m’entoure, répété au fil des années, un regard “sentimental,” comme dirait Roland Barthes.
Paysage fantôme d’un monde déserté, vidé d’humanité : je cherche une direction. Un brouillard épais recouvre l’horizon, mon regard scrute la route et mon cœur oscille entre le rien et l’indescriptible. Une envie de partir, de fuir la société me mène sur les traces d’une périphérie abandonnée à la désespérance et au vide.
La séquence évoque un imaginaire lié à la culture nomade, et amène à une réflexion sur la recherche de liberté que l'individu revendique face à la "société de l'instant". Entre la faculté de Nanterre, la maison d'arrêt, une cité HLM et la Nationale 186, Roger des Prés s'installe et transforme des terrains délaissés en des lieux d'acceuil (Ferme du Bonheur) et de recherche sur l'homme et la terre (P.R.E. : Parc Rural Expérimental).
Mes photographies sont le résultat de nombreux repérages et déambulations en marge des villes. J’y photographie des environnements changeants : banlieues, chantiers, terrains vagues, décharges… Je relève dans ces endroits des contrastes de formes et de matières, des zones de tensions dans le paysage, des espaces qui se contaminent.