Milia deux, créatif !

Le soleil est revenu : tout semble rentrer dans l’ordre. Chacun a trouvé ses marques et se repère enfin dans ce dédale de couloirs et d’escaliers. Il y a les stands qui s’activent, et ceux plus haut et au bout qui désertent. Il y a les conférences, parfois grandes, qui emplissent et vident le Milia à la manière d’une marée (de là à s’étonner qu’il y ait des vagues, ou des bruits...). Il y a aussi les catalogues, mis à jour, dont l’index se révèle incapable de lister les presseurs de CDs ; pas plus que la base de donnée... Il y a les rencontres impromptues ; et plus de “off”. Seules quelques sociétés comme Hyptique reçoivent ailleurs et sur rendez-vous. Le business n’a pas de règles ; c’est bien ainsi.

un écran plat de 50” en 16/9 !

Ce lundi 9 février raisonnait satellite et Internet, ou encore câble : chacun y allant de son avenir meilleur pour nous arroser de contenu multimédiatique. L’avenir nous dira qui disait vrai aujourd’hui, car il faut être prudent en la matière : les prétendants à l’accès à Internet via le câble – à Paris notamment – en savent quelque chose. Il y a eu également le lancement de l’EuroPrix 98 MultiMédiaArt par la Commission Européenne DG XIII au travers du programme INFO2000 , destiné à distinguer les meilleures productions européennes commercialisables dans les catégories suivantes :

  • 1- connaissance et découverte (multilingues)
  • 2- valorisation de la culture européenne
  • 3- soutien aux PME
  • 4- amélioration de la démocratie par le multimédia
  • 5- “premiers pas” vers le multimédia.

Cette dernière catégorie inclut les jeux « spécialement destinés aux filles » ! Est-ce pour cela que le Milia 98 s’est offert un « point de vue d’ouverture » par Brenda Laurel, vice-présidente chargée du design de la société Purple Moon (USA), dont la vocation serait de « produire des programmes à la fois éducatifs et divertissants pour les jeunes filles âgées de 8 à 12 ans » (dixit le dossier de presse)? La remise des prix aura lieu à Vienne (Autriche) en décembre 98, autour des dates du Sommet du Conseil de l’Europe.

Il y a eu encore le très officiel lancement de « Scala on line », soit l’accessibilité prochaine au catalogue et à la prévisualisation du fond d’images Scala, avec rien que du beau monde comme Bob Stein (sans qui la création en multimédia ne serait rien), Xavier Roy, Philippe Guttières-Lasry (European Interactive Media Federation), Bernard Smith (DG XIII), Julien Mitelberg (Studio Grolier) et Gérard Bonnevay, président de Museums on line , qui n’est pas pour rien dans cette histoire. Tous se sont évertués à parler dans un anglais “accentué” à un parterre pourtant conquis et à majorité francophone. Mais le Milia est ainsi, et les “events” peut-être aussi.

Enfin, il y a eu le pseudo lancement de “CultureObs”, annoncé comme « le premier site web francophone, dédié à la culture, mariant richesse des contenus et qualité des services : programmes télé, cinéma, musique, livres...», sur le stand Apple, lieu du rendez-vous. Je n’y ai vu que des verres et des petits fours ! Merci quand même. Le Milia, c’est ça aussi, à l’image de la conférence de presse d’Apple où nous avons pris connaissances des nouveautés... d’il y a quelques mois (on ne leur en veut pas, la gamme G3 est superbe), excepté la présentation de l’étonnant QuickTime 3 qui autorise – entre autres – la diffusion vidéo en plein écran même, dit-on, sur des petites machines.

on ne vient pas ici en touriste
(interview de Denis Gliksman, photographe)
Sur ce même stand Apple, j’avais précédemment rencontré Denis Gliksman , photographe, qui s’est spécialisé dans les “panoramiques interactifs”, les objets “3D” et le “QuickTime VR”. Seul représentant de notre honorable profession, je n’ai pu résister à lui poser quelques questions sur les raisons de sa présence :

Denis Gliksman à son stand

    – je viens au Milia, m’a-t-il répondu, parce que c’est là où je rencontre les gens les plus motivés. C’est peut-être l’effet du prix du ticket d’entrée : le “public” ne vient pas ici en touriste. Lorsque quelqu’un s’intéresse à tes réalisations, tu ne perds pas ton temps à lui faire une démonstration. Le Milia a cette densité de gens intéressants.

    Cette année, je suis sur un endroit totalement stratégique : puisqu’il s’agit du stand QuickTime 3 (technologie Apple) sur lequel quatre à cinq démonstrateurs comme moi montrent les différents aspects de la technologie. Le fait que ce soit des personnes extérieures à Apple est d’ailleurs extrêmement intéressant ; car ils arrivent avec des contenus et que ce sont de véritables utilisateurs venus non seulement présenter des outils, mais également leurs réalisations. Pour moi c’est l’occasion de montrer le potentiel de QuickTime VR et QuickTime VR 2 (une technologie d’images “tournantes” voires panoramiques, démontrée également sur son site) maintenant augmenté par le potentiel nouveau de QuickTime 3.

– tu sembles être le seul photographe à s’exposer au Milia, comment expliques-tu cela ? Et auparavant, te considères-tu encore comme photographe?

    – je suis complètement photographe, et c’est ma vraie valeur ajoutée. Je ne cherche pas à appartenir à une normalité. Je fais des trucs comme je le sens. Il y a cinq à dix ans, j’ai senti que des choses allaient bouger. Lorsque j’ai vu mes premières images sur un écran en millions de couleurs, j’étais certain de ce qui allait se passer. Je ne savais pas quand, mais je savais qu’on allait bosser pour les tubes (image des réseaux). Pour moi, c’était donc naturel d’évoluer avec les outils ; et quand j’en ai eu assez (“marre”) de faire des diaporamas, cela m’a donné envie d’y mettre un peu d’interactivité. Je suis donc passé à Apple Media Tools (logiciel aujourd’hui suspendu), puis à d’autres outils comme le QuickTime VR. Mais pour moi, je continue toujours à penser en terme d’images.

peu importe le stylo

    C’est un peu comme lorsqu’on commence jeune photographe avec un petit appareil qu’on vous a donné. Ensuite, on achète d’autres boîtiers. Dans mon armoire, j’ai ainsi un Hasselblad, une Sinar, du Leica, du Nikon et maintenant un E2, des caméras vidéo : peu importe le stylo...

– n’as-tu pas peur de perdre l'essence même de la photographie ?

    – non. C’est même clairement ce que les gens viennent chercher. Actuellement, tout le monde peut acheter les outils que je possède. Toutes les personnes pour lesquelles je travaille les ont. Elles réalisent les parties 3D, et viennent me chercher pour la partie photo. Il n’y a pas de mystère : ce que je vois dans les images me fait trouver des solutions dans les logiciels. Simplement, plus tu connais les logiciels, plus tu trouves des solutions facilement. Plus ça va, plus je peux inventer des “trucs” avec des nouveaux outils. Je ne me pose donc pas la question de savoir si je fais de l’informatique ou pas. Ce n’est pas un problème d’outils, c’est un problème de cerveau.

c’est un problème de cerveau

– et l’angoisse du piratage ?

    – personnellement, je ne me préoccupe pas des pirates, je me préoccupe de mes clients. Plus ça va, plus je montre. Je sais que je suis “pompé” partout, mais c’est aussi pour cela que j’ai de gros clients. Il ne faut pas avoir peur de montrer que tu es le meilleur et que tu as toujours une idée en plus... Il ne faut pas être mesquin de ses idées, ni de ses envies.

– est-ce que les photographes auraient intérêt à investir le Milia ?

    – je n’en sais rien. À mon niveau, c’est intéressant d’y être dans les conditions où j’y suis. Mais je ne sais pas si j’aurais pris un stand en le payant au plein tarif et en étant dans un coin tout seul. Ce qui est clair, c’est qu’il faut faire des actions intelligentes. L’année dernière, j’étais avec un partenaire qui était Nikon. Cette année, je suis avec Apple. Je dis vraiment partenaire parce qu’eux me donnent un emplacement, et moi j’amène un contenu. L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

    Il y a deux ans, conclut Denis Gliksman, j’étais là pour Apple Europe, en train de réaliser un CD-Rom en temps réel. J’ai toujours une bonne raison d’être là ; je ne viens pas là pour voir en payant très cher.

Borderline

Borderline

Pour terminer la journée, je suis allé faire un tour du côté du “club des jeunes créateurs” (infos sur le site du Milia) . Il s’agit d’un espace bleuté où l’alibi culturel et philanthrope du Milia expose ses œuvres. La créativité y règne. L’ambiance est bon enfant ; et chacun rêve – avec plus ou moins de bonheur (car il y aurait des parrainages indirects) – d’apercevoir enfin la fée “éditrice” qui pourtant ne viendra pas ; ou tout du moins pas sous cette forme.

Depuis que le « new talent pavillon existe », on ne compte qu’un produit édité (et encore, l’auteur était déjà “dit-on” à l’époque salarié de son futur éditeur... sous toutes réserves, d’usage) : why ?
Deux projets français, décrits sur le site de leur département universitaire à Paris-8 (Saint-Denis), comportaient des photographies. Le premier, « Borderline », est une sorte de parodie analysée des jeux vidéos, avec toutefois la particularité de se dérouler sur fond de photographies aléatoires, et d’animer (prouesse technique) des personnages en images vidéo (par découpage séquentiel). Il a été co-réalisé par Laurent Hart (à droite sur la photo) et Julien Alma (plus flou dans le fond).

Borderline

Le second projet part « sur les tracks de la Big net... » et se dénomme « Dead Beat Clubbing ». Il a été conçu par Soraya Zerroug (au premier plan sur la photo) et Mickaël Batard (devant la machine), et développé également par Julien Alma. « Dead Beat Clubbing » reprend le concept du papier découpé rendu interactif par la machine (les gommettes d’antan ne sont pas si loin). Il nous promène dans un étrange univers riche de rencontres “icônigrapiques” produisant des sens et des événements dans un décor 2D sans fin, ou tout du moins sans représentation logique. La tentation fut donc grande de leur poser également quelques questions :



Soraya Zerroug & Mickaël Batard

– vous utilisez dans vos projets des photographies. À votre avis, quelle conception le multimédia se fait-il de la photographie ?

    Laurent Hart : cela dépend du type d’utilisation ; chacun se fait une utilisation particulière de la photographie. Dans Borderline, nous récupérons des images, que nous réalisons nous-mêmes pour les assembler et les détourner. Pour moi, c’est encore des photographies ; parce qu’une image d’une voiture reste une voiture. Il y a beaucoup de catalogues de photographies. Les mettre sur CD est simplement changer de support. Il n’y a pas à se poser de questions.

    Julien Alma : est-ce encore de la photographie ? Je pense que oui. Tirée sur papier, ou imprimée dans un catalogue, c’est encore une photographie. Nous l’utilisons comme un moyen réaliste d’acquisition de la réalité, pour éviter le graphisme et le dessin. Nous cherchons à faire une acquisition la plus neutre possible de la réalité, quitte à faire du collage, mais sans passer par une utilisation “personnelle” de la photographie.


Julien Alma et Laurent Hart

Pour eux, il n’y a d’ailleurs pas de différence notoire entre une image photographie et une image fixe extraite d’une vidéo.

dead beat clubbing

    Soraya Zerroug : pour moi, cela devient plus des objets à partir du moment où il est possible de les manipuler ; du moins dans le contexte où nous les avons utilisées (voir les illustrations de « dead beat clubbing »). Elles ne sont plus vraiment des photos, mais des signes, des icônes.

 

Dead beat clubbing

Dead beat clubbing

– partant du principe que la photographie revendique une position d’auteur, en tiens-tu compte ?

    – (S.Z.) oui, tout à fait.

– comment l’intègres-tu dans ton travail ?

    – (S.Z.) il y a deux solutions : soit on l’intègre dans son travail telle quelle, soit on essaie que ça ne ressemble plus à ce que c’était avant, c’est-à-dire comme la photographie a été produite au départ.

Dead beat clubbing

    Julien Alma : du moment qu’elle est éditée, une photographie devient un produit.

    Mickaël Batard : nous nous approprions ce qu’à fait l’auteur. Nous sommes également auteurs, même si nous ne faisons que découper. Quand on est dans une pratique de collage, l’image n’est plus ce qu’elle était auparavant. C’est une réappropriation, une transformation. Le signe reste le même, mais il est posé sur un autre fond : ce n’est donc plus la même photo. Je m’arrête là et je ne me pose pas trois milliards de questions pour savoir à qui elle appartient. Nous non plus nous ne sommes pas à l’abri de se faire “piquer” et redétourner ; et ça devrait marcher comme ça ; et puis voilà.

Mickaël Batard en présentation

Borderline

Soraya Zerroug : dans l’absolu, si une image n’est pas réutilisée au bout d’un certain temps, il y a arrêt : tu ne peux plus rien faire. Ce n’est qu’en réutilisant, en “remachinant”, en redécoupant ou en redétourant que l’on peut évoluer et arriver à des choses nouvelles.

Borderline

Julien Alma : tout le monde fait des photographies. Qui n’en a jamais faites ? Néanmoins, quand nous photographions nos fonds, nous avons une démarche technique (respecter un gabarit pour que nos personnages touchent le sol). Je trouve ça beaucoup plus amusant de faire des photos dans un contexte technique, dans une démarche qui permette de les réutiliser ; plutôt que comme une “création”.

À demain
.


Scala

« Riche de son catalogue de 55.000 images numérisées d’art, SCALA – leader dans le licensing d’images et membre fondateur du Milia – utilisera ce salon pour annoncer le décollage du premier site web complètement dédié aux beaux-arts, qui réunira des informations sur les événements, le merchandising d’objets et, surtout, le “licensing professionnel” (en gras dans le texte d’origine) de plus de 30.000 images d’art, pour commencer » (...)

« SCALA est partenaire de Museums-on-Line (...), site qui inclut Grolier, le Laboratoire de la Recherche des Musées de France, et le Musée Historique d’État de Moscou, entre autres » explique le dossier de la conférence.

« Riche de son catalogue de 55.000 images numérisées d’art, SCALA – leader dans le licensing d’images et membre fondateur du Milia – utilisera ce salon pour annoncer le décollage du premier site web complètement dédié aux beaux-arts, qui réunira des informations sur les événements, le merchandising d’objets et, surtout, le “licensing professionnel” (en gras dans le texte d’origine) de plus de 30.000 images d’art, pour commencer » (...)

« SCALA est partenaire de Museums-on-Line (...), site qui inclut Grolier, le Laboratoire de la Recherche des Musées de France, et le Musée Historique d’État de Moscou, entre autres » explique le dossier de la conférence.