l'envers de la guerre

folio 1 | folio 2

interview Sylvie Huet

portrait Luc Quelin

portrait de Manoocher Deghati

Manoocher Deghati, grand reporter de guerre pendant 10 ans, pour Sipa, puis l’AFP, a été «sorti» de l’actualité par une balle pendant qu’il couvrait le conflit israélo-palestinien. Immobilisé depuis à l’hôpital militaire des Invalides, l’observation méthodique des pensionnaires du lieu le met face à l’autre réalité de la guerre et il décide de les photographier. Un reportage peu commun où se côtoient l’Histoire révolue, celle des combattants de 14-18 et de la seconde guerre, en même temps que l’histoire en train de se faire, celle des casques bleus de Sarajevo, combattants sans armes d’un des derniers conflits.

Depuis quand es-tu hospitalisé aux Invalides ?

L’«accident» a eu lieu pendant le conflit israélo-palestinien ?

Tu es dans un hôpital réservé aux invalides de guerre ; un photographe reporter qui choisit d’être sur les lieux des conflits se sent-il un combattant ?

Dans quels pays en particulier t’es-tu senti une cible ?

Est-ce-qu’on t’avait menacé ?

C’était très ambigu comme situation parce que d’un côté on vous autorisait à rentrer dans le pays et une fois que vous étiez dans les lieux…

Que s’est-il passé pour toi ?

Parmi tous les pays où tu es allé, quels sont ceux où tu t’es senti le plus libre de faire ton travail ?

Pour toi, la photographie peut changer le cours de l’Histoire ?

En dehors de cet exemple très probant, quelles photos ont été assez fortes pour modifier l’opinion publique ? Parmi les tiennes plus précisément ?

L’image photographique, à l’époque, comptait peut-être plus que l’information télévisée. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Est-ce-que ce n’est pas aussi une question d’argent ? On paie un million de dollars une photo de Diana, mais ça rapporte peut-être plus qu’une photo des assassinats en Algérie ?

Est-ce-qu’Internet, alors, qui permet une circulation plus libre des images et des idées pourrait changer cet état de fait, supprimer les intermédiares ?

J’ai toujours envie de demander à un reporter de guerre s’il éprouve une fascination devant elle ?

Tu es « sorti » cette fois-ci du conflit malgré toi. Est-ce-que ton « accident » remet tes convictions en cause ?

Est-ce-que ces mois d’immobilisation forcée t’ont donné une réflexion nouvelle sur toutes ces questions ?

C’est ce sujet qui s’est offert à tes yeux ici, aux Invalides, malgré toi, plus que les mois d’hospitalisation, qui a déclenché ça ? Finalement la guerre t’a montré son envers mais ne t’a pas « eu ». Un reporter reste un reporter, où qu’il soit !

folio 1 | folio 2