Je suis fascinée par les gens hors-normes, les excentriques, les “paumés”. Bien que l’on me considère plutôt dans la norme, je m’identifie d’une certaine manière à ceux qui ne rentrent pas dans le moule de la société. Bike Kill est le dernier projet long terme que j’ai réalisé sur un gang de vélo à Brooklyn, New York: The Black Label.
Le Black Label Bike Club est un des premiers clubs de vélo “hors la loi”. Il a été créé en 1992 par Jacob Houle et Per Hanson à Minneapolis, Minnesota et a des ramifications dans plusieurs Etats des Etats-Unis. C’est l’un des principaux contributeurs de la culture des “tall bikes” et des joutes à vélo. Il est intéressant de voir cette culture destructive et rebelle tourner autour d’un objet peu dangereux: le vélo.
Je les considère comme un mélange de culture punk, grunge et hippie. Ils font partie d’une communauté indépendante en rébellion contre le système. Dans une société qui pousse à consommer, concentrée sur l’argent et la technologie, il est intéressant d’observer un groupe de jeunes y résister. Leur communauté est principalement basée sur la culture du vélo, l’art et les rapports humains. Leur devise est : « DIY » (« Do It Yourself », « Fais le toi-même »).
Cependant, avec une économie en crise, et une société poussant à suivre un certain modèle, concentrée sur l’argent, la consommation et la technologie, comment les nouvelles générations réagissent-elles? Bien qu’ils semblent autodestructifs, les Black Label sont très avertis de la situation actuelle. Comme tout le monde, ils sont capables d’aimer, de détester, et ont également leurs peurs et leurs craintes. Sur une plus grande échelle, mon but est de suivre différentes cultures underground et de documenter leurs styles de vie alternatifs. J’aimerais développer ce projet sur une échelle internationale – les difficultés (économiques, environnementales, politiques ou sociales) varieront. Je crois qu’il est possible d’étudier la situation d’un pays sans nécessairement montrer sang et misère. La tendance aujourd’hui est plutôt décourageante pour les jeunes, et j’aimerais démontrer qu’il y a des alternatives à la norme, pour créer des environnements riches, inspirants, avec l’art, la musique, les passions. J’ai cette pensée récurrente que dans le passé, les esprits créatifs et artistiques se rassemblaient régulièrement afin d’échanger; pourtant aujourd’hui, la jeunesse semble ininspirée, inintéressée, désengagée, endormie par la télévision et les ordinateurs. Lorsque je trouve une culture underground come le Black Label Bike Club, un groupe créatif, utilisant très peu de technologie, s’intéressant à une multitude de causes et résistant aux courants, cela me donne de l’espoir et pourrait encourager la jeunesse d’aujourd’hui.
“C’était mieux il y a dix ans” nous dit-on, à nous, les jeunes. Mais il ne dépend que de nous, de savoir ce que nous allons faire de notre futur.