En huit siècles Paris a connu six enceintes successives, de celle de Philippe Auguste jusqu’au Boulevard Périphérique. Sitôt une muraille abattue il s’en est construit une autre. Le Périphérique en tant qu’ultime anneau magique va bientôt disparaître, mais le Grand Paris de demain trouvera à son tour un autre intra-muros. Le Boulevard Périphérique, sujet central et objet invisible de cette série, est un rempart de 35,5km et constitue une coupure visuelle et sonore entre Paris et ses alentours.
Depuis son achèvement, le Périphérique est devenu une des structures directrices d’un paysage urbain dont le rythme de transformation est d’autant plus rapide. Un nouveau paysage se met donc en place, fait de tranchées, de viaducs et d’échangeurs, dans lequel se dégagent des nouveaux plans de vision. Pour le Grand Paris, de nombreux travaux de couverture du Boulevard ont été prévus : nouveaux espaces verts (tel que le parc Serge Gainsbourg), passerelles, petites promenades piétonnières, cités… Tout cela pour créer une continuité entre Paris et sa banlieue en essayant d’affaiblir le sens négatif de frontière.
Invisible sur les photographies, le Périphérique, en dessous ou au-dessus duquel elles ont été prises, donne deux points de vue, l’un tourné vers l’intérieur, l’autre vers l’extérieur. Et ici, le regard devient la frontière elle-même et montre l’unité et la fracture d’un paysage, d’une ville, d’une société.
La série proposée -qui rassemble une sélection des photographies réalisées au cours de la marche tout du long du Boulevard Périphérique- se veut, d’une part, témoin de l’heure actuelle d’une ville particulière et, d’autre part, reflet d’un phénomène universel de notre civilisation utopique en perpétuelles mutation et expansion.
Le travail complet est composé de 30 diptyques dont les photos sont tirées et contrecollées sans marge, à la taille de 20 x 25 cm chacune
Luca Sallusti