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RETOUR AUX SOURCES
Cal Rhodes, Heidi Bradner, Luc Quelin
Présentés par photographie.com, quatre artistes investissent les
murs du
Wasserschloß de Herten.
Le travail de Flo Lunn & Cal Rhodes naît d'une rencontre sur un
tournage de
série B à Big Sur, en Californie. Les deux acteurs, qui sont en
réalité photographe (elle) et écrivain (lui) se plaisent et repartent
ensemble. Les douze photos exposées à Herten donnent un petit
aperçu de la saga esthétique et délirante entreprise au gré des
voyages, sur des scénarios et des personnages élaborés ensemble,
retrouvés au coin d'un désert
californien, d'un building mythique de Manhattan, d'un jacusi
kitschissime de Las Vegas. Couple d'artistes associés en signature
double, Flo Lunn & Cal Rhodes se partagent les rôles, celui du
personnage comme celui du photogaphe et constituent peu à peu
l'album d'une cavale imaginaire truffée d'humour et de références,
où une composition parfaite vient parfois museler l'irrespect
d'une dérision toujours complice.
Les dix-huit photocopies de Luc Quelin sont en réalité de précaires
photocopies laser viellies d'un vernis et collées sur une toile de Jouy. Un parti
pris esthétique et pratique conçu pour l'installation au bar-restaurant
chic du onzième arondissement, le Cannibale (voir photographie.com).
Arrachées du mur et clouées sur des châssis de peintre les photos
d'acteur, d'écrivains et de modèles convoqués pour les commandes
des magazines s'alignent à Herten en une curieuse galerie de portraits,
plus proches des petits délires formels qui traversent régulièrement
Quelin que des toiles d'ancêtres qu'on s'attend à trouver dans
un beau château de Westphalie.
Plus grave, la série de Heidi Bradner "Fantômes de guerre" accompagne sans parti pris les soldats russes
au cours de l'offensive de l'hiver 96 en Tchétchénie. Etablie
à Moscou depuis 1991, Heidi Bradner partage son temps entre l'Europe
de l'Est, les pays baltes, les républiques d'Asie centrale.
Qu'elle se nomme Tchernobyl ou Grosny, la tragédie prend avec
le noir et blanc de Heidi Bradner une profondeur d'autant plus
grande qu'elle s'éxonère de la violence. Si ces fantômes reviennent
de quelque part, c'est d'un enfer qu'on ne voit pas. Les jambes
perdues d'une petite orpheline assise sur un lit de fer, un joujou
dans les mains, le regard blême des jeunes soldats qui ne savent
plus pour quelle cause on leur demande de mourir, le chagrin des
femmes en disent beaucoup plus long sur les horreurs de la guerre.
Les survivants ménagent moins la conscience que les morts.
Hervé Le Goff
ZZH, Conrad Adenauersraße. |
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