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Les Rencontres d
Rencontres de la Photographie Arles 2006 / Bilan et perspectives / Rencontre avec François Hébel / Évolution
Pour toi ce n’est pas 5 ans mais un CDI 

Avant de m’embaucher, François barré a dit qu’il prenait quelqu’un pour 5 ans. Lorsqu’il m’a embauché, il m’a donc proposé un contrat de cinq ans, je lui ai dit que l’on était en France et qu’il y avait des lois, soit un CDI soit le CDD, j’ai quatre enfants et je ne plaisante pas avec cela. Il m’a tout de suite dit : « oui il n’y a pas de problème » Je lui ai dit que de toute façon lorsque je m’ennuyais, je partais. Il y avait donc pas de crainte de ce côté-là, s’il y avait un ennui réciproque, je ferai mes bagages et je m’en irai. 
Tu as annoncé un changement d’approche 

Pas un changement, mais on a fait à l’arrache cinq années, en marche forcée, avec des équipes qui ont eu la générosité de travailler dans des conditions inacceptables n’importe où ailleurs. Je pense qu’il faut recadrer le projet, et de profiter de ces années qui se sont bien passées globalement, pour affirmer auprès de nos tutelles publiques, parce que le privé fait ce qu’il veut, mais c’est le public qui peut quelque chose. On ne peut pas continuer à travailler dans des conditions de travail aussi raides et avec des lieux qui ont autant défaut. Donc, je voudrais arriver à mettre un plan, à moyen terme, on ne peut pas tout résoudre en un an. Je voudrais négocier avec l’État, avec la région, le département et la ville un plan d’amélioration et de développement des Rencontres, qui soit planifié. Je ne disais pas autre chose que ce que je fais, je le dis depuis 93. En 93, les Rencontres ont commencé à décliner. On m’a demandé une étude, je l’ai faite, j’ai fait la même chose 10 ans après, sauf que personne ne me croyait et me disait que j’étais farfelu et que je n’allais pas y arriver. On me disait qu’il n’y avait pas assez d’argent, que je ne le trouverais pas. Il y a un certain crédit sur la capacité de faire des choses avec cette équipe. Ce que je voudrais, c’est de définir à moyen terme ce vers quoi l’on évolue, et que l’on nous prenne au sérieux. Je voudrais que l’on arrête de dire François, c’est un magicien, il sait trouver de l’argent, il se débrouillera. Le problème, c’est d’avoir des lieux qui soient pérennes, qui soient sérieux, solides. Je veux garder un côté forain, dans des lieux alternatifs parce que c’est cela aussi que les autres ne font pas. Nulle part au monde, on ne fait des décors d’expos comme on n’en fait, dans des lieux, avec la qualité que l’on a, qui vont du Xe siècle au XIXe siècle. Cela n’existe pas, il n’y a pas de comparaison. Rio Branco me disait l’année dernière que c’était la meilleure expo qu’il avait faite et qu’il ne savait pas, s’il en ferait une autre aussi bien. C’est bien sûr lié aux lieux. 

Pareil pour Issermann avec son totem dans la Chapelle des Frères Prêcheurs. Sophie Riestelhueber m’a fait exactement la même réflexion alors qu’elle venait à Arles à reculons, elle ne voulait pas, elle avait horreur d’Arles. Elle me disait : « je ne veux pas venir, je ne veux pas servir par rapport à Raymond, je veux être invitée pour un projet à moi. Elle m’a dit que c’était la meilleure expo qu’elle avait faite. Cela ne s’invente pas, c’est parce que nous avons une nature de lieu, c’est bien de garder des lieux alternatifs. Mais je veux pouvoir, s’il y a une expo de Diane Arbus à qui se présente, de dire qu’Arles doit la présenter. Il n’y a pas de raison que les grandes productions de thétre, ou les grandes productions d’opéra soient faites à Aix ou à Avignon, et que nous ne puissions pas faire des grandes productions d’expositions photographiques. Il y a un truc qui ne va pas, ça n’est même pas une question de budget, c’est une question de lieu. Je voudrais mettre un cadre car si l’on a développé les portfolios review avec lesquels nous avons fait un test cette année - le test est probant - il faut qu’on affine le système. Je ne veux pas tomber dans la facilité de certains, simplement, asseoir des gens en face de photographes qui connaissent la photo, qui ont une approche critique. Je veux que l’on soit très rigoureux, que l’on communique là-dessus, c’est ce que l’on a l’ambition de faire. Cela mérite d’être défini d’être mis en place après 5 ans à marche forcée. Je pense que l’on devrait faire des stages toute l’année. Il y a aux États-Unis des lieux de stage et qui fonctionne toute l’année.  

Cela fait cinq ans que je l’ai dit, maintenant il faut le faire ou ne pas le faire. Il faut décider si l’on passe à cette vitesse-là ou si l’on arrête cette ambition. Je souhaiterais que l’on passe en revue le programme de développement - ou de non-développement - pour ces cinq prochaines années. Si l’on décide que l’on est beaucoup trop gros, que l’on passe à 30 expositions, cela me va. Regarde comme les prix ont évolué, lorsqu’on a commencé, il y avait 7 prix, on ne les exposait pas, on faisait une soirée remise de prix. Maintenant, nous avons cinq prix, nous les exposons, et cela est une partie énorme de festival et très importante. Je souhaiterais que l’on fasse une expo bilan des prix. Il y a cinq ans, il y avait un palmarès des prix qui étaient fantastiques. Thomas Mailaender, on l’a exposé, avant que New-York ne l’expose au MOMA. Barry Friedlander, nous l’avons exposé. Galasi était là, il avait acheté deux photos de Friedlander. Il ne pensait pas faire expo, il a vu l’expo ici l’année dernière, il a décidé de faire une expo l’année prochaine en la voyant à Arles. C’est génial. Il y a un bilan maintenant, et je que l’on construise sur ce bilan, un projet affiné. Je n’ai jamais fait autrement, je suis un agité. À Magnum, tous les trois ans, il fallait que l’on réorganise les équipes, on organise le service, on déménage, on a déménagé en cinq ans, trois fois. C’est nécessaire, sinon tu t’endors sur une sorte de succès. Cette année, on pourrait dire O.K., chaque année on invite un grand nom de la photo, ça va marcher comme du petit-lait. Cela ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse c’est d’affiner la structure, de s’adapter. Le monde évolue, nous aussi. Le regard des sponsors vis-à-vis de nous évolue. Il faut qu’on affine la proposition, tout en restant, j’y tiens et je le répète, parce que je pense que cela n’a pas été assez dit, tout en restant un lieu qui n’a aucun projet lucratif, c’est très important parce que c’est notre liberté dans la programmation. Paris Photo est un truc génial, Perpignan est un truc génial, mais tous sont des marchés ou bien à but lucratif ou bien les deux. Perpignan est une entreprise qui appartient à Hachette à 70 %, et Hachette n’a pas l’habitude de perdre de l’argent, sauf avec Gamma, mais ils sont en train de se débrouiller pour le faire sortir du groupe, bientôt. 
Pourquoi ne pas avoir un directeur artistique invité chaque année, parce qu’il y a une meilleure identification ? Peu se souviennent du festival entre Parr et Depardon. 

Ce n’est pas vrai, je pense qu’on se souvient de l’exposition de Miguel Rio Branco, de Barry Friedlander. Le piège d’avoir une star comme Depardon ou Martin, c’est que cela vampirisme l’action des photographes. Regarde le nombre de papiers qui existent sur les expositions elles-mêmes. Il faut faire attention à cela. C’est le danger, il faut faire très attention à ces trucs-là. Je ne crois pas aux évidences, je crois aux nuances, aux détails. Il faut faire très attention à ce que l’on fait. Cela mérite chaque année d’être vachement analysé. C’est pour cela, que la recette de se dire : chaque année on aura un directeur artistique, pour moi, c’est la facilité. C’est aussi un écran, on ne s’expose pas, on expose quelqu’un d’autre à sa place. Parce que finalement, dans le programme de Depardon, il y a un tricotage entre les choses que l’on a proposées, qu’il a faîtes. C’est normal, ce n’est pas son métier. Hop, c’est Depardon en façade. Il y a plein d’expos, et ce n’est pas mon rôle de dire lesquelles, que j’ai mises sur sa route, il y a des noms de compagnons que j’ai mis sur sa liste. C’est lui, c’est son programme, c’est son identité, les regroupements, on en a énormément parlé ensemble. Au départ c’était autre chose, c’était l’Afrique, la couleur. En le faisant parler, je lui dis mais Raymond, ce n’est pas plutôt ça que ça ? La facilité serait de se dire : « nous avons une star chaque année », mais maintenant, il y a quantité de gens talentueux, quand je l’ai montré les Russes avec Olga Slibova,, c’était une sélection formidable, la Chine aussi. Les Russes étaient en face de Martin Par. Il détestait. J’ai dit à Olga je voudrais que tu me montres juste des russes excessifs. Nous avons fait la liste ensemble, après elle a monté l’expo. C’est ça mon boulot de directeur artistique, si tu veux, arriver à faire qu’il n’y aie pas une proposition dans Arles, mais différents points de vue. Martin Parr détestait les Russes, pour lui cela le polluait ! Moi je trouve ça intéressant d’avoir deux points de vue parallèles. 
photographie.com : 2006-08-09

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