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Définissons
donc clairement le propos ici développé :
nous allons parler de la photographie de reportage.
" Psychophotographie "
Un aspect me semble
assez peu pris en compte dans les discussions ayant rapport
au droit à limage : cest la dimension
psychologique. Cette dernière nous renvoie à lessence
de la photographie comme mode de représentation du réel.
Car enfin, quel malentendu historique que de croire la photographie
toujours fidèle à la réalité, alors
quelle nen rend la plupart du temps quune
facette réductrice et trompeuse. La photographie utilise
comme matériau le réel comme le sculpteur utilise
la glaise. Mais les mythes ont la peau dure et les habitudes
aussi. Il aura fallu que pendant plus dun siècle
( et cela continue) on utilisât la photographie à
des fins documentaires, pour répondre à des nécessités
mécaniques et fonctionnelles (la presse ; lédition)
pour sapercevoir et encore grâce à lemergeance
de nouveaux mediums (vidéo) que la photographie nest
décidément pas le moyen le plus adapté,
car trop peu fiable, à la représentation du réel.
Las ! Cette idée est encore trop enracinée
dans linconscient populaire et dans les habitudes pour
être changée.
Les gens, puisquil
sagit deux, les plaignants, ceux qui intentent des
procès à des photographes sont pour lessentiel,
on le sait aujourdhui, motivés par lappât
du gain. En revanche, la réaction souvent brutale (et
traumatisante) que chaque photographe a connu au moins une fois
dans sa vie, est, je crois révélatrice de la violence
à peine voilée que représente lacte
de viser et de tirer
le portrait de quelquun " sur
le vif. " La " victime " ressent
une forme dimpuissance à contrôler son image
(trop tard !) Du coup, la réaction, spontanément
se place au même niveau que " lattaque "
et la réaction est souvent virulente. Le photographe
est toujours surpris ( je lai été de nombreuses
fois) mais il ne mesure pas bien cette violence car elle est
contenue dans lacte même et non dans sa démarche,
généralement bienveillante. Pour preuve, il est
amusant de constater la différence de réaction
de gens devant une caméra de TV et devant lobjectif
dun photographe : la TV induit des comportements
qui sont presque à lopposé, les gens se
livrant souvent involontairement à de lexhibitionnisme.
Devant une caméra il est possible de contrôler(
on se limagine
) son image. Devant un appareil photo,
en 1/125 eme de seconde
on est mort. Toute la différence
est là.
De tous temps il
a donc été difficile de photographier les gens
dans la rue. Cartier-Bresson disait : " On
ne fouette pas leau avant de pécher ",
il avait ses trucs pour passer inaperçu, Robert Doisneau
refaisait jouer souvent une scène, Raymond Depardon avoue
voler " à la dérobée "
et en faisant volte-face ses instantanés, Guy Le Querrec
amuse la galerie et finit par se faire oublier
à
chacun sa méthode. Reste que devant une photo publiée
sans autorisation l avocat moyen se régale, car
la différence énorme est quaujourdhui
la société sest judiciarisée à
outrance.
Théorie
de lévolution
Lirruption
tardive dans le siècle de moyens souples et efficaces
denregistrement de la réalité, permettra-elle
à la photographie de sémanciper du fardeau
de représentation du réel que lui avait confié
sa grande sur la peinture ?
(Et où cette
dernière sest-elle donc aventurée ce faisant ?
.)
Les temps changent,
la photographie néchappe pas à la règle.
Le photojournalisme tel quon la connu jusqualors
est mort et il na existé que parsquil a su
répondre, faute de mieux aux nécessités
de la presse écrite : Capa photographiait la guerre
dEspagne et soudain laction des combats, la guerre
dans ce quelle a de plus cruel était diffusé
par voie de presse. En 1936, il ny avait aucune équipe
de TV sur place et la démarche dinformation dun
photographe comme Capa prenait tout son sens. Aujourdhui
le moindre événement donne lieu à un reportage
télévisé qui à limage ajoute
le son, le commentaire, la rétro, les interview
De nos jours les
productions photojournalistiques ont principalement une fonction
illustrative dans les journaux. Il est extrêmement rare
quun reportage soit utilisé de manière satisfaisante
du point de vue journalistique. Les photos, au mieux, viennent
confirmer des propos rédactionnels et au pire casser
le " gris " du texte en faisant des tâches
colorées. Aucune autonomie nest concédée
à la photographie qui doit donc se plier à lexpression
écrite. Il va sans dire que je parle ici de la grande
presse dinformation, quotidienne et hebdomadaire.
Journalistes-auteurs ?
Il est aujourdhui
pourtant toute une école de photographes qui défendent
une conception autre du photo-journalisme, qui prétendent
et revendiquent une démarche dauteur, alternative
à celle de la vieille école qui tombe faute despace,
en désuétude. Ces derniers expliquent sans ciller
quils proposent une interprétation personnelle
de la réalité (leur réalité), fonction
de leur état d esprit, de leur culture, et
expliquent que de toute manière tout est subjectif, quil
ne saurait y avoir dobjectivité, tout regard étant
par essence orienté
Tout irait pour
le mieux dans le meilleur des mondes si ces photographes ne
revendiquaient pas également le statut de journaliste,
car sil est une profession en proie au doute et cela de
façon chronique et revendiquée, cest bien
celle de journaliste. Le doute est le fondement de la raison
disait notre bon vieux Descartes, et un journaliste se doit
de douter de tout ce quil entend voit et même comprend.
Une information sera vérifiée à laune
de plusieurs sources, de multiples précautions rédactionnelles
employées. Le photographe échapperait-il à
cette règle fondamentale du contrat passé avec
le citoyen qui achète le journal ? car le citoyen
lui achète linformation. Non bien sûr, et
cest pour cela que je suis très circonspect en
ce qui concerne cette démarche pourtant très moderne
et " tendance ". Mais Guy Debord navait-il
pas déjà décrit tout cela dans sa " société
du spectacle " ?
Et
demain ?
La photographie
recèle des richesses extrardinaires pour lssentiel
dailleurs déjà en exploitation et cela depuis
fort longtemps, un potentiel poétique notamment, dont
de nombreux photographes qui sinscrivent dans une démarche
dauteur et qui ne publient pas dans la presse, se font
les promoteurs. Malheureusement les supports manquent pour linstant
car la poésie, chacun le sait, ne fait pas vendre. Les
nouveaux supports comme internet sont féconds, lédition
photographique devrait pouvoir sen tirer également
assez bien si elle ne tombe pas dans le travers de revisiter
sempiternellement lhistoire de la photographie et si elle
se tourne un peu plus vers les jeunes auteurs.
Vincent Migeat
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