En photographie, la part de l'histoire, de la mémoire et du mythe est incontournable. La stature d'une marque se bâti petit à petit. Il y a les aristocrates (Leica, Zeiss-Contax, Hasselblad…), les nouveaux "conquistador" (Fuji, Canon…) et ceux qui doivent concilier la modernité et la tradition, tel Nikon. Comment satisfaire les fans de numérique et conserver sa clientèle traditionnelle ? Comment être compétitif sans perdre son âme ?
Pour Nikon, ces questions là sont cruciales…

• Deux philosophies •

Malgré la notoriété de son nom, Nikon n'est pas un géant industriel à l'échelle du Japon. Rien à voir avec Canon par exemple au niveau de la surface financière. Mais Nikon a su prendre le virage numérique au bon moment et devenir un des acteurs majeurs de cette nouvelle technologie.
Les appareils de prise de vue, les Coolpix et les scanners-film, les Coolscan ont acquis une très belle renommée, tout à fait justifiée.
Parallèlement Nikon a été la première marque à décliner en version numérique un de ses reflex argentiques. Ainsi le D1 qui est bâti sur une carcasse de F5 a connu un franc succés, tant commercial que technologique. Aujourd'hui son capteur CCD de 2,7 millions de pixels apparaît un peu juste en regard des 4 millions d'un Olympus E-10 par exemple, ou même d'un Coolpix 990 qui atteint les 3,3 millions de pixels.
On attendait donc pour 2001 une évolution du D1 et la prochaine PMA d'Orlando (Floride) va effectivement être l'occasion de découvrir deux nouvelles version du D1, l'une destinée aux photoreporters et l'autre aux photographes de studio.

flash mixte SB 50DX

Jusque là rien que de très normal, mais quand en plus on a appris que Nikon ressort un reflex mécanique non-autofocus appelé FM3A pour venir remplacer le fameux FM2, on se dit que Nikon a décidé d’assumer sa double nature technologique/historique. Et cela nous fait bien plaisir d’autant que cette dualité se retrouve aussi dans les autres nouveautés du mois : trois scanners Coolscan, un flash mixte nommé SB 50DX et trois objectifs : 28-80mm gamme G, 300mm f:2,8 gamme AFS et un 45mm f:2,8 gamme "revival".
On va voir tout cela dans le détail…

 


• D1H et D1 X •

Les attentes des photographes pros sont trés diverses, selon que l’on fasse de la photo d’action ou du studio.
Nikon a donc décidé de décliner son D1 dans deux versions "dédiées":
-
le D1H pour shooter vite
- le D1X pour shooter "finement".
D'emblée signalons que la coque de ces deux nouveaux D1 est la même, tout comme l'ergonomie et les différents fonctions.
C'est au niveau du "cerveau" du boîtier que les choses vont diverger. Même la taille physique du capteur va rester la même conversion de focale (environ x1,5) devra donc être effectuée.

Nikon DH1

Dans le détail, le D1H conserve le capteur CCD 23,7 x 15,6 mm pour 2 740 000 pixels. avec une mémoire tampon grandement augmentée. Grâce à cette mémoire interne, le photographe de sport va pouvoir réaliser des séquences de 40 vues à la cadence de 5 images par seconde. Soit plus qu’avec un film 36 poses !
Rappelons qu'en numérique lors d'une prise de vue en rafale, le boîtier n'a pas le temps de transférer les données vers le support d'enregistrement. La capacité de la rafale (en gardant une bonne résolution d'image) est donc directement dépendante de cette mémoire interne tampon. Nikon fait donc le pari que les photographes de sport se contenteront d'un capteur 2,7 M si en échange de cette résolution ils peuvent déclencher vite pendant suffisament longtemps. Le pari est loin d'être bête, vu les problèmes actuels de transmission des images numériques. Un fichier de 20 MO serait beaucoup trop lourd pour les reporters d'actualité.

Nikon D1X

Passons maintenant à la version "X" où cette fois, la résolution atteint les 5,4 Mégapixels. Nikon insiste même sur le fait qu’il y a bien 3008 x 1960 pixels en sortie à partir d’une matrice de 4024 x 1324 photosites. En pratique, il n'y a pas interpolation, ni "vrais-faux pixels" comme avec le Super-CCD mais un redimensionnement des résolutions horizontale (qui est rognée) et verticale (qui est doublée). Et bien sûr comme la taille du capteur est restée la même, les pixels sont "plus petits" et donc moins sensibles. Résultat le D1X affichera une échelle de sensibilité de 125-800 iso contre 200/1600 ISo pour le D1 et le D1H. Quant au poids de l'image en mode RVB brut, le fichier issu d’un D1X fera 18 Mo.
De quoi envisager d'excellentes pleines-pages, voire quelques doubles pages… Pour plus de détails, reportez-vous aux fiches techniques jointes. Dernière inconnue : le prix de ces deux nouveaux boîtiers. Le D1X sera certainement le plus cher (plus de 50 000 F sans doute), le D1H pourrait être dans la tranche 45 000/50 000 F tandis que le " bon vieux D1 " continuera d'exister, comme un entrée de gamme ! Mais malheureusement son prix ne devrait pas vraiment baisser, le capteur CCD embarqué restant toujours aussi onéreux…

• A l'opposé des D : le FM3a •

Tous les photographes ont un jour ou l'autre touché un Nikon FM2.

Nikon FM3a

Ce reflex qui allait fêter ses 20 ans est un semi-auto, non AF, métallique et ultra traditionnel. Son successeur possédera en plus un automatisme à priorité vitesse, une TTL au flash et un codage DX.

La construction sera toujours du même (solide) acabit et malheureusement la visée ne devrait pas être beaucoup plus claire (même dégagement oculaire à 14mm, loin des 20mm requis pour les viseurs HP). En revanche bonne nouvelle, grâce à une mécanique hybride, le FM3A pourra fonctionner sans pile et sans cellule à toutes les vitesses, jusqu'au 1/4000s.
La synchro-X est elle calé au 1/250s. Bref, un produit sans surprise qui aurait du s'appeler logiquement le FE3 (un FM en version auto) mais les hommes du marketing ont visiblement préféré surfer sur la notoriété actuelle du FM2.
Son prix devrait flirter avec les 6000 F boîtier nu…

• Trois Nikkor très différents •

28-80 f:3.3-5.6 G

En matière d'objectifs, comme de boîtiers, Nikon manie le paradoxe et le mélange des genres. En effet, le nouveau 28-80mm f:3,3-5,6 G est un premier prix allégé, où la bague des diaphs a disparu. Destiné aux appareils pour débutant, ce zoom n'a qu'une raison commerciale : permettre au kit Nikon F65+28-80mm de descendre de 200 F.

300mm f:2.8 AFS

A l'opposé extrème, Nikon ressort son 300mm f:2,8 AFS en l'allégeant de 540g. Mais cette fois, il ne s'agit pas de réaliser des économies (le prix sera de toute façon très élevée pour ce télé) mais de trouver des nouveaux matériaux (notamment en alliage de magnésium) pour rendre moins penible le transport de ces objectifs "pros". Ce 300mm f:2,8 sera évidemment au top-niveau de la technologie et pèsera 2560g.

45mm f:2.8 extra-plat

Troisième nouveauté et troisième famille d'objectif : le "revival". En effet pour accompagner la sortie du FM3A, Nikon ressort son 45mm f:2,8 extra-plat (sans sa came pour la distance au flash). En finition Silver uniquement, ce caillou de luxe reprend la formule optique du célèbre Tessar.
Mais cette tradition ne le privera pas du microprocesseur destiné à assurer la compatibilité avec les reflex modernes : F5, F100, F80, F65 et bien sûr FM3a. Et même les différents D1.
Un objectif que les purs Nikonistes devraient vite s'arracher, sauf si son prix est délirant…

• Trois scanners-film •

Le fameux Coolscan LS-2000 va disparaître mais ses descendants semblent extrémement séduisants. On glissera vite sur le LS-40 qui est un classique 2800 dpi avec cette fois un port USB (prix possible : 8000 F environ).

scanner LS4000

En revanche, l'arrivée de deux Coolscan 4000 dpi fait la Une. D'ailleurs ils se nomment tous deux Super Coolscan ED (ce suffixe signifie que leur objectif respectif intègre des verres ED à faible dispersion). Tous les deux posséderont une interface de type Firewire (IEEE 1394), une dynamique de densité de 4,2 et un nouveau pilote Nikon Scan 3.0 (que l'on espère plus convivial et moins complexe que Nikon Scan 2.0). On retrouvera aussi les trois technologies ICE (Clean Image), ROC (restitution des couleurs, gestion sous et sur-exposition) et GEM (atténuation du grain).
Le premier de ces deux Super Coolscans se cantonnera aux formats APS et 24x36. Il se nomme le LS 4000 ED (prix possible aux alentours de 14 000/15 000 F).
Le second, le LS8000 ED atteindra le format 6x9 cm (et donc l'essentiel des films issus de moyen-format). On devrait le voir sur les rayons dans la tranche des scanners à 30 000 F.
Une belle triade pour ceux qui continuent à penser qu’il vaut mieux scanner un bon original argentique que shooter sur une carte mémoire…
Et comment leur donner tort ?

JCB