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A l'appel de Perpignan, cette profession,
menacée de censure, ou pire, de silence, s'est levée
d'un bond. C'était une armée paisible, mobilisée
en quelques mots et quelques heures. Le combat continue. Merci
de le poursuivre.
Si Madame Guigou a peu, ou pas reculé,
on peut constater récemment une tendance à un
exercice plus pondéré de la justice. En effet,
si nous prenons l'exemple des images publiées dans Match
d'une photo de l'accident du Pic de Bure, les 2 frères
de deux des victimes avaient porté plainte, expliquant
avoir été victimes de violences du fait du choc
procuré par la vision de cette image. Réponse
du Tribunal Correctionnel de paris qui me poursuivait en tant
que Directeur de la Publication : "Le délit de violence
ne peut pas être utilisé pour punir la publication
d'une photo qui n'était pas destinée à
blesser les familles mais à présenter à
un large public un cliché jugé particulièrement
spectaculaire". Le Tribunal a suivi ces arguments développés
par le Parquet à l'audience du 9 février, qui
expliquait que "la violence n'était punissable que
lorsqu'elle était commise intentionnellement, dans le
but d'atteindre une victime déterminée" .
Le tribunal note que "le comportement de Monsieur Thérond
relève d'un débat d'ordre éthique sur les
pratiques du photojournalisme". Je me réjouis que
la justice renvoie la balle dans notre camp. Nous nous employons,
non pas à réglementer, mais à mettre en
forme les exigences de notre métier. Le groupe Hachette-Filipacchi
Médias a rédigé une charte de déontologie
de ses journalistes qu'ils amendent selon leurs souhaits et
à laquelle ils donnent leur adhésion. Elle est
longue de 10 pages. En voici le préambule. Notre présente
charte s'engage :
- à garantir cette liberté
fondamentale qu'est la liberté de la presse.
- à combattre les pressions,
les menaces et les restrictions, quelles que soient leurs origines,
qui tendent à limiter la recherche et la libre diffusion
des informations
- à défendre les principes
de la liberté du journalisme contre l'arbitraire des
décisions judiciaires, la rigidité de l'interprétation
des lois, les dérives judiciaires ou policières.
Nous avons donc, pour notre part, décidé
de créer notre propre charte. Il en existe déjà
dans certaines publications françaises. Ces engagements
et ces positions de principe devraient être suivis par
l'ensemble des éditeurs et de leurs journalistes.
Les recommandations européennes
notamment l'article 10 de la Convention Européenne
des Droits de l'Homme sur la liberté d'expression
doivent nous servir de bouclier contre certaines dispositions
hexagonales qui ont bafoué, par exemple, le principe
de "la protection des sources". Ce dernier est considéré
par les juges européens comme "l'une des pierres angulaires
de la liberté de la presse". L'Europe des Quinze rappelle
à l'ordre nos propres gouvernants.
Nos tribunaux commencent, semble-t-il,
à comprendre à quels abus ils se trouvent confrontés
: plaignants qui feignent d'être victimes dans le but
d'obtenir des dédommagements immérités.
Pardonnez-moi d'être ici sorti
du périmètre qu'impose ce débat qui met
le projecteur, à très juste titre, sur le droit
à l'image. Mais il s'agit bien de la même lutte
: le citoyen veut, et doit être informé. Clairement,
honnêtement, par l'image et le texte. Notre devoir est
d'être à son service.
R.T.
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