Adam Biro – entretien avec Photographie.com - 19h00

Hongrois d’origine, cet éditeur de livres d’art a d’abord travaillé chez Flammarion, avant de monter sa propre maison d’édition il y a déjà quinze ans. Aujourd’hui, le catalogue des éditions Adam Biro, comprend plus de deux cent quatre-vingt dix titres.
C’est de cette époque que date le début du Mai du livre d’art; il s’agissait de vendre des livres d’art à une autre période de l’année que Noël. Nous étions alors trois, et aujourd’hui encore cette opération existe. Toutefois, elle tendait à s’essouffler depuis ces dernières années, avec une disparition progressive des éditeurs d’art participant à l’opération. Il a donc fallu penser à renouveler l’événement, à le faire renaître. Nous avons alors rapidement pensé à une manifestation telle que le Festival de la BD à Angoulème. Nous avons donc cherché une ville qui nous soutiendrait dans un tel projet, et Nantes a répondu avec un grand enthousiasme.
Et nous sommes a priori très satisfaits, puisque dès le premier jour de cette première édition, le public a répondu en grand nombre.
La scénographie de la librairie est vraiment très bien réalisée, très originale. Elle a été faite par les étudiants des Beaux-Arts de Nantes. Je suis curieux de savoir ce qu’ils vont faire l’année prochaine.
Je suis toutefois un peu déçu, parce que je souhaitais présenter mon nouveau livre, qui va sortir très bientôt : " Il tempi di Roma ". Il s’agit d’un livre réalisé en trois langues (français, anglais et italien), avec dix photographes (J.Koudelka, H.Gruyaert, K.Tahara, G.Basilico, S. Couturier,…). Ces dix artistes ont été envoyés à Rome pour photographier l’empreinte du temps sur la ville ; mélangeant ainsi le passé et le présent. Henri Cartier-Bresson en a écrit la préface avec un texte très triste (la photographie, c’est la mort…). J’ai proposé de présenter le livre ici, avec une exposition et un forum sur le thème du temps et de la photographie.
La réalisation de ce livre m’a beaucoup plu parce que c’était une commande de la ville de Rome, qui va organiser bientôt une grande exposition avec les photographies du projet.
Je n’explique pas bien pourquoi je ne publie que très peu de livres de photographie. Pourtant, au cours de ma vie, j’ai rencontré de très grands photographes ; je m’entendais très bien avec Man Ray, Kertesz, avec Cartier-bresson aussi un peu,…Pourtant je n’ai jamais travaillé avec eux, sauf Man Ray, mais pour un livre de peinture.
Le livre de photographie n’est pas un " produit " commercial très rentable. Mon seul réel succès en édition de photographie, a été récemment avec " La Nouvelle Histoire de la photographie ".
Aujourd’hui encore, j’ai d’autres projets en matière de photographie. Je réfléchis en ce moment à la réalisation d’un livre avec Stéphane Couturier, mais il n’y a rien de fait encore. Nous sommes une petite maison d’édition et je ne veux pas non plus perdre de l’argent.

 

Adam Biro – conférence avec Bernard Martin 15h

L’intérêt principal du livre d’art : il vous donne à voir ; il vous explique. C’est différent d’un livre d’images ; le texte, les mots sont très importants dans la compréhension des œuvres présentées. Il y a un mariage mystique et mystérieux entre le texte, l’image, le contenu et ce que l’on donne à voir. L’éditeur est alors le chef d’orchestre de toute une équipe. L’édition d’art est un travail très complet. Il y a une polyphonie permanente, parce qu’il y a des rencontres avec de nombreux intervenants. En revanche, en matière d’édition littéraire, il s’agit d’avantage d’un dialogue.
" Je suis indécis, j’hésite beaucoup et je suis très influençable ".
Adam Biro ne publie que des artistes dont il apprécie le travail.
Il édite peu de livres de photographie et d’architecture, parce que c’est ce qui est le moins intéressant commercialement. Pour avoir plus de succès auprès du grand public français, il faut faire des livres sur la peinture impressionniste ou sur la Renaissance, des sujets bien paisibles qui ne soulèvent aucun questionnement. En France, le public est très conservateur.
A chaque nouvelle édition, il faut donc chercher des partenaires.
Il est pourtant clair que les artistes contemporains ont un grand besoin d’éditer des livres.
Le livre est un vecteur magique, dans lequel il y a quelque chose d’indéfinissable.

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