Alexandre Parrot et l'univers caché des gouttes d'eau

Interview

Exposées jusqu'au 25 février à la Galerie Photo Fnac Montparnasse, les photographies du jeune photographe Alexandre Parrot ont la fraîcheur et l'authenticité d'un document intime. Photographe autodidacte, lauréat des ZOOMS 2011 du Salon de la Photo, ainsi que du Prix Eurazeo, Alexandre Parrot s'exprime sur sa relation avec le monde des "petites choses", et sur sa vision très personnelle de la photographie.  

Photographie.com : Vous êtes un jeune photographe de 25 ans… Quand et comment avez-vous décidé de devenir photographe ?

Passionné depuis toujours par le monde de l’image, j’ai commencé avec la peinture et le dessin. Il y a une dizaine d’années, un grave accident m’a rendu la position assise très pénible ; paradoxalement, bouger et marcher étaient plus confortables pour moi.

J’ai emporté naturellement un appareil photo lors de mes balades, afin de continuer à faire des images malgré tout. Cela est vite devenu une habitude, puis une passion dont j’essaie de vivre aujourd’hui.

Les volets troués © Alexandre Parrot

Photographie.com : Poétiques et mystérieuses, vos photos semblent constituer les pages d’un journal intime. Comment décririez-vous votre univers artistique?

Je photographie tout ce qui me raconte une histoire. Il n’y a pas de thématique particulière, plutôt un regard sur le monde : j’essaie d’aller à l’essentiel, d’épurer, et surtout de photographier de façon presque « naïve », comme si je voyais mes sujets pour la première fois.

Les pétouilles © Alexandre Parrot

Photographie.com : Vous vous passionnez, comme le nom de l’une de vos séries l’indique, pour les « petites choses », que vous photographiez avec beaucoup de générosité. Quelle est la source de cet amour ? Est-ce une philosophie de vie ?

Il ne s’agit pas d’une philosophie, c’est tout simplement comme cela que je vois le monde, sans trop savoir pourquoi. Il s'agit peut-être d'une légère forme « d’autisme » : j’ai du mal à appréhender une situation dans sa globalité sans passer d’abord par l’observation de milliers de détails.

Je transpose naturellement cela en photographie, j’aime voir une scène à travers les millions de petites choses qui la composent, construire des histoires avec ces petits riens, découvrir un univers dans une goutte d’eau…

L'envol © Alexandre Parrot

Photographie.com : Quels sont vos « terrains de chasse » préférés ?

Les endroits vides, les lieux sauvages, la campagne, les villes désertes - je m’intéresse moins aux gens qu’aux traces qu’ils laissent. Il y a aussi pour moi cette « urgence », loin du tumulte de l’actualité, de photographier cette nature qui disparaît.

Photographie.com : Vos photos fascinent aussi par leur qualité technique. Quel appareil utilisez-vous ? Comment préparez-vous vos prises de vue ?

J’utilise tout ce qui me tombe sous la main, du compact au reflex en passant par le moyen format. Si mes images sont les pages d’un journal, mon compact est le carnet toujours dans la poche, et l’on peut tirer beaucoup de ces petits appareils lorsque l’on travaille avec soin.

La majorité du temps, je ne prépare pas mes prises de vue, je sors sans idée en tête, et j’attends qu’une image m’apparaisse. Mon reflex et mon moyen format sont les outils que je ne prends que lorsque je suis certain « d’écrire » quelque chose.

L'arbre à l'envers © Alexandre Parrot

Photographie.com : Pour les Zooms du Salon de la Photo, vous avez été parrainé par Sylvie Hugues de Réponses Photo. Comment l'avez-vous rencontrée et comment cette collaboration est-elle née ?

J’ai eu le plaisir de rencontrer Sylvie Hugues et la rédaction de Réponses Photo lors de la remise des prix du concours « l’Ordre de Mission », qui comportait dix thèmes s’étalant sur dix mois. Le courant est bien passé, et cela faisait presque un an que mes images apparaissaient dans le magazine : je pense que Sylvie m’a parrainé pour cette raison, et je la remercie encore de m’avoir offert cette chance de diffuser mon travail.

Photographie.com : Après le Prix Zoom de la presse, vous avez obtenu le Grand Prix Eurazeo 2011, et la Fnac présente en ce moment une partie de votre travail. Comment vivez-vous ce succès ? Quelles sont vos projets et vos ambitions pour l’avenir ?

Ce succès, même s’il ne peut que me ravir, est relatif dans la mesure où il reste cantonné au petit monde de la photographie.

Il s’agit à présent de continuer sur la même lancée, de construire une œuvre et de parvenir à la diffuser.

J’aimerais réaliser un livre sur "Les petites choses" avant d’aller vers d’autres approches, d’autres sujets… des voyages, d’autres ouvrages, des travaux plus tournés vers le reportage, notamment dans le domaine de l’écologie…

Les projets ne manquent pas, il faut en revanche les financer, vendre assez d’images pour les réaliser, car malheureusement, au milieu de la crise et dans cette profession particulièrement sinistrée, l’argent reste un gros frein. Cela dit, même si l’aspect financier peut ralentir les choses, ce ne sera jamais un vrai blocage, car je ne vois pas ma vie sans la photographie.

Propos recueillis par Roxana Traista